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2008-11-05 16:40:09
Au début du siècle dernier, l’homme d’Etat Mexicain Porfirio DIAZ (1830-1915), constatant avec amertume l’interventionnisme musclé de son puissant voisin du Nord en Amérique Latine en général et en dans son pays en particulier, déclarait plein d’amertume : « Pauvre Mexique si loin de Dieu, si près des Etats-Unis ». Il peut aujourd’hui se retourner dans sa tombe et exprimer sa satisfaction : Magnifique Amérique, qui est sur la voie de se réconcilier avec toutes les nations du monde, car venant d’élire un fils dont les ramifications et le parcours se retrouvent dans beaucoup de sphères du Tiers Monde.
En élisant Barak Obama, en faire pendant Quatre et éventuellement huit ans, l’homme le plus puissant de la planète, les Etats-Unis n’ont peut être pas réalisé complètement le rêve de Martin Luther King, mais ils ont donné un signal fort à toutes les minorités dans le monde entier. Le noir et l’amérindien du Mexique, de Colombie et surtout du Brésil vont maintenant se dire ; Pourquoi pas aussi un tel évènement chez nous ? Le même espoir peut aussi habiter désormais les fils d’immigrés au Royaume-Uni, en France : Les jeunes des quartiers déshérités des villes de ces pays ne se sentiront pas seulement utiles en jouant au football ou en faisant du rap, mais ils vont ambitionner dans les conseils municipaux, dans les conseils généraux et régionaux, d’apporter leur contribution à la vie de la Cité.
Barak Obama en réalisant le « rêve de son père », (titre de son autobiographic) donne aussi de l’espoir à tous ces américains blancs de certaines catégories sociales, d’hispaniques, d’amérindiens, de Noir qui croyaient que la Maison Blanche n’était réservée qu’à une petite catégorie de citoyen, des blancs certes, mais des cols bleus, formés dans les meilleures institutions du pays.
Le Rubicon a donc été franchi et on peut à présent légitimement parler de « rêve américain ».
Les USA sont devenus une nation arc-en-ciel, qui est comme l’a dit Bill Clinton le 29 Octobre dernier en Floride : « devenu notre avenir et est déjà notre présent ». Désignant le candidat Obama qu’il soutenait ce jour là, comme étant le symbole de cette nouvelle réalité de l’Amérique. Il aurait pu dire le prenant par l’épaule et le présentant à la foule : Ecce Homo, (voilà l’homme qui doit nous conduire aujourd’hui).
C’est dans cette perspective, qu’au-delà du cercle des Démocrates, d’autres dans le camp Républicain, chez les indépendants, dans de nombreux « Task Force » liés à aucune formation politique majeure, lui ont apporté un soutien franc et enthousiaste.
Collin Powell que beaucoup croyaient comme pouvant être le premier afro-américain à prétendre à la Présidence ou à la Vice Présidence a justifié son soutien au candidat Obama « En raison du caractère fédérateur de sa campagne et parce qu’il tend la main à toute l’Amérique.
Barak Obama a été aussi choisi parce qu’il est atypique et egalement par sa démarche et son monde opérateur qui ont désorienté pratiquement tout le monde. Au départ l’opinion publique, les médias, les analystes ne voyaient dans sa démarche qu’une candidature de témoignage destinée à prendre date et à tester le pouls de l’Amérique quant à sa capacité à accepter un citoyen d’une minorité à occuper le sommet de l’Etat.
Il a quasi désorienté l’appareil du Parti Démocratique et ses rivaux pour l’investiture. Le premier choix, celui qui s’imposait de lui-même était celui d’Hillary Clinton ; Seul Obama savait que le bon choix était le sien.
Choisi par la convention de Denver, il a innové dans le financement de sa campagne en renonçant aux financements publics pour se tourner exclusivement vers les dons des citoyens à travers internet. La manœuvre était habile car beaucoup se disaient qu’il aurait un lourd handicap sur le plan financier. Au final, c’est lui qui avait raison, devenant le candidat qui aura récolté le plus d’argent dans l’histoire des élections au monde.
Face à son rival Républicain, il a délibérément adopté la stratégie de l’offensive. En bon connaisseur du basket-ball, il a choisi d’empêcher l’adversaire d’avancer, de l’étouffer dans sa zone et avoir le ballon tout le temps, c’est-à-dire être toujours le premier dans la prise de l’initiative. John McCain a ainsi été toujours sur la défensive, obligé non pas d’agir mais de réagir. Le choix de sa colistière Saran Paulin en a été l’illustration parfaite : Elle a été lancée dans la course pour essayer de capter les suffrages des femmes après le retrait de Hillary Clinton.
En définitive, Barak Obama et son équipe auront contourner toutes les difficultés pour ne faire que de bons choix. Dans une Amérique multinationale, multiethnique, multiculturelle, il s’est présenté comme appartenant à toutes ces diversités.
Son parcours est celui de l’homme qui sait d’où il vient et qui intègre toutes les valeurs positives qu’il a rencontrées sur ses parcours.
Le Sociologue Orlando Paterson, insiste sur ce phénomène du respect de soi-même, de son parcours tout en ne s’enfermant pas dans le syndrome du ghetto « Après Harvard, il (Barak Obama) a opté pour devenir organisateur communautaire plutôt que de gagner tout soit 500.000 $ par an. De Barry, il a choisi de redevenir Barak et n’a pas eu honte de son second prénom Hussein ».
