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A en croire certaines informations, la liste des membres du futur gouvernement guinéen serait sur le point d’être achevée.
Une tâche titanesque attend donc le nouveau Premier Ministre M. Kabinet Komara. Plus qu’une épreuve personnelle, c’est un défi sans précédent que la Guinée doit relever. Les enjeux du pays ne peuvent être surmontés par un seul homme. Chacun de nous devrait tenter une approche pour nourrir le débat. Cela, d’autant plus que la conjoncture économique internationale n’est pas des plus propices pour un pays en développement comme le nôtrte.
C’’est dans cet objectif que je voudrais montrer que la nouvelle phase qui s’ouvre en Guinée après la prise du pouvoir par l’Armée est non seulement une chance historique, mais aussi le tournant de la dernière chance. Ce tournant ne doit pas être raté car le pays tout entier attend, s’impatiente et lorgne pour déceler les signes du changement. La communauté internationale nous observe. Surtout, il est interdit de ne pas saisir cette nouvelle occasion historique pour sortir notre pays du tunnel des ratages successifs.
La composition du futur gouvernement donnera une indication de notre prise de conscience. Elle ralliera les populations à la cause du Capitaine Dadis Camara et au Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) ou créera, nul ne le souhaite, la rupture.
Pour contribuer à éviter ce dernier cas de figure qui serait à la fois une déception et un retour en arrière, j’ai imagé quelques scénarios de gouvernement qui s’offrent à M. Komara, Chef du gouvernement et au CNDD. Les uns et les autres comportent des risques à éviter et des suggestions à analyser. Il s’inscrit dans la logique de mon article : « Quelques pistes de réflexions pour le changement annoncé » paru le 28 décembre 2008.
Premier scénario : Un gouvernement composé essentiellement de civils.
En toute vraisemblance, ce cas de figure n’est pas à exclure. La question, c’est de savoir quelle sera leur origine et leur profil politique, professionnel, administratif etc.
Les rencontres entre le CNDD et les leaders des partis politiques, les syndicats, la société civile et d’autres institutions laissent penser que les uns et les autres seraient prêts à participer au futur gouvernement de M. Kabinet Komara. D’où la composition civil de ce dernier.
Ce cas de figure présente naturellement des avantages mais aussi beaucoup d’inconvénients pour le futur Premier Ministre. En effet, la plupart des partis politiques de l’Opposition guinéenne ont fait preuve, des années durant, de leur capacité à opposer entre eux. Autant dire qu’ils ont laissé, le plus souvent, l’essentiel de côté. La longévité du régime défunt est largement liée au manque de consensus de la classe politique guinéenne.
Mais il faudrait reconnaître que certains partis politiques ayant participé au gouvernement Souaré ont acquis l’expérience de la contradiction. Cela leur a sûrement permis de mieux se connaître, d’échanger et d’avoir (fait important) la discipline de gouverner ensemble. Provenant de diverses tendances politiques, ils ont su taire, à un moment où un autre, leurs oppositions pour défendre le point de vue gouvernemental. Cela constitue indéniablement un atout.
Cependant, cette fois- ci le scénario est différent car il s’agit de participer à un gouvernement dont la longévité est fixée d’avance : 12 mois. Si toutefois l’engagement du président de la République et les critères de la communauté internationale prévalaient.
Le handicap, pour ne pas dire le danger, proviendrait du fait que les messieurs et dames qui intègreraient le futur gouvernement adoptent la devise de la fourmi qui chute dans un bol de miel et qui se dirait : « Plus que la longévité, la douceur d’abord. » Par conséquent, qu’ils amassent biens et fortunes ; se bourrent d’argent durant ces 12 mois et renvoient le changement dans les calanques grecs.
L’autre risque, c’est la fougue avec laquelle certains partis politiques et leurs leaders font preuve auprès du CNDD en clamant partout leur adhésion sans condition. Ceux- là ne risquent- ils pas de piéger et le pays et le CNDD ? Il est impensable qu’un responsable politique soutienne aveuglement un mouvement politique quel qu’il. Le faire serait un signe évident d’opportunisme et surtout, fait encore plus grave, une absence totale de conviction politique et idéologique. Une telle attitude est politiquement plus que douteux. Donc, attention aux vivats ou acclamations qui font déchanter !
