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Conakry : veni, vidi *et plus confus encore


2008-11-28 21:17:49

De retour à Conakry après l’ère Kouyaté, j’en suis parti plus embrouillé que jamais et perplexe sur l’avenir du pays.  En effet, on ne sait plus à qui se fier politiquement ou quel Guinéen dit réellement ce qu’il pense.  La société est clairement divisée entre les communautés qui se sentent à tort victime et celles qui pensent devoir avoir le Pouvoir (on ne sait de quel droit !) ; et le plus déroutant est entre les apologistes du PDG et son dictateur et les victimes des "complots "permanents.  Déroutant en effet car on retrouve parmi les premiers des parents et amis des personnes assassinées par Sékou Touré.  Tout ce monde se côtoie suspicieusement mais collaborant lorsqu’il s’agit de s’enrichir frauduleusement sur le dos du Pays.

Les lectures de la situation sociale et politique faites de l’extérieur sont erronées, dû principalement au fait que la conception de la politique, du bien et du mal est devenue  différente en Guinée.  Nous pensons vouloir la même chose pour le pays alors que nos intérêts immédiats sont si divergents.  Les malheureux événements de janvier 2007 ne sont, hélas, qu’un de ces rares moments où tous les mouvements (à trajectoires différentes) se sont trouvés en phase ;  mais personne, hélas, n’a eu le courage de canaliser cette force dans le sens du renouvellement politique.  Il y a en Guinée aujourd’hui trois sociétés, l’une qui vit grâce à la politique (et l’Armée), une autre qui s’enrichit grâce au marché parallèle (au noir) et la plus importante est les laissés-pour- compte.  Et malheureusement, l’espoir du changement ne pourra venir de cette dernière qui assiste impuissante à l’exploitation et spoliation de sa richesse en spectateur.  Car si je ne m’abuse, aucune révolution dans l’histoire n’est venue spontanément du peuple lambda mais plutôt de la classe moyenne ou carrément de la classe dirigeante/bourgeoise désenchantée.  Ceci expliquerait il aussi partiellement l’échec des événements de 2007 ? 

En débarquant à Conakry aujourd’hui, on ne sent pas un pays en crise financière ou même politique: le secteur du bâtiment semble tout aussi bouillant, les boîtes de nuits et "maquis" sont bondés au point de créer des embouteillages la nuit dans leur zone ;  les plus gros et plus récents SUV/ 4X4 et grosses cylindrées pullulent dans les rues de Conakry avec l’essence à FG 7000 le litre (environ une livre sterling) avant la réduction à Fg 5500 ; et sur le plan politique, c’est la "quiétude".  Le pays est en effet « commandé » !  Par qui ?  On ne saurait dire tant les "seigneurs" autoproclamés sont nombreux !  J’ai vu le quartier de Madina se réveiller, grouiller et se remplir de conteneurs dont le contenu de certains est transbordé pour les pays voisins comme la Sierra Leone.  

Le port de Conakry est tout aussi actif.  Si les caisses officiels de l’Etat sont vides, l’économie parallèle et beaucoup de Guinéens se portent, pour l’instant, à merveille financièrement parlant.  Durant mon séjour, je n’ai pas vu non plus les gens plus faméliques ou plus malheureux qu’avant mon dernier voyage.  Tout le monde se plaint bien sûr mais chacun semble trouver les voies et moyens de survivre de façon acceptable  pour beaucoup et pour certains "profitards"  nettement mieux que la majorité des Guinéens à l’étranger; et ils ne sont pas une petite minorité.  Certes, la vie est rythmée désormais de débrayages et de grèves fréquentes qui paralysent la vie le jour mais cela ne semble pas ébranler outre mesure le "système" : depuis janvier 2007 cela tend à devenir une "routine" avec l’Etat (ce qui en reste) qui réagit si peu que point. Comme ces mouvements qui ont paralysé Conakry pendant deux jours lors de la diminution du prix de l’essence de FG7000 à 5500 alors qu’il n’y a eu aucune réaction lorsque ce fut l’inverse (l’augmentation). Comme quoi, la logique en Guinée est vraiment déroutante même s’il y a eu apparemment des manipulations dans ce cas.  L’insécurité est bien sûr élevée aussi mais pour être juste, cela n’est pas une particularité guinéenne, Côte d’ivoire, Sénégal connaissent les même problèmes, vu l’environnement du pays : les zones de conflits, la drogue en plus du  manque d’Etat.  On peut sans aucun doute dire qu’il y a une différence entre ce qui est lu sur le Net et la réalité sur le terrain : ce qui n’est pas surprenant car avec le Net tout est reporté et publié plus qu’avant.  Je ne suis jamais aussi mal informé sur la Guinée que  quand j’y suis. 

