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Lecture du texte de M. Baldé Souleymane. Quelques réflexions


2008-10-12 18:15:51

Il est toujours difficile de porter une appréciation sur le travail d'une personne qui serait, selon sa présentation, d'excellence, et que peu connaissent par ses écrits antérieurs. Sa contribution aurait été transmise par http://www.observateur-guinee.com/ (site que je vous invite à visiter, à toute fin utile) à un autre de nos compatriotes. Lequel l'aurait fait publier sur les autres sites. Tout au plus je pourrai donner mon point de vue, reflétant la compréhension que j'en ai, après lecture de l'unique texte qui nous est soumis. Simple citoyen, je n'ai pas d'autre choix que celui d'utiliser la démarche des biologistes, connus pour leur propension à tout examiner, très attentivement.

Mon point de vue serait à rapprocher de celui de certains autres, dont la constance et le combat pour la justice forcent l'admiration, et mon regret du fait que notre pays ait raté ses grands rendez-vous avec l'Histoire, en n'ayant pas à sa tête des personnes de valeur.

Quelques fautes, surprenantes de la part d'un professeur agrégé d'histoire

Signer "Professeur d'Histoire Sociologie" signifie, en Francophonie, que la personne est titulaire de chaire académique. Rappelons que le titre de Professeur est au dessus, hiérarchiquement, de celui de Professeur agrégé. Les professeurs des écoles, lycée et collèges ne signent pas du titre de professeur. J'ai, ici, considéré que M. Baldé est au moins professeur agrégé.

-"Avoir fait son « pèlerinage » à Boiro lave de tout pêcher". A moins d'aller à la pêche aux péchés, cher Professeur ! Lorsqu'une personne de cette qualité confond "péché" et "pêcher", on commence à se poser des questions sur son titre.

–"Etre soussou aujourd'hui est assurance tous risques, même incompétent " : formulation  pour le moins boiteuse, ou phrase non relue .Je m'attendais à "est une assurance". Etonnant M. le Professeur, dont l'envoi ne comporte ni photo, ni indication géographique même approximative (sur guineeactu).

Apprécier M. Gualéma

J'ai eu M. Gualéma comme ministre, et n'en ai pas gardé un souvenir impérissable. Exemple achevé du PDGiste flagorneur, trouvant extraordinaire, comme beaucoup de "militants" de cette époque, tout ce qui venait du Responsable Suprême.. C'est le type connu d'intellectuel qui vous affirme que "ce n'est pas la girouette qui tourne, mais le vent ". Comme beaucoup d'autres, Il a sauté allègrement (et sans aucun dommage) de la première à la deuxième République, prouvant si besoin était, de sa grande "souplesse", pas seulement d'échine, au risque de se faire une sciatique, et de la filiation naturelle entre le PDG et le PUP. Je lui reconnais cependant le fait d'exprimer parfois, même involontairement, la vérité. Le tout étant de voir quelles conclusions il en tire. C'est sur ce point qu'il exprime sa vraie personnalité, que je n'admire sous aucune forme, en parrainant des clubs à la gloire de dictateurs, par exemple.

La concorde

Dans le texte de M. Baldé, j'approuve l'appel à la concorde. Il est cependant nécessaire de lui donner un contenu bien défini, sur des bases claires, pour qu'elles soient, saines, et en définir les différents protagonistes. Loin d'être un problème ethnique (pour noyer le poisson), c'est un problème entre victimes et tortionnaires ou profiteurs. La manipulation interethnique vit très certainement ses derniers jours.Il reste que se pose l'éternel et récurent problème de la fin et des moyens. Devons nous rechercher une concorde, même vide de sens, par tous les moyens, en acceptant des mensonges ? C'est pourquoi je désapprouve totalement la majeure partie de l'argumentaire de l'auteur, avec ses contradictions, dans le sens d'écart, de différence entre réalités difficilement conciliables.

