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Révision des listes électorales :

la commission et ses kyrielles de problèmes


2008-11-20 17:50:43

C’est alors que le Ministère de l’Administration du Territoire et des Affaires Politiques (Matap) et la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) organisaient du 22 au 23 octobre une session de renforcement des capacités des acteurs impliqués dans la conduite du processus électoral que le report des législatives a paru évident. Le président de la CENI a reconnu que techniquement les élections ne pourront pas être organisées en fin d’année, comme initialement prévu.
Ben Sékou Sylla a annoncé que le premier trimestre de l’année 2009 constitue la période butoir de l’organisation des élections. Cela étant, il a prévenu « Nous n’avons aucun intérêt de repousser les élections à cette période-là, sinon le peuple va être désabusé, la paix dans le pays sera menacée... Nous allons entrer tout juste après cela dans une autre année électorale et dès que les choses se chevaucheront, le peuple va encore perdre confiance. Il ne faut pas que le peuple se décide de nous pointer souvent le doigt. ».

Il a conclu que la réflexion, la programmation, l’action et la sensibilisation de proximité sont entre autres les faits qui pourront nous conduire vers des élections apaisées. Soit !
Dans tous les cas, au nombre des recommandations proposées au terme des travaux, le représentant du Matap a souligné l’harmonisation des vues des institutions organisatrices, le renforcement de la cellule de concertation Ceni-Matap pour la rendre plus opérationnelle. Il a alors insisté sur l’ouverture de la RTG, des radios rurales et communautaires aux partis politiques, pour la sensibilisation de leurs militants.
Mais aussi de la redynamisation de la série de rencontres périodiques des institutions organisatrices des élections, les partis politiques et la Primature, « pour renforcer le dialogue et assurer le suivi d’évaluation du processus électoral etc. ».

La classe politique a encore étalé au grand jour ses divisions. Quand d’aucuns disent comprendre la décision, d’autres assurent ne pas y être opposés alors que certains ont exprimé leur opposition.

Il est aujourd’hui légitime de se demander si, aux yeux des militants, les partis politiques sont encore crédibles. Seul Cellou Dalein a fustigé le gouvernement et a officiellement écrit à ce dernier pour attirer l’attention sur le fait que tout semble se mettre en oeuvre pour qu’il n’y ait pas d’élections, même l’année prochaine ! Qui l’aurait cru ? Ici, il a fait mieux que Ben Sékou Sylla, choisi pour ce job.
 
Il faudrait un signal fort de la CENI pour rassurer les acteurs politiques et les partenaires internationaux.
Le contexte dans lequel se livrera la bataille pour le Parlement soulève des inquiétudes. Après avoir pris langue avec les syndicats, la société civile et certains partis politiques, le Premier ministre vient d’émettre son signal sur les perspectives immédiates : quel qu’en soit le calendrier, c’est plutôt la bonne organisation du scrutin qui importe.

Cependant, à force d’attendre de trop, on risque bien de ne pas avoir ces élections en Guinée. Car, tout le monde en a marre et chacun se prépare au pire dans le pays de Lansana Conté.

Problèmes :

Les commissions de révision des listes électorales ne sont pas à un problème près si l’on en croit les réactions de certains de leurs membres. Aux problèmes techniques se greffent ceux crées par l’intendance financière. Ben Sékou n’est pas Mamadou Sylla qui peut obtenir du gouvernement ce qu’il veut, quand il veut.
Les opérations ont officiellement démarré le 08 octobre et jusqu’à présent certaines commissions n’ont pas démarré faute de payement des primes. On rapporte qu’il était prévu 800 000 francs par personne, une somme qui aurait été payée en deux tranches égales toutes les deux semaines (personne ne semble plus être motivé par l’esprit patriotique !).

Il semble que seuls les opérateurs de saisie ont reçu ces tranches de 400 000 GNF. Quant aux membres du cartel (les représentants des partis politiques et autres), ils attendent toujours leur dû pour faire le travail de révision des listes électorales qui devraient plutôt bénéficier à leur partis ! Alors ceux qui avaient commencé se découragent déjà sur le terrain. C’est le cas de certains opérateurs de saisie. 
Par ailleurs, il se pose un problème de maintenance. Toute la Commune de Ratoma n’en a qu’un seul et dans certains quartiers, comme à Hamdallaye I, il manque d’opérateur de saisie.

