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Audits si, mais au nom de la patrie : arrêtons les calculs


2009-01-05 08:48:28 

Des lectures (notamment sur le net), observations et autres discussions;  ce que j’ai retenu  de l’histoire de mon pays, est que ce dernier souffre depuis son indépendance à cause des calculs mesquins de ses fils,  ceux-là qui devraient veiller  à son rayonnement pour le bien de toutes et de tous.

En bon Guinéen, il est toujours d’actualité de se posé la question suivante :
                  Pourquoi et comment tout ceci a-t-il pu nous arriver ?

Quelques éléments de réponse ou interrogations sous-jacentes :

Nous savons tous que la lutte des clans que nous avons vécue (espérons que c’est  du révolu) n’est en fait que la manifestation des calculs mesquins de certains individus dont le seul résultat visé était la satisfaction d’intérêt personnels.
Ces intérêts dits personnels ne sont pas toujours et nécessairement –comme le lecteur peut s’en douter – matériels, il en existe aussi qui soient immatériels comme l’égo, l’orgueil que suscite souvent les postes administratifs qui sont conçus et perçus comme des outils de récompense de l’accomplissement individuel( ce qui n’ est pas le mal en soi);  certains cursus académiques et professionnels ayant été suivis dans le souci de prédisposer l’individu à un poste qu’ il ne considérera pas comme un moyen de mettre ses connaissances au profil de la nation mais comme un couronnement déjà mérité. Ainsi au sentiment d’accomplissement de soi, plus grandiose s’il résultait non seulement du cursus suivit mais aussi du service rendu, se substitue celui de la satisfaction que procure le devoir accomplit, l’individu pense désormais à la récompense. Le pouvoir et le parcours sont  des arguments pour désarmer ses collaborateurs qui n’auront pas été aussi «chanceux » que lui. Dans le quotidien, ces conversations sont colorées d’expresions telles que :

  1. Qu’est ce qu’il veut m’apprendre celui-là…sait-il qui je suis
  2. Fais ce que je te dis et ne discute pas …, c’est en connaissance de cause que je te dis….,
  3. Je suis allé, j’ai vu et j’ai vaincu (paradigme de la célèbre expression de César)…. par conséquent tu devrais me croire parce que…,  ce n’est pas pour rien que je suis là aujourd’hui (j’ai déjà fait mes preuves) … et c’est comme ça qu’ils font à Paris et à Harvard.
  4. J’ai été le premier à … .

L’individu est donc fermé à toute opinion contraire à la sienne (pauvre de nous qui torturons nos doigts sur nos claviers), le mépris devient une valeur et une façon de s’exprimer,  cela expliquerait peut être les : je ne lis pas la presse et autres j’ai été en Allemagne… (Dadis face aux diplomates).

Dans le lot des intérêts immatériels  et de l’ego,  nous pouvons aussi mettre la raison –celle du j’ai raison – qui, au-delà de la satisfaction, procure à l’individu un sentiment de justice rendue en sa faveur.

Oublions pour l’ instant Conakry et ses clans, j’en veux pour échantillon d’observation, le net Guinéen; certaines querelles n’ont pour fondement que la quête de cette raison comme rémunération des heures passées en recherche et en rédaction, la méthode analytique souvent utilisé pour justifier ou infirmer les propos étant la logique.
 C’est ainsi que la plupart des discussions autour de certains sujets sensibles ne cessent de revenir parce que l’on pas encore eu raison  ou alors pas suffisamment.
Si la raison devrait toujours être du coté du juste (c’est un idéal), n’est-ce pas l’une des vertus du juste que d’être  enclin à présenter ses excuses lorsqu’ il  à tord. Dès lors, peut-on dire que le juste à toujours raison ? Je ne suis pas homme de droit mais j’en veux comme témoignage les erreurs judiciaires qui sont souvent l’apanage de juges dont les décisions sont fondées sur la logique, faute de preuves suffisantes.
  Puisqu’ elle relève de l’humain, cette logique (laissons de côté celle mathématique) est elle à l’abri des distorsions liées à la perception?
 Quelques mois d’observations sur le net m’amènent à conclure que non,  les raisons : 