La vie n’est certes pas rose pour la grande majorité mais les Guinéens sont doués pour s’adapter et encaisser la misère sans broncher face aux excès des profiteurs.  J’en suis le premier surpris !  Paradoxalement, il faut donc comprendre malgré tout (ce qui est dit plus haut) que le changement devra être initié et venir de l’intérieur après avoir réconcilié les contradictions et les intérêts des forces défavorables à la rupture du statu quo. Il y a clairement une divergence de vue sur la manière et celui ou ceux  qui doivent prendre la relève de Conté  entre les Guinéens qui vivent au pays et ceux qui constituent la diaspora nonobstant les déclarations faites ça et là sur le Net.  Et puis tant que la Guinée sera considérée par les bailleurs de fonds et l’Etranger comme un pays stable et sans problèmes majeurs, le statu quo peut durer avec des troubles intérieurs fréquents mais sans ébranler le "système"  aussi longtemps que notre Général sera biologiquement vivant.  En effet le cordon ombilical financier avec le monde extérieur lui (le système) permet d’affronter et surmonter les difficultés de la mauvaise gouvernance/corruption. Toute action d’opposition politique hors du pays est vouée à l’échec tant que ce lien subsistera.  N’oublions pas que la Guinée est dans cette situation depuis si longtemps que ce n’est plus une crise mais un nouvel état auquel le pays et les Guinéens se sont adaptés.  Ironiquement la crise se produira pour beaucoup  d’entre nous lorsque le pays sera gouverné selon les normes de bonne gouvernance.

Pour finir, dans une telle confusion sociale et politique, seuls ceux qui disposent "d’arguments coercitifs forts"  peuvent s’imposer.  Si les hommes politiques ne se ressaississent pas et reprennent l’initiative de façon courageuse et responsable, il ne faut donc pas exclure un coup de force lorsque notre Général, désormais détenteur du bâton de commandement, cédera la place. Tout est de savoir combien de temps cette transition durera. Pas vingt ans encore on l’espère !

Ibrahima Diallo- "Ollaid"  

 * : Pour ceux qui ne sauraient pas, veni, vidi dans le titre est inspiré de « veni, vidi, vici » (en latin : je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu) de César après avoir vaincu un ennemi ( ?).


 

5 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Mamadou DIALLO29/11/2008 04:20:16
Merci à vous M. Diallo pour cet intéressant regard sur le vécu et ressenti de celui qui vit de l'intérieur les réalités de la Guinée. Votre affirmation "Je ne suis jamais aussi mal informé sur la Guinée que quand j’y suis." est certainement une vérité qui est partagée par une majorité de nos compatriotes.
Encore Merci.
Alkhaly Sylla29/11/2008 13:29:59
Tu (DIallo Ollaid) devras revenir fréquemment en Guinée pour faire comprendre à certains de nos compatriotes qui vivent à l'extérieur, qu'ils n'ont pas compris leur rôle dans le changement attendu et en conséquence, passent à côté.

De mon point de vue, quelqu'un vivant aussi en Guinée aurait effectué une visite dans le sens inverse, il ne serait pas dépaysé en vivant avec nos compatriotes de l'extérieur.