Et puis, depuis le 22 octobre ce sont des élèves, étudiants ou enseignants qui font le travail. Ce qui pose de sérieux problèmes. On se demande pourquoi le gouvernement guinéen reçoit des fonds pour financer ces opérations.

Selon un représentant de l’UFDG, il y a assez de problèmes qui risquent même d’arrêter ces opérations. « Il s’agit de la maintenance des équipements de recensement, ensuite, faute de carburant, les groupes électrogènes devant faire fonctionner les équipements sont remplacés par des batteries qu’il faut recharger chaque fois. Par exemple dans le secteur 2 de Hamdallaye I, les travaux sont bloqués depuis le jeudi à 12 heures, soit le jour même du démarrage du recensement ».

Faut-il aussi signaler que certains partis politiques sont représentés soit par des élèves, soit par des étudiants ou par des enseignants. Et à défaut d’être payés, ils ont pratiquement repris le chemin de l’école ou vaquent à des activités plus intéressantes.

La CENI fait semblant de s’activer pour l’enregistrement des électeurs. Mais à constater ce qui se passe et l’évolution des choses, on se demande l’impact que la création de cette CENI a eu en Guinée.

Cette commission est représentée aux niveaux des communes de Conakry, des préfectures et sous-préfectures, Communautés Rurales de Développement (CRD).

Pour les élections législatives de cette année, les différentes cellules décentralisées de la CENI sont composées de 3746 personnes. Leur rôle est d’agir en milieu local au nom et au compte de la CENI. De ce fait elles ont pour mission d’accomplir pour le compte de l’institution dans leurs zones respectives, l’ensemble des opérations matérielles prévue dans le cadre des processus tels que le recensement des populations. C’est dans le souci de mener à bien les prochaines élections législatives en République de Guinée et de renforcer les capacités de gestion et de l’administration en matière de démocratie et de bonne gouvernance, que l’USAID à travers sa structure pilote le projet ‘’Faisons Ensemble’’ a mis  à la disposition de la CENI, des kits d’enregistrement de dernière génération.

Le jeudi 28 août, à l’embarquement du matériel électoral pour l’intérieur du pays, il a mis l’accent sur des élections libres, crédibles et transparentes et il a annoncé à l’opinion la subvention de l’Etat aux différents partis politiques à hauteur de 1. 550. 000 000 GNF. Aux représentants de 49 partis présents sur les 59 formations politiques agréées, il a expliqué que cette subvention  est conditionnée entres autres par le nombre de participation à des élections du parti, le nombre de femmes dans le parti etc.…
Certains partis ont estimé que la subvention est dérisoire par rapport aux activités qu’ils mènent sur le terrain. D’autres ont estimé que c’est plutôt le PUP qui en profite.

La situation dans les bureaux de révision des listes électorales est telle qu’elle mérite une attention toute particulière. Des agents recrutés pour le recensement des citoyens dans les quartiers, n’ont trouvé rien de mieux que de se livrer à des actes d’escroqueries envers les pauvres citoyens massivement déplacés pour ne pas manquer les opérations de recensement de cette année. Ils sont amenés à donner de l’argent aux recenseurs alors que les opérations sont financées par l’Etat. Des montants qui varient de 3000 à 5000 GNF. « Vu la longueur du fil, on donne 5.000 GNF pour être vite  recensé. », raconte un témoin.
C’est justement ce qui s’est passé au quartier Sangoyah Mosquée, secteur2 dans la commune de Matoto. En effet, les agents recenseurs de cette localité ne s’en cachent pas. Les victimes de cette pratique nous en parlent :
Mme Sow, vendeuse au marché d’Enco5 : « Il y a trois jours que je viens ici le matin, je reste jusqu’au soir sans réussir à me faire recenser. Dans les coulisses, on nous demande 5000 GNF pour être vite libéré ».
Cet autre citoyen qui a accepté de payer la somme demandée affirme qu’il est venu se faire recenser, lui et tous les membres de sa famille. Mais, puisqu’il se disait pressé, l’agent lui a demandé de donner 25.000 GNF pour sa famille et lui. Après s’être acquitté de la somme demandée, il n’aura finalement fait que quelques 30 minutes sur les lieux de recensement.

« S’il en est ainsi, c’est qu’on peut payer pour être recensé sous plusieurs noms », pense un observateur.

Lamine Soumah


 

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