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Crise d’emploi et absence de l’Etat :

des médecins ambulants


2008-11-20 17:39:17

Jusque là on pensait que le médecin, c’est à l’hôpital ou à la clinique, mais depuis un moment, une autre catégorie de médecins évolue à travers les quartiers de la capitale. Munis de tensiomètres et de carnets d’ordonnances, jeunes pour la plupart, ils se promènent dans les marchés avec des sacs au dos, à la recherche des malades. 2500 GNF, c’est la somme qu’il faut débourser pour une consultation. Au marché Enco5, situé dans la haute banlieue de Conakry, deux jeunes ont fini par se faire distinguer à travers cette pratique de médecins ambulants à travers lequel ils gagnent leur pain. Ici, les vendeuses sont les principales clientes. A les entendre parler de la ‘’performance’’ de leurs « médecins » soignants, on se rend compte que ces femmes courent d’énormes risques. Tellement nos populations sont abandonnées à elles-mêmes dans ce pays !

Parmi les patientes du jour, Mme Hassanatou Baldé, vendeuse de poissons dit avoir porté son choix sur ces médecins ambulants plutôt que sur ceux des grands hôpitaux parce que les frais sont abordables : « c’est une amie qui m’a parlé d’eux au début. Alors la semaine dernière je suis venue les attendre. Ils m’ont  consultée avant de me prescrire une ordonnance. Lorsque j’ai pris les produits, je me suis sentie vraiment soulagée.»

Si quelques-uns uns apprécient cette pratique de proximité à laquelle se livrent ces ‘’médecins’’ des pauvres, d’autres la voient d’un mauvais œil. C’est le cas de M. Saliou Diallo, marchand : «  Je déteste cette façon de faire. Comment est-ce que des gens que vous rencontrez en plein marché peuvent se réclamer du corps médical ? Je pense que ce n’est juste qu’un moyen d’escroquer les gens. Tous les jours, ils sont là à retirer des sous à ces pauvres dames ».

Le constat est que le plus grand nombre de leurs clients sont en majorité des femmes. A cause certainement de la pauvreté qui frappe de plein fouet cette couche. C’est le cas de cette autre vendeuse, Fanta Condé. Elle s’en explique: « je trouve le prix très abordable par rapport à ce qu’on nous demande dans les hôpitaux et centre de santé où les frais d’une simple consultation varie entre 10.000 et 30.000 GNF. Sans parler du prix des produits. Alors, je préfère me faire consulter ici au marché et payer 2.500 GNF. Encore que le prix de l’ordonnance ne dépasse pas les 10.000 GNF ». 

C’est autant dire que le laisser-aller qui caractérise le pays de Lansana a fini par atteindre le secteur sacré de la santé. Quelle autorité compétente pourrait lever le doigt avant que le pire n’advienne ? Dans aucun Etat normal n’importe qui peut prescrire une ordonnance médicale. Mais la Guinée, c’est l’Etat de Conté, de Mamadou Sylla, de Keira et de Souaré.
Si ces jeunes ont une formation médicale et dans ce cas seulement, alors c’est un soulagement pour la majorité des populations qui, à défaut, n’iraient de toute façon pas à l’hôpital, faute de moyens.

Linda Bah


 

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