Ses limitations

La "bataille de la terminologie" se réduit à des exemples, le conduisant à affirmer que " la question complot ou pas complot, telle que posée, elle n'a pas beaucoup d'intérêt.". Il faudrait ajouter : peut-être pour lui, quelle que soit la manière dont on la pose par ailleurs. C'est l'absolution directe pour ceux qui s'en sont servis, sinon leur décoration, pour "services rendus" à la Révolution. Notre compatriote ajoute sans sourciller : car les anti-guinéens de la Révolution sont les patriotes des exilés. Ainsi, c'est aller un peu vite en besogne, et mettre sur le même plan les bourreaux, ceux qui ont justement inventé la notion d'anti-guinéen, et leurs victimes. Nous ne somme plus dans un débat purement philosophique, mais l'appréciation d'une réalité historique : la souffrance infligée à des citoyens par un pouvoir sacralisé.

D'abord un rappel, pour bien situer les responsabilités. Vous pouvez avoir pleuré un de vos proches, maltraité, fusillé, pendu, ou mis à la "diète noire" par la faute de l'une ou l'autre de nos deux Républiques. Vous avez le droit personnel de trouver quelques excuses éventuelles, ou même pardonner à vos bourreaux ou ceux de vos parents. Mais il appartiendra toujours à un Etat de droit de faire juger les coupables. C'est le rôle du ministère public, de représenter l'état, et la nation, quelque soit notre appréciation personnelle, qui relève du domaine du privé. Aucune excuse, personnelle ou collective, ne doit jouer à saute-mouton avec le droit. Devant l'entêtement de certains, ceci doit être constamment répété.

 C'est pourquoi je m'inscris en faux contre ceux qui, comme M. Baldé, écrivent "Aujourd'hui, 30 ans ou cinquante ans après, il est vrai que le débat reste très confus". Le débat n'a jamais été confus. La réalité a été niée, nuance. La confusion existe seulement chez ceux qui y ont intérêt. Aucun doute n'est possible à ce niveau.

Le PDG, Conté et son PUP, nostalgiques et négationnistes de tout poil ont dépassé allègrement la ligne rouge, celle du respect des droits fondamentaux, qu'ils ont consciencieusement torpillés. Etre logique, et combattre le système PDG, sous sa forme originelle, ou modernisée du PUP, c'est combattre les idées et le comportement du bon élève de Sékou, le général Conté. En ce sens AST n'était pas un héros et un tyran, (pas plus que ni un héros ni tyran) .Il se pose simplement la question exclusive : un héros ou un tyran, ne pouvant être les deux à la fois dans notre monde moderne, avec son nombre estimé d'au moins de 50.000 morts. Un héros dévoyé devient un tyran, aucune ambigüité possible.

 Même un seul mort, ou maltraité, dans les conditions de non-droit (pas de tribunal, pas d'avocat, des traitements inhumains comme ceux qu'ont eu à subir Diallo Telli, Diarra Traoré, les jeunes manifestants de 2007..) suffit à disqualifier et poursuivre tous les responsables. L'arithmétique sordide des nazis et des tortionnaires guinéens est la même, et bien connue. Elle consiste à trouver des circonstances atténuantes à l'innommable (nombre de tués réduit au prix de savants mais faux calculs, contexte dit historique, etc.  ). Ce n'est donc qu'une des nombreuses tentatives maladroites pour sauver les meubles des hommes de paille du PDG-PUP.

 On ne cherche pas d'excuses aux assassins, "Pères de la nation", Généraux, soldats ou autres. Si l'on cherche une concorde saine, il faut mettre au placard les faux-semblants. Certains tortionnaires bien connus, paniqués, s'inventent aujourd'hui un passé de victimes : ils ne trompent qu'eux-mêmes.

