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Le bilan de Conté

Les Guinéens au cœur de la débrouillardise


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Pour la survie !

2008-10-20 19:09:24

Les habitants de Conakry tirent le diable par la queue. C’est raison pour laquelle ils se lancent désormais dans toutes sortes d’activités. Pourvue que ça rapporte quelque chose.

Après le ramassage du gravier et la collecte de vieilles chaussures, les Guinéens s’essayent désormais dans le ramassage des barres de fer qu’ils revendent à des prix modiques à une société indienne installée au port de Conakry pour la circonstance.

La pratique est tellement nocive qu’elle a presque effacé une bonne partie de l’histoire de la Guinée. Il s’agit notamment du bradage des rails du chemin de fer Conakry-Kankan, long de 622 km. Même certains anciens préfets ont été cités comme acteurs de l’enlèvement de ces rails. A ce jour, les générations qui n’ont pas connu ces rails n’ont que des livres d’histoire pour se faire une idée de leur existence. Décidément, le fer nourrit les Guinéens !   

Si dans un passé récent, une barre de fer abandonnée dans un coin de rue ne représentait presque rien aux yeux d’un guinéen, de nos jours les données ont changé. Aujourd’hui, beaucoup de familles trouvent leurs dépenses quotidiennes  dans la collecte et la vente des ferrailles recueillies ça et là. De nos jours, la quête du fer est un véritable job pour famille à Conakry.  L’activité mobilise jeunes, enfants, femmes et vieux.  Les lieux de prédilection pour la cueillette de cette matière issue des restes des engins roulants et autres vieilles machines sont les poubelles et les grands dépotoirs de la Capitale. Peu importe les risques que cela comporte.

En effet, depuis quelques années, ils sont des milliers d’enfants qui traînent en longueur de journée dans les lieux de décharge d’ordures. Façon, pour eux de se procurer de quelques  barres de fer et autres ordures « utiles ». C’est plus important que d’aller à l’école. Surtout si les parents ne peuvent plus payer les fournitures et garder à manger pour ceux qui reviennent de l’école. C’est le prix à payer pour une nation qui se laisse diriger par un « cadavre » et son épouse analphabète.

Pour en savoir plus, nous avons fait, le jeudi 25 septembre dernier, un tour au grand dépotoir d’ordures de Cosa, situé dans la Commune de Ratoma.  Précisément au Carrefour du Camp Alpha Yaya Diallo.

Très tôt ce matin, c’est une dizaine d’enfants âgés de 8 à 10 ans qui étaient à l’attente des camions de transport d’ordures. Munis de piques, de bâtons leur permettant de trier et récupérer les barres de fer contenues dans des amas d’ordures. La montagne d’ordures qui s’y trouve ne laisse aucun passant indifférent. Ne serait-ce que par l’odeur nauséabonde qui s’y dégage. Malgré tout, les enfants ne désarment pas. Au dépotoir de Cosa, l’extraction du fer débute à  8 heures et peut durer jusque tard la nuit.

Le Directeur de l’Entreprise guinéenne de collecte d’ordures ménagères (EGUICOM), M. Diallo Mamadou Djouldé nous explique les difficultés qu’il rencontre avec ces enfants : « Tous les jours, ces enfants sont constamment ici ; nous les chassons mais, ils reviennent toujours. Ils sont à la recherche des barres de fer qu’ils revendent aux marchés. Cela, leur permet de se faire de l’argent ».

Mohamed Camara, 10 ans, est élève en 4ème année francoarabe à Yimbaya Tannerie :

«Je viens ici tous les jours pour chercher de l’aluminium, des barres de fer et des chaussures que je revends au marché de Cosa. Mes acheteurs prennent un kilogramme de fer à 500 GNF. Par jour, je gagne jusqu’à 15.000 GNF. Je donne 5000 GNF à ma mère, je verse le reste en tontine mensuelle. A la fin du mois, cela me fait beaucoup d’argents que je donne à mon père pour qu’il le garde pour moi ».