Barak Obama sait qu’il reste à présent à franchir un autre pont : celui de candidat à homme d’Etat. Dès le 15 Novembre prochain à Washington, donc deux mois avant son investiture, au contact des grands de ce monde qui vont certainement le tester, il lui faudra présenter le nouveau visage de l’Amérique, celle qui regarde tout le monde et qui est à l’écoute des petits comme des grands.
La crise financière et économique actuelle est là pour justifier le fait que la mondialisation étant une réalité incontournable, ses problèmes et la résolution de ceux-ci doivent aussi être réglés en commun. Il lui faudra écouter l’allié traditionnel le Royaume-Uni mais aussi les petits Etats comme la Gambie, qui eux aussi ont des solutions.
Il devra savoir que le 11 Septembre 2001 qui a ébranlé les relations internationales du début du siècle ont amené beaucoup de ses compatriotes à se poser cette question :
Pourquoi tant de haine ?
Certainement parce que l’Amérique a fait preuve de trop d’autisme, de trop d’unilatéralisme et aussi d’absence de dialogue même avec certains de ses meilleurs alliés comme la France et l’Allemagne Fédérale.
Les Jeffersoniens qui sont isolationnistes et partisans du moins d’Etat ont vu l’échec de leur thème pendant les crises actuelles.
Les Wilsoniens promoteurs internationalistes de la démocratie, tout comme les Jacksoniens adeptes de la manière forte à l’intérieur comme à l’extérieur ont eux aussi compris qu’on impose pas par la force de démocratie que l’on a chez soi, car les cultures sont variées et le cheminement des peuples est divers. Les problèmes actuels dans les pays arabes en général et en Irak en particulier ont donné le glas des néo-conservateurs dans ce domaine.
Lui et ses conseillers doivent donc inventer une nouvelle approche, faire comme Roosevelt en 1932 avec le « new deal ».
Dans sa politique extérieure avec certainement des hommes comme Wesley Clark (Ancien Commandant de la CAFOR en Bosnie), il lui faudra rassurer l’opinion mondiale. Bien sûr, les USA seront toujours fermes sur les points non négociables comme leur prééminence militaire, diplomatique et économique : L’OTAN sera toujours tentaculaire, la lutte contre le terrorisme sans faille, la pression sur l’IRAN constante, le soutien à Israël indéfectible. Il est évident que le tympo et le modus operendi seront différents.
Ainsi, la classe politique Israélienne devra comprendre que la création d’un Etat Palestinien dans des frontières viables est inévitables ; que la paix avec la Syrie et le monde arabe s’impose ; que la Russie a le devoir de se soucier du sort des populations Russophones dans les anciennes Républiques Soviétiques ; que la Chine est déjà une super puissance qu’on doit respecter et qu’on ne doit pas chercher à déstabiliser de façon humiliante au Tibet et au Xinjiang ; que l’on doit prendre en compte les nouvelles sensibilités nationalistes latino américaines et de tout faire pour trouver une sortie de crise avec Cuba de façon honorable pour les deux pays.
ET L’AFRIQUE ?
Quelles Perspectives pour le Continent ?
Que represente l’arrivée au pouvoir de la plus grande puissance au monde d’un homme dont le père est Africain.
Il n’y aura aucun sentimentalisme de la part de Barak Obama mais plutôt une forme de « Linkaje » : Aide de toute nature mais en face, bonne gouvernance, lutte contre la gabegie et la corruption, élections justes et transparentes, respect des droits de l’homme, prise en compte des positions de l’oppositions.
Les populations Africaines ont applaudi la victoire d’Obama, il n’en a pas été autant certainement pour beaucoup de ceux qui nous gouvernent.
Il sait que les troubles post électorales ont fait plus de mille cinq cents morts au Kenya. Il observe que dans la plupart de nos pays les lendemains d’election sont suivis de violence. Lors de sa visite en 2006, au pays de son père, en Afrique du Sud et au Darfour, il a vu la même misère, la même frustration, la même désespoir qu’il côtoyait dans les quartiers déshérités de Chicago.
Il sait que partout dans le monde, la pauvreté, la misère, l’absence de futur conduisent les jeunes au nihilisme et aux tendances suicidaires.
Mais ne nous berçons pas trop d’illusions. Barak Obama sera avant tout un Président Américain ; sa première priorité sera de se faire réélire dans quatre ans pour ne pas connaître le sort de Jimmy Carter. Un Chef d’Etat doit d’abord trouver la solution aux problèmes intérieurs et l’essentiel de sa campagne a été consacrée sur les préoccupations des Américains : l’assurance maladie, la justice fiscale, l’indépendance énergétique, l’accès à l’éducation, le logement, l’environnement.
Pour terminer cette analyse, sachant donc raison gardée, méfions-nous de trop d’enthousiasme car parfois comme l’écrit Frantz Fanon a l’espoir succede le desespoir.
Que Barak Obama reste fidèle au rêve de son père, aux sacrifices et à l’abnégation de sa mère qui ne sera pas là pour voir son triomphe, à la protection de ses grands parents maternels, aux encouragements de ses collaboratrices travailleuses sociales de Chicago et au soutien de sa femme.
Qu’il sache que dans le regard de ses filles il y a leur message :
Papa reste toujours Barak.
Almamy SOUMAH