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Interview de Rabiyatou dans le journal "Le Monde"2009-01-10 20:18:06 LE MONDE | 08.01.09 | CONAKRY ENVOYÉ SPÉCIAL Secrétaire générale de la Confédération générale des travailleurs de Guinée (CGTG), Rabiatou Serah Diallo est le symbole du syndicalisme guinéen. Opposante à l'ancien président Lansana Conté, mort le 22 décembre 2008 après 24 ans de pouvoir, elle a mené en 2006 le premier mouvement de grève générale du pays avant de récidiver en 2007. Le mouvement fut réprimé dans le sang par une partie de l'armée. Comment avez-vous accueilli l'annonce du coup d'Etat par une junte militaire ? Un coup d'Etat contre un cadavre n'est pas un coup d'Etat ! Les jeunes officiers du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement dirigé par le capitaine Dadis Camara) ont occupé un siège vacant. Le premier qui s'est jeté dessus l'a pris. Et nous, syndicalistes, nous nous réjouissons qu'il l'ait fait. Dieu merci, il n'y a pas eu d'effusion de sang. Parce qu'en apprenant la mort de Lansana Conté, j'ai vu arriver la guerre civile. A cause de l'ethnocentrisme qui règne au sein de l'armée. C'était à quel général allait prendre le pouvoir pour le profit de son ethnie ! Faites-vous confiance à Dadis Camara lorsqu'il déclare n'être là que pour assurer la transition démocratique ? Le CNDD a l'air flexible. Ses membres savent qu'ils ne doivent pas rester au pouvoir trop longtemps. Deux ans (le délai initialement avancé par le CNDD avant d'organiser des élections présidentielle et législatives), c'est trop long, un an suffit. La population aura-t-elle la patience d'attendre ? Environ 70 % des Guinéens sont analphabètes. Il faut leur expliquer pour créer une motivation, une dynamique populaire. Il est difficile pour eux de croire de nouveau aux promesses. Ils veulent sortir du cauchemar qu'ils vivent et attendent des mesures concrètes. Mais les gens comprennent quand on leur explique. Comment entendez-vous participer à cette transition ? Il faudrait que nous - société civile, syndicats, partis politiques - soyons unis pour analyser sereinement la situation. Pour le moment, les partis politiques n'arrivent pas à s'entendre sur certains points, dont l'ordre des élections : certains veulent la présidentielle avant les législatives, ce qui, à mon sens, est une mauvaise idée. Mais nous, syndicats, et les représentants de la société, nous nous sommes déjà entendus. J'espère que les politiques nous suivront. Ils ne doivent pas oublier que s'ils sont les garants du changement, nous en sommes les acteurs. Si nous ne marchons pas en rangs serrés alors nous courrons le risque de subir un revers. Il y a un quasi-consensus en Guinée pour approuver le coup de force, pourtant la communauté internationale le condamne. Etes-vous surprise ? Il faut condamner toute prise de pouvoir par la force et les armes, même s'il n'y a pas d'effusion de sang. C'est une question de principe. Mais il faut également comprendre que la Guinée n'est pas un pays comme les autres. On ne peut pas parler de respect de l'ordre constitutionnel (le président du Parlement aurait dû succéder au président Conté) alors que cette Constitution n'était plus appliquée depuis cinq ans; qu'elle était violée à plusieurs reprises. Mais il ne faut pas sanctionner ce peuple guinéen qui souffre et leur faire payer les actions de quelques nantis. Propos recueillis par Christophe Châtelot
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