La recherche sémantique,

Discutable, les cuisiniers vous diront que le soufflé retombe très vite : de "Avoir étudié, travaillé tout le temps en Guinée pendant la révolution", jusqu'à "Etre soussou aujourd'hui est assurance tous risques", le ramage, décidément, ne colle pas au plumage. Le texte, ne nous apprend pas beaucoup, même pour un non spécialiste du droit. Ce qui manque ? les nuances et la profondeur d'analyse, la solidité des arguments auxquelles on se serait attendu, de la part d'un vrai historien ou d'un sociologue (à supposer qu'il essaie de refléter une réalité sociale). Faudrait-il lui rappeler qu'il n'existe ni brevet de patriotisme, quelle qu'en soit la forme, ni de suspicion de traitrise ad nihilo. Personne ne nait patriote ou assassin, on le devient. Cela nécessite une démarche volontaire. Ce n'est pas une question d'émotion, comme semble le dire M. Baldé, mais de raison froide (ce monsieur en serait-il resté à l'époque de la raison est hellène comme l'émotion est nègre ?) C'est désolant d'écrire ou de suggérer "qu'être peuhl vous élève au grade de martyr des martyrs", sachant ce que l'ethnie a subit sous le règne d'AST. Martyr serait un grade, et martyr des martyrs un grade suprême. Je serai intéressé de savoir de quoi, cher monsieur. Le fait de tempérer votre assertion par la forme diplomatique "pour certains.." n'y change strictement  rien. Ce n'est pas, cette fois, un brevet d'honnêteté ou d'honorabilité.

On comprend dès lors le danger de l'affirmation non encadrée " il n'y a pas de Vérité historique définitive". Appliqué sous cette forme à la période de la traite des esclaves, de la barbarie Nazie ou des atrocités du PDG et de l'armée du PUP, et au delà de toutes arguties académiques, c'est la porte grande ouverte à tous les négationnismes et autres révisionnismes. On pourrait donc affirmer en bonne conscience dans notre pays, que les morts ne sont pas morts par la faute du système, ou trouver des excuses raisonnables et plausibles aux assassins et autres profiteurs. Trouver une once de vérité dans des complots imaginaires suffit à justifier des crimes qui seront, de la même façon, qualifiés de dérives.
C'est donc ce genre de point de vue qui empêche une lecture correcte de notre situation et de sa genèse. Il conduit, comme notre auteur, à réarranger notre histoire, en prenant des libertés avec les souffrances endurées par le passé, dans un sens volontairement biaisé. Ceci sous prétexte de lucidité ou d'absence de parti-pris, ou d'une supposée volonté de réconciliation sans conditions.

Bref, entre tortionnaires non repentants, non jugés, et victimes il ne peut y avoir que le verdict de la justice d'un état de droit. Par peur du jugement prochain, certains veulent tout faire pour éviter les fourches caudines de dame Justice, en semant la confusion si possible. Ou en essayant, sous couvert de pardon collectif amnésique, d'effacer des pans entiers de notre histoire.

En conclusion

 Il reste que nous ne devons pas oublier que les titres académiques, comme les noms, peuvent parfaitement servir de cachette à des imposteurs. Surtout sur le net, pour des raisons inavouées mais trop faciles à deviner. Voilà pourquoi, je n'ai aucun enthousiasme pour les idées de celui qui se présente sous le nom de Professeur Souleymane Baldé, auquel je mettrai volontiers des guillemets. Pour ne pas dire plus. Le patronyme  ou les titres d'un compatriote m'indiffèrent. C'est le contenu de sa pensée qui nous rapproche ou éloigne. Je me pose, dans notre cas, la question de la réalité de ce monsieur, professeur "d'Histoire Sociologie", entité scientifique que j'avoue ne pas connaître dans la nomenclature francophone. Je peux me tromper.

