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Un Galema peut en cacher un autre


2008-10-18 13:15:46 

Je vais raconter simplement une ou deux anecdotes, qui ne valent certes pas démonstration, mais pourraient illustrer certaines  analyses critiques et pertinentes qui ont précédé, qui répondaient à Galéma Guilavogui.
J’ai rencontré M. Galéma Guilavogui une première fois ou une série de fois dans le petit salon attenant au bureau du tout puissant ministre de la Jeunesse d’alors, Joseph Bago Zoumanigui. Tout puissant parce qu’il présidait un comité interministériel en vue de réfléchir à une possible ouverture politique. Déjà ! C’était fin 92 ou début 93, je dis cela de mémoire, comme dirait M. Galéma. Figuraient dans cette commission entre autres Facinet, Amdou Tidiani Traoré, le nom des autres m’échappe. Notez au passage, que Facinet était plus gradé que Bago.

Donc M. Galéma et moi évoquions des souvenirs de Lycée, que nous n’avions pas beaucoup en commun, nous n’étions pas de la même promotion, il était  un ou deux ans avant moi. On bavardait. Entre gens qui avaient fait le Lycée de Donka, et aussi diaspora revenus au bercail. Nous avions tous deux séjourné en Côte d’Ivoire, lui, après avoir été deux fois ministre du tyran du pays des geôles. Moi j’étais coopérant des ex colonisateurs.. M. Galéma, et je cite de mémoire, était d’accord avec moi que le système était déjà en dérive dans l’ethnostratégie, que pour lui, en attendant qu’il puisse gagner honnêtement sa vie, il n’était pas question de se laisser enrober ni par les uns ni par les autres.
 
Les uns c’étaient les Somparé, Assifat Solano, etc. Ils se réunissaient dans le tout petit bureau d’Assifat qui était alors secrétaire général, ensuite chez un ami des miens, un  des futurs pontes du P.U.P. homme d’affaires de son état, immeuble K.. où il avait son bureau. Les autres, les Partis qui étaient déjà en place. C’était aussi ma position. J’étais là comme contractuel. Ils ont tout fait pour m’enrôler. J’ai failli rédiger une mouture du préambule du R.D.P. Mais j’ai farouchement résisté. Somparé, je l’ai déjà raconté ailleurs, me lançait à chacun de ses passages, « Bokoum quand est-ce que tu vas te déterminer, Bokoum, qu’est-ce que tu attends ! »
C’est Bago qui m’a sauvé.
« Dites donc foutez-lui la paix, du moment qu’il fait le travail technique qu’on lui demande, c’est l’essentiel. »

L’histoire a vite tourné. Bago a disparu pendant les évènements de février 96, après s’être fait virer par qui l’on sait.
Que ne fut ma surprise de trouver Galéma, quelques mois après, hantant les hautes structures du P.U.P. qu’était devenu le R.D.P. !
La deuxième fois que j’avais rencontré Galéma, toujours dans un petit salon, c’était chez Djibril Tamsir Niane. Je venais juste de partir du journal de l’U.N.R., La Nouvelle République ( qui avait été fondée par la future équipe du Lynx ). Alpha Saliou Kourouma et moi, eûmes l’idée  d’initier ce que l’on appelle aujourd’hui de façon quelque peu ronflante une structure de la société civile. Nous ne nous sentions pas bien dans les Partis, les meetings, « vive, à bas ! », Etc. Cependant  nous voulions peser de quelque façon dans la dynamique sociale, en tout cas participer au changement, disons plutôt la transition en  cours. J’ai mis W. Sassine et Ahmed Tidjane ( l’artiste ) dans le coup.

Nous fûmes ahuris, voire  écœurés Alpha Saliou, Sassine et moi, de nous retrouver devant des ex et futurs caciques des deux républiques. Il y avait là, à part l’inévitable Kiri Di Bangoura, dont la présence s’expliquait par ses liens familiaux avec Niane, au moins quatre ex ambassadeurs des deux républiques, un ou deux ex ministres de la première, là aussi je fais comme Galéma je cite de mémoire, donc il y avait justement Galéma, Bonata Dieng, un autre ex ambassadeur, Diallo quelque chose.., Ivone Condé, qui deviendra la première ministre des affaires sociales de Lansana Conté.
Bref on nous avait débordés, et Sassine qui n’avait ni sa plume ni sa langue dans sa poche, est rentré proprement dans le paquet de ces revenants.