Ousmane  Youla 8 ans,  élève  en  2eme Année :

« Je suis là tous les jours à la recherche des barres de fer et les paires de chaussures usées que je vends au marché de  Cosa.  Parfois je peux gagner 5.000 ou 10.000 GNF…. ».

Pour trouver ces ‘’précieuses’’ barres de fer, il n’y a pas que les poubelles qui sont visitées. Fodé Kaba, garagiste à Cosa se plaint : « Les enfants nous fatiguent ici ; ils viennent en groupe ramasser tous les morceaux de fer qui traînent dans nos garages. Ces enfants sont le plus souvent envoyés par leurs parents. Ces derniers en tirent grand profit. Notamment  de l’argent ».

Pour se procurer des fils de fer, ce sont des pneus qui sont calcinés et cette fumée toxique est inhalée par les enfants. Et tenez-vous bien que les principales actrices sont des femmes !

Une femme rencontrée dans l’un des  plus grands dépotoirs de Conakry, situé au quartier Minière, Mme M’Mah Cissé explique la manière dont elle gagne les fils de fer : « Nous ramassons  les pneus et les brûlons, puis nous récupérons ces fils que nous revendons au marché. Enroulés, ces fils sont vendus à 500 GNF aux ménagères. Celles-ci s’en servent pour les mettre dans les fourneaux afin d’économiser le charbon ».

Nous avons aussi pris langue avec les acheteurs au marché de Cosa. Aboubacar Traoré a, devant son magasin, une bascule pour peser le fer que les enfants du quartier lui revendent: « Les enfants font la collecte, nous prenons avec eux à 500 GNF le kilo de fer, nous aussi nous partons revendre au Port Autonome de Conakry, le même  kilo à 1000 ou 1.200 GNF. Nos principaux clients sont les Guinéens qui, à leur tour les envoient dans d’autres pays étrangers. Notamment en Inde ».

Cela veut dire que les enfants qui s’exposent aux déchets toxiques de tout genre et qui font le travail ne gagnent même pas la moitié du prix de revient de leur récolte. Mais qui va régulariser ça ici ? il n’y a pas de syndicat pour ces bambins qui ne travaillent pas aux yeux de la loi.

Un autre revendeur rencontré au marché de Enco5, affirme : « Après la vente de ces barres de fer aux Guinéens qui se trouvent au Port de Conakry, ceux-ci à leur tour embarquent ces tonnes de fer dans des conteneurs en destination de l’Inde, du Pakistan ou de la Chine ».

Le marché est florissant, au point qu’aujourd’hui beaucoup de citoyens en font leur principale activité dans un pays qui n’offre aucune autre perspective à ceux qui ne sont pas liés aux clans autour de Conté et de ses épouses. Ça leur permet de joindre les deux bouts, de survivre. En attendant qu’une balle perdue les ramasse un jour quelque part ou en plein sommeil.

M. Aboubacar Sidibé est réfugié ivoirien en Guinée depuis 3 ans : « Cela fait 3 ans maintenant que je suis dans la vente des barres de fer. A travers ce métier, je gagne tant bien que mal ma vie. Grâce à ce que je gagne, je paye la location de mon magasin à 60.000 GNF chaque fin du mois, et là où je loge à 50.000 GNF le mois. Je parviens à satisfaire tous mes besoins. Contre vents et marées, je ne suis pas prêt à abandonner cette vente qui est devenue une entreprise pour moi ».

Décidément, le fer fait l’affaire de beaucoup mais au détriment des enfants qui devraient aller à l’école. Donc, au détriment du pays qui doit compter sur ces enfants dans l’avenir. Mais l’on me dira qu’il y a des enfants de Conté, de Souaré, de Keira, de Somparé, de Cellou, de Kassory et des centaines de ministres que le régime conté a produits. Eux, ils vont à l'école, pour les autres.

Comme il m’a été donné de le constater sur le terrain, les enfants et familles soussous sont les plus touchés par la misère que cultive ce régime à la tête duquel Lansana Conté et Aboubacar Somparé, tous deux « soussous ». Bientôt des élections ou des mouvements sociaux en Guinée. J’espère qu’aucun voleur ou incompétent ne cherchera à se cacher  derrière les populations soussous pour garder ses privilèges !

