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Bilan des accords politiques, un dialogue de sourds (partie 1)2016-10-25 06:57:10 Les accords politiques signés mercredi 12 Octobre par le gouvernement et l'opposition suscitent de nombreuses réactions, justifiées parfois, mais pas toujours. Je suis parti du contenu des accords et de ces débats, pour tenter de comprendre, et donc d'expliquer ensuite les tenants et aboutissants. Comme il sera facile de le constater, chacun peut interpréter à sa façon les différents points traités et/ou reportés par le dialogue entre la mouvance et l'opposition, et c'est la raison pour laquelle il était d'autant plus important de faire le point, que des membres de la société civile se sont également exprimés sur le sujet. Le bilan sera fait en deux parties, l'une consacrée au contenu de la quasi-totalité des accords, l'autre plus polémique, relative aux élections locales. Concernant la Haute Cour de Justice Selon l'opposition, il a été décidé que des dispositions seraient prises à l'ouverture de la session budgétaire1 , pour que l'Institution soit mise en place. Le gouvernement affirme au contraire que « dans le cadre de la mise en place des institutions républicaines déjà amorcée, les parties recommandent la mise en place de la Haute Cour de Justice dans les meilleurs délais...». En définitive et contrairement à l'optimisme de l'opposition, le gouvernement précise dans les meilleurs délais (après 2020 probablement !!!), mais il n'existe aucune date impérative et chacun comprend bien pourquoi. Le gouvernement viole donc la Constitution, car absolument rien n'empêche sa mise en place… en dehors de la volonté politique de ce régime. Concernant le fichier électoral Là encore, contrairement à l'optimisme de l'opposition, on reporte l'examen du fichier électoral à partir de Juin 2017, fichier que l'opposition aurait du contester dès 2015 à la Cour de la Cedeao. Comment imaginer qu'on pourra vérifier ce fichier rapidement, alors que les élections locales constituaient une occasion parfaite pour l'examiner. Tous les électeurs d'une commune sont en effet capables de contrôler la réalité physique des électeurs, alors qu'il n'est pas évident de le faire à partir d'un fichier numérique à Conakry. En matière d'élections, le fichier constitue pourtant la plus grande anomalie permettant la fraude, que manifestement l'opposition n'est pas pressée de corriger. Il est vrai que les incidences sont moins évidentes sur le résultat des scrutins, mais reporter systématiquement, montre le manque de conviction de l'opposition. Concernant la réforme de la CENI Doit-on rappeler à l'opposition que la loi électorale va être modifiée pendant cette session, et qu'on pouvait très bien y acter les textes relatifs à la CENI ? Oser affirmer que sa passivité coupable est une concession en dit long sur son inconsistance. En définitive, il a finalement été décidé que la CENI serait modifiée et restructurée selon les points sur lesquels sont convenus les acteurs du dialogue politique, mais que c'est l'Assemblée Nationale qui déciderait, autrement dit Alpha Condé (règle de la majorité oblige). L'opposition a donc tort de croire que le principe d'une nouvelle CENI, technique cette fois, est déjà acquis. D'ailleurs la déclaration finale est rédigée comme suit : « les parties conviennent que la révision de la loi doit permettre la mise en place d'une CENI plus technique pour une meilleure gestion du processus électoral. La proposition de loi introduite par l'opposition à l'Assemblée Nationale, pourra servir de base de discussion en vue de l'adoption d'une loi lors de la session des lois d'Avril 2017 ». On a l'impression que l'opposition n'a tiré aucune leçon du passé et cela en devient désespérant. À titre personnel, je considère que le MATD devrait être responsable de la gestion du fichier électoral sous le contrôle, et de l'opposition et des citoyens. On y gagnerait financièrement et politiquement, car dès que les citoyens sont déclarés à la naissance, il suffit ensuite de suivre automatiquement leur parcours. Concernant les indemnisations Il est prévu effectivement, la création de 2 fonds d'indemnisation ; un premier fonds pour les ayant-droits des personnes décédées ainsi que des personnes handicapées ; un deuxième fonds pour les victimes de pillages à l'occasion des manifestations politiques enregistrées lors des législatives de 2013 conformément à l'accord du 20 Août 2015. Les parties prenantes au dialogue proposent que les indemnisations se fassent graduellement et puissent avoir lieu au plus tard le 30 Juin 2017 après que ces fonds aient été budgétisés dans la loi de finances. Des structures vont être crées et domiciliées au MATD et alimentées par l'État ainsi que les partenaires techniques et financiers. Les 2 parties sont convenues de formuler des modalités qui seront retenues ultérieurement sur le fonctionnement des différents fonds. Autrement dit on verra plus tard, comment cela va fonctionner. Donc rien ne dit en effet, que même si le principe est acquis, l'indemnisation ne sera pas quasiment symbolique et partagée entre des victimes de la mouvance et de l'opposition. À titre personnel, je considère que cela ressemble à un « deal entre amis », car deux problèmes majeurs restent en suspens :
