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2008-10-16 22:25:45
L’on se souvient que la Guinée a célébré le 02 octobre dernier ses cinquante ans ‘’d’indépendance’’. Depuis cette date, les animateurs des radios privées du pays organisent des débats autour de cet évènement. Dans l’ensemble, deux images retiennent l’attention : celle des deux épouses des deux dictateurs qu’a connus la Guinée, Sékou Touré et Lansana Conté, assises côte à côte. Ensuite, le comportement pas très catholique du président de l’Assemblée Nationale, Aboubacar Somparé à l’égard des journalistes. Lisez !
L’image forte de la fête du cinquantenaire aura sans doute été cette apparition de Madame Henriette Conté et de Hadja Andrée Touré arrivées dans la même voiture à la place des martyrs devant la tribune comptant un aréopage des chefs d’Etat des pays voisins et une foule de Guinéens.
Pour l’histoire, les témoins auront noté que ce côte à côte des deux Premières Dames que le pays a connues durant ce demi siècle a été un fait émouvant. Pour la symbolique, faut-il y lire un « désir d’apaisement » quand dans une autre partie de la capitale, précisément au quartier de Nongo, les associations des familles des victimes des années de braise manifestaient pour réclamer la sépulture de leurs parents.
L’épouse du sanguinaire et donneur d’ordre des tueries et celle de son garde du corps et exécuteur d’ordre d’alors sont-elles vraiment bien placées pour « jouer à l’apaisement » en Guinée ?
Peut-on vraiment parler de volonté d’apaisement quand on refuse de rendre justice ni les restes des victimes à leurs familles qui le réclament légalement ?
Lansana Conté avait la possibilité de fermer ce dossier en 1984 en organisant une conférence de vérité et de pardon et en rendant les corps des victimes à leurs familles ou en levant le secret sur tous les charniers. A l’époque, tout le monde était content de retrouver « la liberté » et la rancœur n’avait aucune place dans les cœurs.
Pourtant, la Guinée finira bien par y faire face. Car des milliers de familles guinéennes ne peuvent pas rester sans connaitre où reposent les leurs. Que ces derniers aient été innocents ou coupables, rien, aucune morale humaine, religieuse ou juridique ne peut soutenir cette cruauté bestiale.
Quoi qu’il en soit, il ne faut pas désespérer de voir un jour la nation faire face à ce devoir de mémoire qui consiste à légitimer ces revendications, pour enfin tourner cette douloureuse page d’histoire au nom de l’avenir.
Pour le moment, la distinction qu’ont reçue Andrée Touré et Henriette Conté n’est ni plus ni moins qu’une auto-attribution de « prix » sans valeur historique. Tout venant de leur propre régime. Elles auraient mieux fait de conseiller leurs époux à laisser de bons souvenirs aux Guinéens. C’est trop tard pour Andrée mais Henriette peut encore se rattraper. Autrement, celle qui reçoit la distinction aujourd'hui pourrait bien se retrouver en prison demain. Andrée Tourée en sait bien quelque chose.
Avec sept chefs d’Etat, le Ghana étant représenté par son Vice Président, il y a des années que cette tribune n’avait pas connu un tel aréopage de personnalités. Et vraisemblablement, ils ont tous apprécié le décor et le spectacle du défilé haut en couleur des forces vives de la nation.
Là où le bas a blessé
Une autre image, celle-là moins réjouissante, il est vrai, a marqué l’attention de plus d’un au cours de ce mémorable cérémonial. Quand le Président de l’Assemblée Nationale a sinon balayé d’un revers de main, en tout cas renvoyé sans ménagement notre confrère Mamadou Saliou Diallo de la radio télévision nationale venu recueillir ses sentiments, le geste avait de quoi faire réfléchir. Beaucoup se sont mis à se poser des questions sur ce qui semble avoir pu rabattre la joie d’Elhadj Aboubacar Somparé qui semblait jusque là imperturbable.
D’aucuns ont immédiatement cru remarquer que celui-ci n’était pas présent au dépôt de la gerbe de fleurs au pied du monument aux martyrs, où on aurait dû le voir aux côtés de la Première Dame de la République.
Et de là à lui prêter le sentiment d’avoir été minimisé par le protocole, il n’eut qu’un petit pas que pourtant peu ont osé franchir. Car dans tous les cas, le Chef de l’Etat absent à la tribune, c’est Madame Henriette Conté qui présidait la grande cérémonie avec cette présence très remarquée des homologues du Président Conté.
Il n’en demeure pas moins vrai que la réaction de Somparé face aux pauvres reporters de la RTG était courroucée. Au point qu’on en a déduit que ces derniers ont eu la maladresse d’interroger moins placé que lui dans la hiérarchie avant de venir vers le Président de l’Assemblée nationale. Ce qui ne serait alors un crime de lèse majesté pas facile à oublier.
Loin d’être désarçonnés, nos confrères qui en ont certainement pris acte ont continué à balader leur micro pour se porter à l’écoute de monsieur tout le monde. Même ceux là qui n’avaient pour seul message, le manque fondamental d’eau, d’électricité et autres nécessités dont le cas ne devrait plus se poser à leur avis en ce cinquantenaire. Une fois n’est pas coutume, même s’il faut noter au passage qu’on était dans les conditions du direct, tirons une fière chandelle à nos confrères de l’audiovisuel d’Etat.
Si dans l’ensemble, les médias se sont massivement mobilisés pour couvrir cet évènement, les forces de l’ordre ne leur auront fait aucun cadeau. Indifféremment, nos confrères d’ici et d’ailleurs ont travaillé sous les bousculades, les matraques si ce ne sont pas les coups de pieds et les injures.
Lamine Soumah
VOS COMMENTAIRES | |
| Sylla Alkhaly | 17/10/2008 15:21:57 |
| Moi j'ai trois observations - Parlant de reconciliation, il ne sert à rien de ne s'occuper que des victimes du premier régime et de remettre au lendemain celle de l'actuel regime. Comme dit dans l'article, CONTE n'a pas jugé utile de faire cet acte de réconciliation parcequ'il avait l'intention de tuer. Il l'a fait et continue de le faire. Seule une solution globale peut nous faire avancer - SOMPARE ne méritait pas de place pour déposer les fleurs car, il incarne une autorité illégitime (assemblée nationale périmée et inefficace) - A ce que je sache, être prémière dame de la république ne confère aucun rôle constitutionnel. Les autorités physiquement en bonne santé (membres du gouvernement et autres), en laissant Henriette présider cette cérémonie en à la place de notre grand corps malade (CONTE) n'ont fait que ridiculiser notre pays devant cet aéropage d'invités qui ne pouvaient qu'être étonnés. On se demande si elles (gouvernements et proches du président) veulent investir Henriette en lieu et place de son malade de mari comme on l'avait prêté dans le passé la même intention Lansana Kouyaté. Ce geste s'inscrit dans l'histoire comme le geste plubique le plus déshonorant pour notre pays. Alkhaly. Sylla | |