Lamine soumah


 

4 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Nassriou, UK21/10/2008 11:49:14
Tres emouvant!

Je suis tres profondement ecoeure a chaquefois que je lis des publications de ce genre, non contre les auteurs des articles mais plutot contre tous ceux qui ont exerce une percelle de responsabilite dans la gestion de la Guinee. Ce sont souvent des irresponsables ----s qui n'ont meme pas honte sinon comment peut on arriver a ce point de pauvrete extreme. Comment peut on imaginer que des enfants qui distinguent a peine le bien et le mal se mettent a fouiller des poubelles pour pouvoir survivre et meme supporter des membres de leurs familles.
Les criminels de responsables que nous avons en Guinee devraient repenser leurs methodes de gestion du pays. Ces enfants devraient avoir la meme opportunite que les leurs ou du moins un peu proche.

Je suis profondement meurtri de lire cela et surtout savoir que c'est la nouvelle realite en Guinee.

Voila encore une raison de plus qui devrait souder l'ensemble des guineens de bonne volonte pour defaire tout le systeme en place en Guinee. Ce systeme doit etre totalement demoli et rapidement remplace par un gouvernement responsable pour le meilleur de nos enfants.

Mobilisons nous et disons non car les jeunes enfants de Guinee meritent beaucoup mieux que cela.

Salutations cordiales.
Diawara21/10/2008 13:24:41
Comme Nassirou, je suis trop choqué de lire ces vérités venant de la Guinée. Comment un pays aussi riche a pu en arriver là? On doit mettre en prison tous les actuels et anciens ministres de ce pays. Ce sont des criminels, des gens qui ne méritent aucun respect. Par ailleurs je dit chapeau à monsieur Soumah. C'est cela du journalisme et informer. Contrairement ce qu'on assiste désormais sur le net: les vieux écrivent pour se jeter des fleurs ou se recommander l'un l'autre. Ils n'informent pas et ne font aucune analyse respectable. C'est un club de flateurs qui ont besoin de reconnaissance sans avoir été utile en quoi que ce soit. Certains tombent si bas qu'il composent même des poêmes pour ceux qu'ils ont publiquement insulté comme Sidoux Barry. Ce club, je ne me donne plus la peine de lire ces membres moi. Merci Soumah de nous livrer des informations sans flaterie ni mensonge.
M. Diallo21/10/2008 14:24:55
En effet certains anciens ne font plus d'analyse instructive. On dirait qu'ils sont en crise d'information. Soit ils se repètent soit ils écrivent pour regler des comptes personnels. Ce que je trouve ridicule, c'est surtout ce besoin de se recommander mutuellement aux lecteurs. Quand on écrit pour donner des informations comme Lamine Soumah le fait, on n'a pas besoin de se soucier si on sera lu ou pas.
pita28/10/2008 18:31:42
Le contenu de cet article me pousse à me poser beaucoup de questions. Je ne sais pas si c'est la haine où le manque d'information, qui à mon sens, aveugle l'auteur. Je vous trouve(l'auteur) dangereux pour quelqu'un qui croit à une possible alternative en Guinée. Le peuple de Guinée vaut mieux que ce que vous décrivez, malheureusement j'ignore vous sources d'informations, et vos convictions, mais laisse moi vous dire, un article de type vise à diviser un peuple. La Guinée est une République, je milite pour un changement en Guinée, et ce changement ne sera possible qu'avec tous les Guinéens, sans distinction d'ethnies, de ----es, de croyances. En effet, je ne comprends pas cette technique qui consiste à marginaliser, à culpabiliser une partie du peuple, si ce n'est que de cultiver la haine,la division. Soyez objectif, ne vous contentez pas à des fins que je crois politiques pour salir le peuple de Guinée. Prônons l'union, la solidarité, et non la division. Le changement auquel attend tous les Guinéens se fera avec tous les Guinéens.