Thierno A. DIALLO
thiernoad@hotmail.com


 

5 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Anti-menteur13/10/2008 00:39:25
"Loin d'être un problème ethnique (pour noyer le poisson), c'est un problème entre victimes et tortionnaires ou profiteurs"

Merci monsieur Diallo! C'est vous qui devriez être professeur pour beaucoup de Guinéens. Ces gens n'ont appris qu'à tromper, danser, chanter et construire des histoires sous Sékou. C'est ce qu'ils continuent de faire.

Quant à la spécialité "d'Histoire Sociologie" de notre prof, rien ne m'étonne des Guinéens. A l'université de Conakry, on pouvait y manger gratuitement en se présentant Etudiant. Alors un jour vient un jeune affamé qui attire l'attention de tous. On lui demande donc sa carte à la rentrée de la cantine. Il répond qu'il l'a oubliée au quartier tout en jurant qu'il est étudiant. Alors on lui demande le nom de sa faculté. "Faculté Bio-Maths", répond-il sèchement. Cela nous a tellement amusé qu'on lui a donné la priorité de rentrer manger.
Nassriou, UK13/10/2008 04:32:44
Bonjour Dr,

Il y a beaucoup de detenteurs de titres de "professeurs" mais idoits en realite. Ce sont ceux la que les anglais appellent "biggest fools", c'est a dire ignorants 3 fois:
1. Ils enseignent/renseignent alors qu'ils sont ignorants;
2. Ils ne savent pas (ou ignorent)qu'ils sont ignorants;
3. Ils ne savent pas que ceux qui les ont enseigne/renseigne sont eux memes des ignorants.
C'est cette forme d'ignorance qui est plus dangereuse. Une personne de cette categorie est forcement un ----.

Ils veulent tourner la page a tout prix alors qu'elle n'est pas lue et relue, revue et corrigee; chose indispensable/incontournable pour la Guinee.

Merci et bonne journee.
Barry A.13/10/2008 13:45:04
Je vous remercie Mr. Diallo Thierno pour votre combat. C'est ce genre de débats civilisés qui nous intéresse. S'attaquer aux idées et non à des personnes selectionnées selon des critères religieusement et civiquement négatifs. Merci pour votre disponibilité et pour votre démarche.
Solo Keita14/10/2008 09:09:43
Bravo M. Diallo pour cette analyse d'un niveau remarquable. Je ne comprends pas non plus pourquoi les proches de Sékou Touré et de ses complices veulent que ce problème soit vu sous l'angle ethnique. Les pendus du pont n'étaient pas d'une seule ethnie et l'association des victimes non plus. Ils veulent opposer le terme "Reconcilliation nationale" au terme "Justice ou lumière sur leurs crimes". Cela ne marchera pas. Les ethnies n'ont pas eu de problème en Guinée. On a eu une catastrophe nationale sous le sanguinaire et pervers Sékou Touré. Il faut que justice soit faite et que les charniers soit exibés au monde entier. Que ces criminels ne cherchent pas à se refugier derrière l'ethnie malinkée pour couvrir les cadavres qu'ils cachent en Guinée. Tout sera dévoilé. On attend juste un Etat de droit pour l'exiger juridiquement. Nous souhaitons que Andrée Touré et Galéma restent en vie jusque-là.
Thierno A DIALLO15/10/2008 19:14:57
Je remercie tous mes compatriotes, dont les réactions démontrent la qualité et la maturité d'esprit. Nous refusons d'enter dans des polémiques stériles ou injurieuses ou l'ethnicisation de nos problèmes. C'est un grand pas pour notre pays. Nous donnons donc la parole, sinon la plume au professeur Baldé,que nous remercions pour son engagement, pour qu'il se présente, défende ses idées,et nous explique pourquoi il n'a pas voulu le faire à temps lui-même. En laissant sur les sites comme guineeactu cette tâche à quelqu'un, qui,jusqu'à preuve du contraire,n'était pas directement impliqué. Beaucoup de questions donc, auxquelles le professeur se fera un plaisir sinon un devoir de répondre,même tardivement.