Deuxième hypothèse : Le gouvernement est largement dominé par les militaires
Dans ce cas, le risque serait alors un choc entre « la culture militaire et la culture civile.» Celui- ci se traduirait par le refus des hommes en tenue d’être dirigés par quelqu’un qui ne soit pas des leurs. Dans cette hypothèse, c’est l’autorité de l’Etat qui serait engagée et cela compromettrait toute chance de réussite.
Néanmoins, si la discipline de corps qui est bien ancrée dans l’armée était appliquée à la gestion de la chose publique ou de l’Etat, l’on pourrait éviter les fractures au sein du gouvernement. Il en va de soit que le Président de la République donne à M. Komara toute latitude pour agir sur tout membre du gouvernement. Autrement dit, tout militaire qui participerait du gouvernement devrait savoir qu’il est avant tout sous l’autorité directe du Premier Ministre. Lequel est, à son tour, sous l’autorité du Chef de l’Etat.
C’est justement à ce niveau que se pose la question de savoir quelle est l’influence que le Premier Ministre pourrait exercer sur les Ministres de la Sécurité et de la Défense. Rappelons que l’un est le Premier Vice- Président du CNDD et l’autre le Deuxième.
A la nomination du gouvernement, le Chef de l’Etat devrait clairement établir ( si ce n’est déjà fait) la hiérarchie entre les deux fonctions attachées à la Vice- Présidence du CNDD et au statut de membre du gouvernement. Cela faciliterait sûrement la tâche au Premier Ministre lui- même et permettrait une meilleure compréhensible de la double fonction qu’occupent l’un et l’autre au sein des deux institutions.
Un tel éclaircissement couperait également court aux critiques des mauvaises langues qui se demandent comment M. Komara serait Chef d’un Gouvernement qui comporte des ministres qu’il n’aurait pas désignés ? Sous- entendu que les ministres qui ont été nommés avant lui ou sans son consentement échapperaient à son autorité directe.
De telles questions deviendront accessoires si le respect de l’appartenance au gouvernement est mis en valeur dans une juste reconnaissance du statut de chacun. Comme on le voit, il faudrait bien plus une méthode, mais une culture de la bonne gouvernance pour mettre en place un organe représentatif de tous.
Enfin, quel que soit la représentativité de civils et/ou de militaires au gouvernement, les uns et les autres devront être capables de mettre en avant le bien- être de nos populations. Je ne me hasarderais pas à rappeler que celles- ci ont trop souffert et attendent tant des nouvelles autorités guinéennes!
Troisième cas de figure : L es militaires n’intègrent pas le gouvernement
Bien qu’elle soit difficile à concevoir, cette hypothèse n’est pas à exclure. Le Président Dadis en a fait une promesse. Ces derniers jours, on fait allusion, sans en donner la preuve, aux velléités de certains membres du CNDD d’accepter leur non participation au futur gouvernement. Ils iraient, dit- on, jusqu’à réclamer « des postes juteux. » Qu’elles soient fondées ou non, ces réticences peuvent disparaître si le Capitaine Camara décidait de respecter sa promesse. Il trouvera sûrement les arguments en faveur de sa thèse : « Les militaires sont faits pour la caserne. On organise les élections et on rend le pouvoir aux civils » aime- t- il à dire à chaque rencontre avec les guinéens et les représentants des organisations internationales.
Certes, une telle thèse n’est pas facile à appliquer. Cependant, le pragmatisme politique la recommande. En effet, sa mise en application conforterait le CNDD aux yeux de l’opinion nationale et internationale et lui donnerait encore plus de crédibilité. Bien entendu, le Président devrait trouver des fonctions équivalentes, sinon un statut très honorable à ses camarades du Conseil qui accepteront difficilement de se contenter d’un titre. La définition du champ de compétences du CNDD après une concertation plus renforcée au sein du Conseil irait, à mon avis, dans ce sens.
Mais, ne dit- on pas, que tout chef à les moyens de contrôle de ses subordonnées ? Encore plus dans l’armée qu’ailleurs. Enfin, une part de la stabilité du CNDD est indubitablement liée à la manière, et même à la façon, dont le Chef de l’Etat tranchera sur la participation ou non des militaires au gouvernement. Statut de chef et impératifs locaux, mais surtout, internationaux obligent.