  1. Dans cette quête de ‘la vérité historique’ j’ai  vu certaines positions se radicaliser au fil du temps, résultat bien souvent et pour la plupart des cas, de l’opinion que l’on a de l’autre plutôt que de cette vérité. C’est ainsi que l’on réagit souvent par mots violents lorsque le destinataire est perçu comme « ennemi » pour diverses raisons (l’explication la plus courante et la plus facile étant souvent l’ethnocentrisme) ou allié de ce dernier. Par conséquent, les liens se  font et se défont selon toujours cette perception que l’on se fait de notre interlocuteur. Plus ce dernier  est perçu comme objectif dans SES contributions, moins violentes sont les réactions. L’objectif lui-même étant souvent celui qui partage nos opinions.
  2. La personne ainsi radicalisée s’emploiera désormais à démontrer que ses adversaires ont tord,  quitte à pratiquer le déni et l’ignorance volontaire.
  3. Certaines réactions ont plutôt l’allure d’un règlement de compte qu’une contradiction instructive. Il s’agit souvent d’humilier une personne qu’on n’aime pas et pour lequel l’on a développé une certaine rancœur. Ainsi le contenu du texte n’est pas considéré, vive les procès d’intention et l’on perd souvent le sens du débat entre deux commentaires pour se retrouver dans un discours tout autre. J’en profite d’ ailleurs pour suggérer aux administrateurs de sites de veiller à ce que les gens fassent des commentaires liés au contenu du texte concerné. Rien qu’une suggestion, il ne s’agit pas censures mais de rehausser le niveau du débat et de laisser la place aux intervenants sérieux. Tout débat à besoin de modérateurs n’est-ce pas?
  4. Il y’ a pire, le sujet est très vaste en quelques pages, je ne pourrais pas aborder les choses au détail près.

Il y’ a d’autres sujets de discorde bien entendu, cependant que cherchons nous réellement, la vérité ou la raison ? Ce qui se passe sur le net expliquerait-il ce que nous vivons depuis 1958 à Conakry?   
L’un des  liens  entre les intérêts des uns et des autres (matériels ou pas) est  que dans le contexte Guinéen ils ne sont de nature qu’à satisfaire quelques personnes et non la société.  Dès lors, ceux qui prétendent lutter pour le bien de la nation se livrent à différents calculs dont le résultat recherché reste à déterminer selon les individus.  L’on calcule ses ennemis, ses alliés, ses atouts, sa stratégie, ses relations…. c’est souvent ainsi qu’un tel est préféré à un autre et que naissent les clans.

Mais, après tous ces calculs et dans l’éventualité où l’objectif est atteint, l’on aura certes eu raison de ces «  ennemis »,  faudrait-il pour autant conclure que l’on a été juste? Ceci expliquerait-il pourquoi nos dirigeants font toujours allusion aux rumeurs entretenues par leurs ennemis comme ultime réponse aux questions embarrassantes ?

Le rôle d’un dirigeant est-il de satisfaire uniquement ses intérêts et de ceux de son entourage, donc d’une partie de ceux qui comptent sur lui?  Est-ce juste?
Sur ce chapitre ma conception du leadership étant que l’on s’inspire des revendications d’une partie pour satisfaire tout le monde (certes pas 100%). Toujours est-il que ces revendications devraient être orientées vers les décideurs. Il ne servirait à rien de s’entredéchirer  lorsque nous n’avons pas les capacités décisionnelles, nous pouvons par contre et ensemble orienter nos demandes vers ceux qui nous dirigent afin d’exiger leur arbitrage et leur implication effective,  c’est la une force commune que nous partageons malgré les raisons qui nous animent, le reste n’est que peine perdue.  Autrement, il ne sert à rien de torturer un internaute, les vraies questions doivent être posées à Conakry par nous tous.

Le bon dirigeant se démarque du dictateur lorsque la société comme tout trouve son compte dans ses décisions et politiques qui, prennent aussi en compte les revendications des camps adverses. Lorsqu’ il peut anticiper et essayer  de satisfaire ces dernières autant que les premières adéquatement, alors on parle d’un Leader juste. Il  lui appartient de déterminer la meilleure solution et c’est là tout le pouvoir qui lui est conféré.

Qu’est ce qui serait donc Juste en Guinée ? A nos méninges!

Des Audits :

Le temps et l’espace (virtuel du net) étant ce qu’ils sont, ce qui suit n’est pas une étude exhaustive encore moins l’expression d’une opinion figée, l’objectif étant d’ouvrir un  autre axe de réflexion sur un sujet qui semble préoccuper l’essentiel de mes compatriotes, sinon tout le monde.
 
Dans la situation actuelle et vu l’importance que revêt le sujet, je pense qu’il est primordial de prendre un certain recul afin d’élaborer une sorte de Best Practices pour faire de cette première un succès qui nous éviterait l’envers de la médaille.  Nul besoin de citer les lourdes conséquences d’une telle entreprise qui s’avèrerait bâclée et pire, une mascarade. Les cas récents de Mamadou Sylla et Cellou Dalein sont éloquents à souhait pour qui voudrait a posteriori évaluer l’impact possible de toute maladresses qu’engendreraient ces audits que l’on brandit comme un slogan d’intimidation. Soif de justice, de vengeance ou de raison ?

             Quelques soient les motivations des uns et des autres, je convie mes compatriotes à cet exercice qui consisterait à s’affranchir des sentiers battus de la partisannerie et des règlements de compte.
 Prétendre que ces décentes armées sans justification valable sont acceptables sous prétexte qu’il faut arrêter des personnes sur la base du soupçon et au nom des audits, c’est faire preuve de mauvaise foi, de partialité et de partisannerie. Arrêtons là les calculs, les audits n’ont pas encore commencé.

