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2008-10-17 22:22:25
«Il y a mille raisons de voter Obama et une seule de ne pas le faire : la question raciale », soulignait Thomas Letson un élu de Pennsylvanie et observateur avisé de la vie politique des Etats-Unis d’Amérique.
Avec l’élection probable de Barack Hussein Obama le 04 novembre prochain que je souhaite de toutes mes forces, de toute mon âme, ce pays a l’opportunité historique de se réconcilier avec le monde entier et les valeurs ancestrales qui l’ont hissé au rang de première puissance économique, culturelle, militaire et politique de notre planète.
Ces sacro-saintes valeurs sont l’esprit de sacrifice pour la patrie, la liberté individuelle, celle d’entreprendre, la promotion des droits de l’Homme, de l’intelligence, de la créativité, de l’innovation ; le « rêve américain » est à la portée de tout le monde à condition que l’on croit à son potentiel, qu’on fasse preuve d’imagination et d’abnégation. On ne t’y demande pas qui tu es, tes références, tes antécédents, tes origines mais ce dont tu es capable.
Cette grande nation a enfanté des génies créateurs qui sont chaque année primés et promus aux différents prix Nobel décernés à Stockholm (Suède). Ce prix, fondé en 1901 du nom d’Alfred Bernhard Nobel (1833-1896) l’inventeur de la dynamite, est décerné chaque année à des personnes ayant apporté le plus grand bénéfice à l'humanité par leurs inventions, leurs découvertes et les améliorations dans différents domaines de la connaissance, par leur œuvre littéraire ou par leurs actions en faveur de la paix dans le monde.
Mais l’image de cette grande nation s’est considérablement ternie, a connu une « éclipse » de 8 ans sous l’ère de son 43ème président George Walker Bush qui est devenu le plus impopulaire président de l’histoire politique de ce pays.
Son règne a commencé par une victoire frauduleuse, vainqueur avec à peine plus de 400 voix contre le candidat démocrate Albert Arnold Gore Jr après le décompte des voix interminable et rocambolesque en Floride, un Etat dirigé par son frère et complice Jeb.
L’Amérique fut à la fois fragilisée, meurtrie et humiliée par les attentats du 11 septembre 2001. Son mythe d’invincibilité, d’invulnérabilité fut fortement ébranlé.
Par ailleurs, elle ne peut s’enorgueillir de la seconde guerre d’Irak de 2003 dite « Operation Iraqi Freedom » et caractérisée par la doctrine « guerre préventive » de Bush et, surtout, par les mensonges sur les armes de destruction massive en Irak qu’auraient détenues Sadam Hussein suspecté d’avoir des liens avec « Al Qaeda » du Mollah Omar et de Ben Laden qui sont toujours en fuite. Ces derniers et les Talibans avaient été hier les alliés des USA pour déloger les russes d’Afghanistan. Quelle ironie du sort !
La guerre d’Irak coûte 10 milliards de dollars par mois au budget fédéral que Obama voudrait réaffecter à l’emploi et aux œuvres sociales. Il faut rappeler qu’il avait voté contre cette guerre, contrairement à McCain et Hilary Clinton.
Profitant de l’émoi suscité par les attentats du 11 septembre, Bush fit adopter le « USA Patriot Act » du 26 octobre 2001 qui consacre un recul sans précédent des libertés individuelles et collectives en Amérique.
L’image des USA sera davantage entachée par les détentions extrajudiciaires et les tortures à la base navale de Guantanamo Bay et à la prison d’Abou Ghraib ; un rapport de John Sifton, de l’organisation de défense des droits de l’Homme « Human Rights Watch » et publié le 23 juillet 2006, faisait état des sévices infligés aux détenus, des tortures, des viols et des humiliations durant les procédures de détention et d’interrogatoire en Irak.
