2008-12-09 17:58:04
Parler politique reste toujours un tabou pour bon nombre de guinéens. Parler du gouvernement, du président de la république, et des actions publiques,..., serait toucher le sacré. Pourquoi cette phobie de la politique en Guinée? Qu'est-ce que le "politique" a d'effrayant?
Pour dire mot sur ce sujet, il serait simplement judicieux de faire une petite rétrospective historique. L'accession à l'indépendance donne l'avènement du parti unique. Le PDG reste le parti présidentiel prêt à tout pour la sauvegarde du pouvoir. Ce pouvoir tonne et anéantit toutes les formes de frustrations et d'oppositions à travers des menaces, des assassinats, des disparitions, des pendaisons, etc. Ainsi, pendant vingt quatre ans, les guinéens ont bien assimilé la loi du silence absolu, l'inertie populaire, l'approbation du "pouvoir providentiel" du président unique. Une masse d'intellectuels, a pris la route de l'asile vers le Sénégal, la France,...; ceux qui n'en ont pas été disposés, n'ont que deux possibilités: bouche bée ou camp boiro. Ce vécu, les guinéens le connaissent bien.
Suite faisant, c'est autour du pouvoir des militaires, qui s'installe sur un terrain déjà conquis moralement. Le deuxième président continuera sans complexe sur des méthodes de son prédécesseur, à la différence près sous une autre couleur: le libertin libéralisme, le laisser-aller administratif, la parodie de démocratie, le diviser pour régner qui semble déjà trop simple à cause des traces du récent passé que ruminent encore les citoyens, sans oublier la loi du fort protectionniste du fauteuil présidentiel. Vingt quatre ans aujourd'hui, les guinéens ne sont que des bons élèves ayant compris les leçons de leurs régimes: se taire et laisser faire.
Le résultat est là. Les gens perdent de l'espoir du jour au lendemain. Le patriotisme est mis à l'écart. Chacun ne se soucie que de ses propres affaires. C'est la corruption qui règne, "reine impitoyable." La conscience est dirigée par l'intérêt individuel. On ne se soucie plus du patrimoine public.
Ceci étant, la notion d'Etat est totalement mise en cause. C'est ainsi que les guinéens ne sont plus en sécurité politique. Des compatriotes se font assassinés à l'étranger, comme Ibrahima Sylla de Marseille, on ne sait pas jusqu'où les enquêtes ont été poursuivies... Outre, en Occident, comme la France, quand on est guinéen, on est souvent contraint de faire recours à certains pays de la sous-région pour repérer le sien à l'interlocuteur. Tout simplement, parce que notre pays continue de disparaître politiquement sur la scène internationale. Or, de nos jours, ce sont les politiques qui illuminent l'avenir des peuples, C'est souvent même le cas pour le religieux. Que ce soit le culturel, le scientifique, le social ou l'économique, tout est englouti par le politique. Leur réussite est subordonnée de le sienne... Il n'ya donc aucune raison de l'abandonner à son compte, car celui qui ne s'occupe pas de la politique, la politique s'occupe de lui; et cela risque d'être très désagréable!
Ainsi, l'avenir du pays se dessine sur les paumes de ses enfants. Au delà du supportable, il n' y a que l'affront. Les souffrances des guinéens concernent tous les citoyens aussi loin qu'ils se trouvent. c'est donc, surtout aux expatriés de s'organiser en des collectifs en vue de réaliser des projets de développement local, d'investir dans des divers secteurs de développement et exécuter des initiatives réfléchies facilitant l'emploi des jeunes dans le pays.
C'est souvent ce que l'on estime être des détails qui constitue les poumons de développement dans notre société. Une interpellation de soi de chaque citoyen constituerait un grand capital de conscience permettant l'engagement individuel de tout guinéen pour sa patrie. Quand ceci sera acquis, l'espoir sera permis.
Même si les dirigeants ont traumatisé leurs citoyens, Il n'est pas logique de fuir ses devoirs du citoyen sous prétexte que le politique est responsable de tout et coupable à jamais. Compte-ténu des résultats qu'affichent nos gouvernants, les jeunes doivent s'engager de tous les côtés s'agissant de l'avenir et surtout du présent de la Guinée; car "il buon giorno si vede dal mattino". Et cela, que ce soit dans la politique, dans l syndicalisme, dans les ong, dans l'administration, dans les associations, ...
On a besoin d'une bonne organisation des jeunes autour des initiatives mûries afin d'une réussite prise de relève. Si rien n'est fait aujourd'hui, demain ne sera que le récipiendaire des maux actuels; autrement dit, nous compromettons les prochaines générations devant qui, nous ne pourrons pas lever la tête haute; quelle horreur ce serait! Le bon père est celui qui protège ses enfants.
Bah Ibrahima Amadou
Lyon, France
http://unbah.over-blog.com
conakryka@gmail.com

Revenir en haut de la page