Par ailleurs, je ne crois pas que le CNDD devrait se charger des audits tant attendus, mon opinion  est fondée sur  un constat que je résumerai en trois points :

  1. Le temps :

Dans les conditions normales le CNDD devrait rendre le tablier au plus tard en 2010 (ce n’est pas ma préférence je viens d’ ailleurs de lire que la rencontre avec  Joyandet a été fructueuse à ce sujet), est-il possible de faire la lumière sur les décennies de gabegie que l’administration guinéenne ainsi que le peuple ont subit, en si peu de temps?

  1. Les couts et les ressources humaines et matérielles :

Partant du constat que les élections législatives ont été maintes fois reportées, principalement par manque de fonds,  il serait présomptueux de croire que le pays peut se permettre un tel exercice qui exigerait d’importantes ressources humaines et matérielles. Il suffit de penser aux agents de contrôle et de vérification, à l’appareil judiciaire nécessaire,  à ceux qui seront chargés de la poursuite et de l’arrestation effective des délinquants, aux activités de recherche et de documentation, pour se rendre compte que rien que la constitution de ces équipes et leur formation risque de dépasser deux années et vont coûter une fortune.

  1. Du rôle et des limites du CNDD et gouvernement :

Ne pouvant être juges et parties,  ils sont aussi appelés à gérer la chose publique dans les prochains mois et dès lors, sont aussi supposés rendre compte de leur gestion, ainsi :

  1. comment s’assurer que leurs membres  ne feront pas comme leurs prédécesseurs dans cet exercice ? 
  2. Comment s’assurer qu’ils seront à l’ abri de la corruption, du favoritisme … et plus grave encore, du parti-pris?
  3. Outre les contraintes liées au temps et aux ressources,  de façon générale, les réformes initiées par le CNDD et le gouvernement actuel survivraient-elles à ces derniers? Que sont devenus les audits Kouyaté et Somparé même si l’on peut se permettre de douter de leur contenu et des intentions qui les ont motivés?

Ce que je pense :

Dans les conditions actuelles,  je crois que nous pouvons obtenir l’institutionnalisation d’un organe au même titre que le CNC, la CENI, l’Assemblée Nationale…, qui sera chargé de faire la lumière sur tous les délits liés à la corruption, au népotisme, aux fraudes, aux détournements de deniers publics etc. Un budget annuel permettrait d’assurer son financement et réduire l’impact  à court terme sur les finances publiques.

L’étendue des compétences ainsi que les attributions d’un tel organe serait à déterminer  par tous les acteurs de la société civile et militaire pour faciliter l’adhésion.  Mais l’on peut imaginer, outre son indépendance,  qu’une telle institution devrait entre autres avoir le pouvoir de :

  1. déterminer l’ordre de priorité des dossiers à traiter.
  2. de poursuivre les délinquants anciens, actuels et futurs.
  3. contracter les entreprises qui se chargeront des audits.

Par ailleurs elle devrait avoir à sa disposition et sous ses ordres des agents judicaires et exécutifs  entièrement dévoués à sa vocation. Le recrutement en son sein devra servir de modèle au reste du pays car sa crédibilité dépend essentiellement de celle des hommes et femmes qui la composent.

Un autre volet devrait être consacré à la prévention des délits, i.e. la possibilité au citoyen lambda  ainsi que toute autre institution de porter plainte lorsque victime d’un délit d’ordre étique ou de dénoncer les pratiques douteuses.

J’ai déjà dit qu’il ne s’agit pas d’une étude exhaustive.

Ceci, nous pouvons le faire; les ressources existent et une telle institution survivrait aux gouvernements actuels et futurs pour éviter l’éternel recommencement et les oubliettes comme unique destin des documents constitués.

Les institutions fortes et crédibles valent mieux que des hommes forts et bien intentionnés car les bonnes intentions ne survivent pas aux individus par contre, leurs mauvaises décisions perdurent.

Quoi qu’il en soit, l’important est que nous évitions de nous hâter vers la catastrophe et mieux  sachons distinguer nos intérêts de ceux de la nation autrement,  les neveux élimineront l’oncle qui aura tiré sur leur père parce que ce dernier aurait liquidé son beau – père. Résultat macabre de nos calculs mesquins!

Lorsque l’orteil souffre le reste du corps s’en plaint aussi, faudrait il  l’amputer ?

Alors oui aux audits, mais quand et comment….? Sans Kômôyaa!

Boubacar Barros Diallo
barrosdiallo@hotmail.com


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Mohamed Ali Diallo, Chine06/01/2009 00:46:08
Bonjour frere,

T'es un geant qui se distingue facilement du reste.

Merci pour cette contribution et interviens souvent s'il te plait.
Bonne et heureuse annee 2009.