Le plus grand séisme financier international depuis le krach de 1929, dont l’épicentre est à Wall Street, vient de sonner le glas de l’ère Bush ; et ce tsunami risque d’emporter John McCain qui l’a toujours soutenu. Ces deux va-t-en guerres animés d’un nationalisme primaire sont, idéologiquement, les « fils naturels » de Margaret Thatcher et Ronald Reagan qui ont été les ardents promoteurs d’un capitalisme échevelé, sans régulation avec une spéculation boursière responsable notamment de la crise alimentaire et énergétique actuelle.
La FAO, qui a célébré le 16 octobre dernier la journée mondiale de l’alimentation, estime que 923 millions de personnes sont touchées par cette crise alimentaire dont la majorité vit en Afrique. Alors que 30 milliards de dollars par an pourraient vaincre la faim dans le monde, des milliers ont été rapidement trouvés pour sauver des banques.
A court d’argument, en proie à des scandales (cf.Troopergate) et en baisse dans tous les sondages qui donnent actuellement Barack Obama vainqueur, le camp McCain s’empêtre, s’illustre dans des attaques mesquines avec la manipulation de thématiques raciste et terroriste, avec Sarah Palin comme porte-flingue.
Elle a nettement joué sur ce registre en s’interrogeant sur ce qui rend Obama différent à ses yeux : « il n’est pas comme nous autres, comprenez les vrais Américains, mais entendez peut-être aussi les autres Noirs, les descendants d’esclaves ; il vient d’ailleurs, il a un drôle de nom. Il n’est pas vraiment américain, il y a en lui quelque chose d’étranger. Il ne pourrait pas vraiment comprendre l’Amérique, il n’en aurait pas la parfaite connaissance, celle qui provient de l’intérieur. ».
Obama est également suspecté d’accointance avec le terrorisme, prêt à s’en prendre à son propre pays. « N’a-t-il pas fréquenté dans le passé William "Bill" Ayers ? », un activiste du groupe d’extrême gauche des « Weathermen » créé dans le Michigan en 1969. Bill Ayers, aujourd’hui professeur à l’université de l’Illinois et qui était voisin d’Obama à Chicago, a effectivement collaboré avec lui dans des projets d’éducation à partir des années 90.
Son deuxième prénom, Hussein, ne fleure-t-il pas l’Islam et dès lors, pourquoi pas, l’Islamisme ?
« Qui est cet homme ? » […] « même à ce stade avancé de la campagne, il demeure des choses essentielles que nous ne savons pas au sujet du Sénateur Obama » s’étonne John McCain qui le présente comme « une menace insidieuse, dissimulée » […] « il est proche de ceux qui complotent contre la Nation, il est dangereux et fait courir trop de risques à l’Amérique ».
« Il y aurait deux Obama, et non pas un », dit Sarah Palin, « il n’est pas malhonnête, mais il y a deux dimensions : le jugement ou la sincérité, et l’incapacité de répondre simplement à une question élémentaire ». « Il y aurait de la duplicité chez Obama, quelque chose qui fait, si l’on peut dire, qu’il n’est pas clair. ».
«Terroriste», «Arabe», «socialiste», «menteur », «tuez-le» : ces épithètes, ces qualificatifs, ces attaques négatives et ces menaces lancés à l’adresse de Barack Obama ont tous été entendus ces derniers jours lors des meetings du camp républicain. McCain promets même de le « fouetter » lors du troisième débat télévisé du 15 octobre 2008 ; alors que le fouet, dans le subconscient collectif des afro-américains, rappelle de douloureux souvenirs liés à l’esclavage. A l’issue de ce débat, trois enquêtes d’opinions ont donné vainqueur Obama que plus de 60 % trouvent plus compétent, convaincant et sympathique.
John Lewis, représentant démocrate de Géorgie et figure de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960 accuse John McCain de «semer les graines de la haine et de la division». Il l’assimile à l’ancien gouverneur ségrégationniste d’Alabama George Wallace.