« Non mais vous avez assez bouffé comme ça, qu’est-ce que vous foutez encore ici, surtout qu’il n’y a plus rien à bouffer.. »

Niane a voulu jouer les pompiers, mais on ne ferme pas sa gueule à Sassine.
Galéma est alors monté au créneau. D’un ton docte, ou doctoral, il expliqua qu’il avait reçu son « quitus » après son passage pendant je ne sais combien d’années à tel ministère P.D.G. et qu’il n’avait de leçon de patriotisme à recevoir de personne. Il était parti la tête haute, etc.

Peut-être voulait-il dire qu’il n’avait pendu personne, qu’il n’avait assisté à aucune pendaison et qu’il n’avait dénoncé aucun pendu ?

C’était un malentendu total entre lui et nous.
Ce n’est peut-être qu’une coïncidence.
Mais Ivone Condé et Galéma se retrouveront ministres, Sassine va tirer sa révérence, Alpha Saliou navigue je ne sais plus dans quelle galère. J’oubliais, Kiri Di deviendra super ministre des élections et il n’a pas dit son dernier mot !
Moi ? J’ai dit niet à Assifat, ministre tombeur de Bago et futur puissant ministre des élections, jusqu’à ce que Le Tout Puissant eut décidé de le rappeler à Lui.
Ceci n’est naturellement pas une réponse à Galéma. Mais ça aidera les chercheurs à lui retourner les faits et les arguments pertinents.
Moi je suis fatigué d’être un « intello ». Aux plus jeunes de faire leurs recherches, nous répondrons présents s’ils nous demandent des archives ( de mémoire ou même scripturaires ).
Sékou Père du Non, les archives de la section R.D.A.de Mamou sont là pour dire le contraire, les rencontres avec les étudiants de la FEANF et leur position indépendantiste dès les années cinquante violemment combattue par un Sékou Touré sont largement étalées dans «  Idéologies des indépendances » (1) du regretté Ives Benot ( notre Helman du Lycée ) qui était justement un des grands cadres venus aider la Guinée et Sékou Touré après le départ en catastrophe des Français : Ives Benot, Ki Zerbo, Moumini, Foté Memel, etc.

Je me souviens que quand, en 1961 on nous a embastillés à Sonfonia, après 72h de diète, on nous traîna au camp Samory pour interrogatoire. Personnellement, on me demanda n’importe quoi sur Helman alias Ives Benot ! Ils ont dû chercher à extorquer les mêmes « aveux », à Paramécie futur éminent hématologue et Colonel de l’armée américaine aujourd’hui à la retraite.. Ils sont très informés ces flicards : A. D. et moi, on nous appelait les enfants d’Helman, parce qu’on arrivait à obtenir la moyenne en français. Plus sérieusement, on demandait à l’adolescent que j’étais de dénoncer l’humaniste Helman qui était venu aider la Guinée, avec un salaire qui lui permettait de se payer du lafidi.

C’était le complot des enseignants. Le premier ( ? ) complot.
Sékou avait ce jour cessé d’être notre « héros ».
Manifestement il continue de l’être pour certains, dont Galéma.
Des réponses plus avisées, ont largement disqualifié cette étrange sortie de Galéma pour ne pas s’attarder sur des souvenirs qui cherchent seulement à éclairer ce nouveau positionnement de Galéma.

Un dernier souvenir tout récent, puisqu’il date de moins de trois mois, où l’on voit qu’un Galéma peut en cacher un autre. Galéma sur les ondes d’une radio privée, si ma mémoire est bonne, a eu des mots durs, souvent justes, peut-être même sincères, contre cette farce macabre de restitution des corps de nos concitoyens originaires de la Forêt, suppliciés dans un camp. Il y en avait une demi-douzaine me semble-t-il. Les crocodiles ont versé des larmes dans lesquelles se noyaient des excuses de faux culs malgré leurs galons. D’ailleurs les corps n’étaient pas tous présentables : le formol a dû manquer- d’effet – au bout de plusieurs  années de purgatoire.

La question que je me pose à propos de cette sainte colère de Galéma est la suivante :
Les six morts  de la Forêt méritent-ils plus notre devoir de mémoire que les cinquante mille morts et ou disparus des geôles du P.D.G ou plus près de nous, les quelque deux cents trucidés de janvier-février 2007 ?
 