Dès lors qu'on laisse la possibilité à des politiciens de régler la situation, des marchandages ont lieu. D'ailleurs Lansana Komara (Secrétaire du RPG), précise que « on ne peut pas indemniser une victime si elle n'est pas identifiée, il faut que la victime soit identifiée alors, la question est de savoir qui va identifier les victimes. D'ailleurs, quand nos amis d'en face nous disent qu'ils sont victimes, nous sommes aussi victimes et le gouvernement est également victime car, pendant les manifestations des élections législatives de 2013, les gens ont tiré à bout portant sur les hommes en uniforme. C'est clair et visible, il y a eu des blessés de balles. Donc, chacun est entrain de trier la couverture de son côté donc, pour se faire, il serait bon de commettre la justice pour savoir qui a tiré sur qui et qui a perdu quoi et qu'est ce qu'il faut pour évaluer les pertes ». En résumant, la mouvance considère que les victimes des manifestations sont ceux du RPG et du gouvernement, ce qui sous-entend soit que ceux-là recevront de l'argent en dédommagement, soit qu'il faut laisser tomber cette demande d'indemnisation en vertu du principe inique selon lequel les coupables deviennent des victimes et inversement. Non seulement, il met en avant une liste de victimes datant de Mars 2012, alors qu'on parle des élections législatives de 2013, mais on ne sait pas d'où elles sortent. Enfin, Lansana Komara, spécialiste des fumisteries, précise que « ses » victimes le sont, à cause des partis d'opposition, oubliant qu'en Guinée, un parti ne peut être poursuivi pénalement. En conclusion, il n'est pas du ressort des politiciens de décider de l'indemnisation de certaines victimes (et pas d’autres), mais plutôt à la justice, à l'issue d'un procès équitable et contradictoire, car seul le juge est habilité à identifier les responsables de pillage, ceux-ci ayant alors l'obligation de réparer financièrement. Concernant la libération des prisonniers politiques » L'opposition considère donc que ce point est résolu alors que le gouvernement précise au contraire que ces mesures de libération ne concernent pas les personnes condamnées pour des crimes de sang, et qu'on ne peut que solliciter la diligence des procédures pour les personnes poursuivies à l'occasion desdits évènements. Autrement dit, on ne va pas les libérer comme cela, mais après jugement… et si les magistrats le décident. Concernant les garanties de l'application des accords
On rappelle qu'Alpha Condé s'est engagé maintes fois devant les Guinéens, mais cela n'a pas été suivi d'effets. Quant au droit à la manifestation, il est malvenu. À titre personnel, je considère qu'il faut utiliser la voie pacifique judiciaire (à la Cedeao), et n'utiliser ensuite la manifestation que pour chasser un régime, qui ne respecterait pas les décisions judiciaires. Enfin, il est prévu la mise en place d'un Comité de suivi de la mise en œuvre du présent accord, présidé par un magistrat de l'ordre judiciaire, et composé de 3 représentants de la mouvance, 3 représentants de l'opposition et un représentant du MATD. Des représentants de la société civile (2) et de la Communauté Internationale (Cédéao, OIF, ONU, Union Européenne, Ambassades des États-Unis et de France) y participeront en qualité d'observateurs). Chacun observera immédiatement que la parité n'est déjà pas respectée. Conclusion En effet, comme d'habitude, l'opposition s'est contentée de prendre pour argent comptant les déclarations d'intention du pouvoir. Quelqu'un peut-il m'expliquer en effet, quelle est la différence entre les engagements d'Août 2013 et ceux d'aujourd'hui ? Venue avec un tas de revendications, l'opposition n'a pu – comme à l’accoutumée - obtenir satisfaction, se contentant d'un compromis (ou d’un diktat), en se conformant aux propositions de l'adversaire tout préparé à le mener en bateau, ce qui fut fait, de main de maître :
Bref, mis à part les élections locales, sur lesquelles la mouvance et l'opposition se sont entendues (voir texte à venir), rien de concret à se mettre sous la dent. Tout à l’air de dépendre que de la seule volonté d’Alpha Condé. Or moi je ne crois pas un seul instant en cet individu (je rêve de me tromper), d’autant qu’il doit s’appuyer sur le RPG, apparemment hostile à ces évolutions, qui consacreraient leur défaite.
Gandhi, citoyen guinéen 1 À partir du 5 Octobre pour 2 mois maximum.
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