Sarah Palin est rattrapée par le «Troopergate», une enquête parlementaire ayant conclu, qu’en qualité de gouverneure de l’Alaska, elle avait abusé de son pouvoir pour faire licencier le policier Michael Wooten, son ex-beau frère engagé dans un divorce houleux avec sa sœur.
Il ne faudrait pas voir un schéma ou avoir une vision simpliste, manichéenne où il y aurait d’un côté l’Amérique des religions, des conservateurs, des traditionalistes, et, de l’autre, l’Amérique «libérale», progressiste. Il n’y a pas deux Amérique mais une société tellement complexe que l’on combine dans le même pays des choses très différentes.
D’abord la liberté est si « avancée » que, dans certains Etats, les homosexuels peuvent se marier ou adopter des enfants.
Les évangélistes ont beaucoup évolué : la jeune génération est moins radicale, plus mobilisée par les œuvres sociales et caritatives que par l’engagement politique. Et, surtout, la majorité des Américains ne s’intéresse pas en priorité à ces questions de valeurs morales ou idéologiques. Ces élections ne sont donc pas le combat du conservatisme contre le libéralisme ou de la droite contre la gauche au sens français du terme.
Quel est donc l’enjeu majeur, l’élément déterminant, le facteur décisif ?
L’économie ou la question raciale ?
La débâcle financière et ses conséquences imprévisibles sont actuellement le souci primordial des Américains et il serait temps que cessent les attaques mesquines. L’Amérique a besoin d’un débat d’un autre acabit, d’un autre niveau et surtout d’un changement profond pour renouer avec sa grandeur d’antan, se réconcilier avec le reste du monde et refaire son image ternie par l’administration Bush. Et seul Barack Obama incarne à la fois ce changement et cette grandeur. Contrairement à McCain qui avait brillé par son inconstance et a toujours eu un coup de retard sur la crise économique. Il a été contre, puis pour le plan de sauvetage financier tandis qu’Obama a été ferme, cohérent. Ce dernier avait commencé à parler d’intervention de l’Etat fédéral, du gouvernement dans la crise des « subprimes » dès le printemps dernier. Il vient de proposer son propre plan de sauvetage d’un montant de 60 milliards de dollars pour tempérer l’impact de la crise financière sur les propriétaires, les petits patrons, les municipalités dont les budgets ont été amputés, les retraités, pour stimuler l’emploi : des préoccupations qui dominent tous les autres sujets.
Face à la tactique adoptée désormais par le camp républicain qui consiste à attaquer la personnalité du candidat démocrate, Obama est décidé à se situer au-dessus de la question raciale, il n’a pas dévié d’une campagne qu’il conduit «en Américain», dans la dignité, la sérénité et sans attaque de personne « ad hominem ». D’ailleurs, quel que soit l’Etat où il s’arrête, la foule qui se déplace est invariablement mixte. On note un sursaut de l’esprit civique : même des « dealers » de quartiers réputés difficiles se sont inscrits sur les listes électorales et ont décidé d’aller voter en disant que « cette fois-ci nos voix vont sûrement compter ».
Quelle sera l’attitude des électeurs « indépendants » ? Que se passera-t-il dans l’isoloir ?
Les sondeurs, qui donnent l’avantage à Obama, reconnaissent que le facteur racial est un impondérable de taille.
«L’économie neutralise la question raciale, souligne Camille Charles, directrice du centre d’études africaines de l’université de Pennsylvanie. Celle-ci compte pour les gens mais beaucoup moins que le sort de leurs retraites et de leurs économies.».
Bruce Springsteen, le célèbre chanteur surnommé « le Boss » et soutien du candidat démocrate, a dit la semaine dernière lors d’un concert de soutien dans l’Etat d’Ohio (un des sept Etat-clés qui peuvent faire basculer l’élection avec leurs grands électeurs) : « Avec l’élection de Barack Obama, l’horizon va s’éclaircir !». Pour le changement et la grandeur de l’Amérique.
God bless Obama and America !
Nabbie Ibrahim «Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
nabbie_soumah@yahoo.fr