A en croire aux informations des sites, je peux citer quelques exemples:
- Lorsque Bah Ousmane, Alpha Condé et Cellou Dalein voyagent, les critiquent fusent de partout. Par contre, les récents voyages du prémier ministre aux Etats Unis, Canada, etc ont fait l'objet de manifestations populaires et "entousiastes". Ceci prouve à suffisance qu'ils sont d'accord avec sa méthode de gouvernement et "qu'ils ne s'opposent pas avec l'opposition"
- Des sommes minables distribuées par le prémier ministre l'ors de ses visites à l'extérieur et le scandale que cela suscite n'est nullement pas différent de l'affairisme en guinée que Ollaid a décrit ci dessus.
- Les associations de guinéens à l'étranger organisent régulièrement des fêtes monstrueuses dans leurs pays de résidence, exactement comme ca se passe à Conakry. Eux aussi oublient que ces sommes peuvent servir à construire des forages pour nos compatriotes du château d'eau de l'Afrique
- Les divisions communautaires en guinée est le résultat de la vision de ceux vivant à l'extérieur comme on le constate sur le net.

Notre problème est que, personne ne dit la vérité dans le sens de l'unité et le développement.

Comme décrit ci haut, le citoyen moyen ou lambda et son président en Guinée manquent de paramètres de comparaison. En conséquence, il révient la lourde tâche aux guinéens vivant à l'extérieur de s'entendre, s'organiser et de mener le changement au lieu de se fondre toujours dans les régroupements "partis politiques" tenus par des "anciens" qui auront du mal à se séparer de leurs échecs pour tourner la page.

"Notre pays souffre, nous en sommes responsables, réveillons nous, retrouvons le chemin si non, les autres sont déjà partis"

Alkhaly Sylla
alkhaly.sylla@yahoo.fr
Moussa Konate @ Toronto, Canada30/11/2008 00:21:43
Merci a Ollaid de faire ce briefing de la realité du terrain. Comme il l'a titré, il est venu, il a vu. Je dis aussi merci a M Sylla Alkaly qui a fait un commentaire objectif,sans passion quelconque.Meme si le changement de regime ne peut venir de l'exterieur, force est de constater que la diaspora guineenne est en parti responsable des regards suspicieux que nos freres et soeurs du pays observent les uns envers les autres comme le decrit Ollaid dans son article. Le probleme est que nous sommes pris en otage par quelques personnes qui se croient investis par leur groupe ethnique pour faire un travail de memoire.Leur plume et claviers sont plus dangereux pour l'unité nationale que les malfrats de Conté. Nous devons tous nous considerer comme des oppressés pour qu'ensemble nous puissions nous debarasser de ce systeme satanique qui nous malmene pour ensuite mettre les bases d'une reconciliation nationale tant souhaité par tous. Il est tres rare de voir un guineen qui n'a pas de parents dans une ethnie qui n'est pas la sienne. Comment voudrions nous alors nous entretuer pour faire plaisir à qui et pourquoi. Il est important que la jeune generation depassionne le debat sur l'ethnocentrisme relayé par une meute d'opportuniste qui n'ont plus rien à gagner dans la chose Guinée et qui dans leur reserve faire semer la panique,mettre tout le temps le peuple en pression pour des fins inavouées.
Encore merci a Ollaid et Alkaly.
Mohamed Ali Diallo, Chine30/11/2008 06:09:34
Bonjour a tous,

Je suis entierement d'accord avec Mr Sylla Alkhaly sur tout point de vue de sa reaction. L'organisation de fetes grandioses par les guineens est devenue une mode, signe de loisivete. Je profite aussi pour remercier Ollaid pour le sujet traite et les informations fournies.

Bravo a tous les deux (Sylla et Ollaid).
Soumah30/11/2008 13:45:29
Merci monsieur Moussa konaté, je suis d'accord avec vous, tant qu'on ne dépassionne pas les débats en Guinée, nous ne gagnerons rien. Nous devons laisser de côté ces vieux leaders qui n'ont jamais pu trouver de consensus depuis l'avènement du multipartisme en guinée