2008-10-06 20:03:41
Après 50 ans d’indépendance, le pays dont Sékou Touré et le Général Lansana Conté s’enorgueillissent de sortir des griffes du colonisateur, respire toujours mal, voir très mal. Cette Guinée a fêté le jeudi 02 octobre dernier la date anniversaire du cinglant ‘’NON’’ du 28 septembre 1958 contre la communauté française. Mais après tout, ceux qui ont arraché le pouvoir des mains des colons ont-ils mieux fait ? Loin s’en faut. Car, en un demi-siècle de souveraineté, les populations guinéennes, ne serait-ce que celles des centres urbains, souffrent atrocement du manque des services sociaux de base. C’était même mieux au colonial.
Et l’insécurité dont il est question dans les lignes qui suivent, prend de l’ampleur.
Depuis l’indépendance, la peur hante les Guinéens. Au temps de Sékou, on avait des miliciens du PDG et de se retrouver au camp Boiro sans savoir pourquoi. Une querelle d’amis ou de famille suffisait pour être dénoncé au PDG et ses tentacules à travers le pays. La suite, on la connaît : avec beaucoup de chance, la diète noir au camp Boiro au lieu d’être pendu en public.
Avec Lansana Conté, la peur persiste et se généralise, même si le bourreau n’est plus l’Etat.
Même en pleine journée, le citoyen n’est pas à l’abri des malfrats ! En témoigne l’assassinat de M. Amadou Diouldé Barry en pleine journée de ce dimanche 05 octobre au quartier Enta. Ce vieux commerçant laisse derrière lui 4 veuves et 15 enfants. A quand, la fin du règne du kalachnikov en dehors des garnisons militaires en Guinée ? C’est la question qui court sur toutes les lèvres aujourd’hui à Conakry.
Les habitants de la périphérie de Conakry ont de quoi envier leurs compatriotes de Kaloum pour les nuits calmes qu’ils se coulent tout le temps. Et ces derniers ont tout lieu de cultiver leur désaffection pour cette banlieue obscure où les rafales des kalachnikov sont devenues les compagnes du sommeil.
Ici, des familles sans histoire, d’honnêtes citoyens sont devenus les otages des gangs à la gâchette facile qui tuent, blessent et dépouillent quiconque ne se plie pas à leur injonction ou tente de résister à leur demande.
Et, depuis un certain temps, ces bandits opèrent avec des véhicules tout-terrain arrachés à leurs propriétaires pour commettre leurs forfaitures et se tirer vite des lieux.
Les rafales de fusils d’assauts sont assez dissuasives pour non seulement empêcher les secours aux victimes, mais aussi pour se frayer le chemin du retour.
Michail Kalachnikov, l’inventeur de ce redoutable fusil d’assaut aurait dit que seuls les militaires devaient posséder cette arme pour protéger leur pays. Il devait faire une révision déchirante en apprenant que l’AK 47 est passé pour l’arme fétiche des gangsters dans bien de pays. Ce n’est pas M. Ibrahima Kouyaté du Quartier Taouyah qui soutiendra le contraire. Rescapé d’une descente de cinq malabars armés, il reconnaît avoir eu la baraka pour ne s’en être tiré que par une blessure à l’arcade sourcilière gauche.
Logée au fond d’un long couloir à un jet de pierre en contrebas du marché, la famille Kouyaté se reposait après une dure journée de la fête du cinquantenaire quand soudain des visiteurs inattendus frappent au portail avec une certaine rage. Venu aux nouvelles, le gardien comprend que ce ne sont pas des gens de chœur qu’il a en face. Ces derniers collent le capot de leur jeep au mur et en quelques mouvements les voilà à l’intérieur de la résidence.
Le cuisinier est immobilisé à terre, mais le gardien se sauve par la porte de secours qu’il barricade de l’extérieur et y maintient deux assaillants lancés à ses trousses.
Il se met à crier à tue-tête et les voisins sont alertés.
Pendant ce temps, deux autres brigands s’infiltrent au salon où ils s’en prennent à madame Kouyaté et ses deux enfants qui étaient devant la télé.