Honnêtement, je ne crois pas que Galéma ait subitement sombré dans un réflexe identitaire.
Il y a seulement qu’un autre Galéma se cachait derrière le premier, qui nageait dans la mare obscurantiste de l’Ecole guinéenne (2) au frontispice de laquelle est inscrite, nimbée d’une lumière glauque, la fameuse formule de l’honorable Somparé (3) :

LE P.D.G PLUS LE LIBERALISME

Galéma a seulement fait un pas de plus vers l’abîme où nous a conduits cette Ecole.

  • Idéologies des Indépendances, Ed Maspéro (?)

(2) Qu’il ne faut assimiler à aucune école guinéenne, il s’agit, et plus d’un de mes précédents articles, toujours disponibles sur le Net l’expliquent, il s’agit donc ici d’une idéologie ( voir note ci-dessous )
(3) La formule complète : Le P.U.P., c’est le P.D.G. plus le libéralisme, fondement de l’idéologie post-P.D.G.de l’Ecole guinéenne

Saïdou Nour Bokoum


 

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VOS COMMENTAIRES

DRAHAMANE18/10/2008 14:48:35
Franchement c'est l genre de contributions que nous attendons des anées!J'ai toujours dit qu'il faut clarifier les roles des gens dans la deconfiture du pays.
Balde MS18/10/2008 16:39:24
Ce recit me rappelle une un sujet de literature africaine que j'avais completemnt rate en 10 ScEX en Guinee..." EN AFRIQUE UNE VIELLARD QUI MEURT EST UNE BIBLIO QUE BRULE"...Doyen Bokoum vous etes une bibliothq pour nous. Que le tout PUISSANT ALLAH, LE MISERICORDIEU vous protege, vous donne une sante de diamant et une longue vie parmi nous...Que ce createur vous donne la chance de vivre ce changement pour lequel vous vous etes battu tres longtemps....Notre people vous en sera reconnaissant....Vous etes un hero national
Thierno A DIALLO19/10/2008 11:01:05
Absolument d'accord avec M. Drahamane. Il faudrait que beaucoup d'autres contributions de ce genre aident à dissiper les confusions crées par une certaine catégorie de nos compatriotes,de toutes origines. Preuve s'il en est, que l'explication pseudo-ethnique est un faux problème, en perte très rapide de vitesse. Respects,M. Bokoum.
Saïdou Nour bokoum21/10/2008 16:06:54
Réponse à Kylé SEULEMENT :
Non mon cher, tu ne saurais me reconnaître puisque tu ne me connais pas, alors pas du tout ! En effet seul un « lecteur magbana » pourrait prendre ton commentaire pour un compliment. Pas moi. Développer cela reviendrait à me répéter ou à ressortir « Réponse à tous », article toujours disponible dans les archives de quelque site. Ton nom n’apparaît pas comme tel parmi les lyncheurs qui s’amusaient à jeter la boue au visage de « l’intello », Narcisse "qui n'écrit que pour soi" comme tu dis en substance. Je vois maintenant qu’il s’y trouve, en creux.
Cela dit, je n’ai pas de mépris pour les « lecteurs magbana ». PARCE QU'ILS N'EXISTENT PAS . Ils conduisent leur tacot et leurs passagers dans leurs « entrées-coucher », trop souvent à leur dernière demeure..

En revanche, je n’éprouve qu’admiration pour le journaliste qui sait faire court et simple.
Enfin tu dois comprendre, avant de distribuer des points, que je ne suis pas journaliste, mais il m’arrive de faire des chroniques, depuis quarante ans, en même temps que j’essaie d’être écri-VAIN ( W. Sassine ), toujours depuis quarante ans ! Je n’y suis toujours pas parvenu.

Enfin, je ne recommanderais pas ton dernier papier au « lecteur magbana ». Parmi les nombreux vivats qui saluent ton texte, je ne reconnais aucun accent de nos parents Konia,( il y a aussi beaucoup de Peuls dans ce dur « métier magbana ».. ) qui ne sont pas familiers de Molière, et je n’ose accuser les auteurs de ces sincères félicitations de.. tartufferie !
Mon cher Kylé wa salam.
P.S. : mes deux derniers textes " lisibles" sont précédés d'un Manifeste de 15 pages et d'une quasi-vingtaine d'articles d'anlyses..ILLISIBLES. "Ceci explique peut-être cela",comme dirait le philosophe du Bourgeois gentillomme ( ? ) de Molière..