|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
La Guinée : Un narco EtatUn article du quotidien belge "Le Soir" du 15.10.08
Guinée. Un demi siècle d’amère indépendance
2008-10-17 09:12:30
Il y a un demi-siècle, en octobre 1958, que la Guinée disait « non » au général de Gaulle, qui proposait un accord d’association à tous les pays d’Afrique francophone. Sous la houlette du président Sékou Touré, ce pays prenait alors la tête des Etats progressistes africains, mais allait le payer cher, étant pratiquement coupée de toutes les aides occidentales. . Les illusions de l’indépendance sont depuis longtemps envolées : la dictature du « parti-état » fondé par Sekou Touré, le Parti Démocratique de Guinée guinéen, s’est effondrée voici 22 ans, révélant au monde un pays ruiné, en proie à la terreur et à l’arbitraire. Aujourd’hui, ce pays riche, parfois qualifié de « château d’eau » de toute l’Afrique de l’Ouest à cause des réserves hydrographiques du massif du Fouta Djalon, est la lanterne rouge de toute la région : depuis le vote de la Loi Fondamentale en 1990, la Guinée n’a pas connu d’élections réellement démocratiques ! C’est le général Lansana Conte qui le dirige depuis 24 ans, et, malade depuis 2002, tient les commandes depuis la ferme où il s’est retiré laissant son Premier Ministre Ahmed Tidiane Souaré gérer le pays au quotidien. L’évolution de la Guinée commence cependant à inquiéter l’Europe et c’est pour attirer l’attention sur la montée des périls que Mamadou Baadikko Bah, le président de l’un des principaux partis d’opposition, l’UFD (Union des forces démocratiques) est venu à Bruxelles. Pour lui, « la Guinée, comme sa voisine la Guinée Bissau, est en passe de devenir une sorte de narco-état, un « point relais » pour les bateaux qui viennent d’Amérique latine, de Colombie principalement, et qui débarquent leurs cargaisons de drogue sur la côte, où à Faranah, la ville natale du président Sékou Touré, dotée d’un aéroport en bon état. De là, les « marchandises » remontent vers l’Europe, avec la complicité d’officiers supérieurs… ». Pour l’opposant, «il ne s’agît là que d’un aspect de la corruption généralisée : on a même démantelé les rails du chemin de fer Conacry-Niger pour… en vendre le métal aux Chinois !... » Cependant, la Guinée n’est pas un pays pauvre : elle possède des mines d’or et de bauxite, mais ces dernières ne rapportent que 80 millions de dollars par an au budget de l’Etat, les ressources tant détournées par une « mafia russe » qui s’est implantée dans le pays. Quant à la politique énergétique, elle est inexistante : malgré le barrage de Garafiri, le pays vit à la lumière de la bougie et de la lampe tempête Depuis qu’il est malade, le président, âgé de 73 ans, vit pratiquement reclus sur ses terres, mais l’opposition l’accuse de détourner l’aide étrangère au bénéfice de ses propres plantations avec la complicité du Ministre de l’Agriculture. Selon Baadikko, cette dérive mafieuse de la Guinée a des implications au niveau régional : « par toutes les frontières, les jeunes quittent le pays et essaient de gagner l’Europe, ils s’embarquent au Sénégal et en Mauritanie car l’argent qu’ils espèrent gagner en France ou ailleurs sera la seule ressource de leur famille. Jusque dans les kibboutz installés dans le Sinaï, des Guinéens travaillent comme ouvriers agricoles. » Mamadou Baadikko invite donc l’Union européenne à faire pression sur la Guinée pour que des élections démocratiques soient organisées sans délai : « il faut sortir du blocage institutionnel actuel, avec l’absence d’une assemblée légitime. La chambre des représentants sortie d’une élection libre et équitable pourra se transformer en Constituante afin de bâtir enfin des institutions viables ouvrant la voie à des élections communales et présidentielles… Sinon l’effondrement de la Guinée et celui de sa voisine la Guinée Bissau, qui se transforment en narco Etats finiront par déstabiliser toute la région…» COLETTE BRAECKMAN
2 commentaire(s) || Écrire un commentaire
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||