Quatrième probabilité : Le gouvernement fait appel aux guinéens de l’Extérieur plus que dans les cas précédents
Composé de civils ou de militaires, le futur gouvernement pourrait poursuivre les expériences du passé tout en allant plus et faire appel à beaucoup plus de cadres guinéens de l’extérieur.
L’avantage d’une telle initiative, c’est avant tout, le rapprochement entre les deux composantes de la nation que l’histoire a éloigné l’une de l’autre.
L’autre aspect positif non négligeable, c’est l’apport d’expériences et surtout la complémentarité d’expériences entre les guinéens de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Je peux dire, ce n’est pas l’un des défis les plus faciles à relever pour la simple raison que certains cadres qui ont été rappelés pour la cause nationale ne se sont pas toujours illustrés par leurs compétences. Or, la Guinée et tout autre pays ne saurait continuellement fermer ses portes à ses filles et filles qui vivent au- delà des frontières nationales.
A mon sens, cette probabilité vaut aussi la peine d’être tentée parce qu’elle présente cet autre avantage. Ceux qui arriveraient de l’extérieur s’inscriraient d’autant plus facilement dans la transition qu’ils sont appelés pour une raison bien précise. Cette idée est certes discutable, mais on voit mal comment des personnes rappelées par leur pays et pour une période bien définie pourraient vouloir se cramponner à un poste.
Cinquième scénario : Une main tendue aux membres des gouvernements défunts
C’est le scénario catastrophe qu’on ne pourrait imaginer en dehors des hypothèses. Loin de moi l’idée selon laquelle une partie des guinéens seraient d’emblée exclue de la gestion de la chose publique.
Mais, les mauvaises habitudes des uns ont tellement terni les qualités des autres. On voit mal, comment on se débarrasserait de la corruption, du clientélisme et autres tares de la mauvaise gouvernance si l’on reprenait les anciens d’hier ou d’avant-hier. Il faudrait, sans nul doute, laisser le temps aux meilleurs d’entre les anciens de se reposer. Quant aux autres, ils ont, hélas, suffisamment amassé de quoi narguer les populations. Actuellement, bon nombre d’entre- eux seraient en train d’acheter les consciences pour se refaire une nouvelle virginité politique. Le chômage des jeunes et l’indigence dans laquelle vivent la plupart de nos compatriotes leur rendraient la besogne d’autant plus facile. Heureusement, l’adage selon lequel « l’argent peut tout acheter » n’efface pas la mémoire historique.
Ces différents scénarios constituent une simple ébauche qui voudrait souligner l’ampleur des enjeux et l’immensité des tâches du futur gouvernement. Quelle que soit l’option prise, le premier choix doit être celui des femmes et des hommes appelés à mener la Guinée vers les échéances futures.
Le Président de la République et le Premier Ministre appliqueront- t- ils le principe « d’hommes nouveaux pour des missions inédites ? » Privilégieront- ils les compétences pour conduire la Guinée à la démocratie par le truchement d’élections libres et transparentes ?
Si le Capitaine Moussa Dadis Camara contribuait à rendre la démocratie effective en Guinée en cédant le pouvoir aux civils, il aura inscrit une page nouvelle de l’histoire de notre pays. Il compterait alors parmi ceux- là qui auront conforté l’idée selon laquelle : « Si l’Histoire fait les grands hommes, ils sont rares ceux qui la font.» Ainsi, il entrera dans le cercle restreint de ceux qui voient juste et loin et s’inscrira en première place dans l’histoire de la Guinée.
Le fera- t- il ? J’ose croire, comme bien d’autres que « oui » car les occasions ratées sont trop nombreuses et notre pays devrait y mettre fin. J’espère qu’il va saisir sa chance et arrêter la spirale de ratages que nous avons connue. Qu’il montrera tout simplement le bout de tunnel aux populations guinéennes !
Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.fr
VOS COMMENTAIRES | |
| swap | 13/01/2009 22:21:59 |
| mr , faites un peu d`effort, chaque fois que l`on vous lit, on sait ceux a quoi vous voulez en venir,et vos motivations. ce n`est pas en ecrivanr sur chaque et de cette maniere, que l`ufdg prendra le pouvoir en guinee. | |