Le père qui se reposait dans la chambre des enfants est surpris par le canon d’un AK 47 et l’ordre de sortir l’argent. « Bien que surpris, j’ai gardé mon calme et l’un d’eux m’a appliqué son pistolet à la tempe pour m’accompagner au salon ».
Pendant que son épouse commençait à catastropher, M. Kouyaté a bravé sa peur pour signifier vertement aux visiteurs indésirables que d’argent, il n’en avait point. « Prenez tout ce que vous voulez et partez d’ici » leur dit-il sans faiblir. Les envahisseurs lui rétorquent qu’ils n’ont pas besoin de s’encombrer de mobiliers, mais d’espèces sonnantes.
Il sentit la rage monter chez un de ses vis-à-vis et pour le calmer, le brave père de famille tente une manœuvre dilatoire, histoire au moins de mettre sa famille à l’abri.
« Après maintes hésitations, je leur ai dit que j’avais de l’argent dans ma voiture. Ce qui a eu le don de les calmer pour me suivre dehors, sans toutefois baisser leurs armes ».
Le comble, c’est qu’il sait ne disposer d’aucun franc dans son véhicule. « Au lieu d’aller tout droit côté chauffeur, j’ai préféré faire le détour pour avoir un autre stratagème à leur servir. J’ai enfoncé la clé dans la portière de la voiture et je tente de la briser. Un des bandits ayant compris ce que je voulais, m’a assommé avec un coup de crosse ».
Toujours est-il que revenu à ses esprits, M. Kouyaté se rend compte que son cuisinier aussi est cloué au sol, mais que le gardien est non seulement sauf, mais que son alerte a mobilisé du monde.
Le chef de la bande ordonne l’évacuation et dès qu’ils se sont embarqués dans la voiture volée, ils ont commencé la mitraille qui a été entendue dans tout Taouyah.
L’obscurité qui était leur alliée à l’arrivée devint brusquement un frein pour leur marche arrière. Après avoir cogné inconsidérément le véhicule contre le mur, le conducteur d’occasion arrête la manœuvre et le gang reprend la rue qu’elle arrose de nouvelles rafales.
Dans leur repli, ils rencontrent au niveau du petit pont, une dame qui a véritablement joué de malchance en se retrouvant là et à ce moment précis. Elle est descendue sans ménagement de son 4x4, sans chaussures pour ne lui laisser que le téléphone.
La bande avait grand besoin du véhicule pour d’ultimes opérations, car la nuit ne faisait que commencer.
On peut tailler franc dans le problème pour se rappeler que depuis le lendemain de l’indépendance, la kalachnikov est devenue l’arme populaire par excellence en Guinée. Ce d’autant plus que jusqu’en 1984, le pays était sous le régime du peuple en armes.
Au seuil des années 90, avec le déclenchement de la guerre civile au Liberia, puis en Sierra Leone, le commerce illicite de cette arme qui, il est vrai reste la moins chère du monde, a connu un véritable boom. A propos d’ailleurs, une étude datant de 2001 rappelait que depuis 1947, il en avait été fabriqué 70 millions pour en moyenne 500 dollars US le prix de la version la plus simple. En plus, il est avéré que de par le monde, 20 à 25 pour cent des armes clandestines sont des «Kalachs ».
Comme toutes les autres rebellions de par le monde, celles qui étaient à nos portes en disposaient à foison. Au point que les entrées de cette calamité à travers nos frontières poreuses étaient déjà un signal alarmant de ce qui devrait arriver.
Malgré les traités internationaux contre la circulation des armes légères, la kalachnikov est entrée de plain-pied dans la panoplie des gangsters et ces derniers perpétuent son sanglant règne dont rien ne semble prédire la fin.
Qu’en dire sinon que l’Etat a perdu le monopole de la violence et que des bandes organisées s’en sont approprié pour terroriser, piller et tuer tous ceux qui se retrouvent dans leur collimateur.
Ahmadou 1 Diallo et Namory Condé

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