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Guinée : après les vautours, c’est le tour des gladiateurs
2009-01-21 15:51:17 Le 14 janvier 2009, Dadis qui se croyait définitivement assis avait oublié l’élément clef de son ascension au pouvoir, Claude Pivi alias Coplan. Pas tout, Dadis avait oublié tout le groupe ethnique auquel appartient Pivi, les Toma. D’après certaines sources du camp Alpha Yaya, les réactions de Pivi furent si grandes et menaçantes pour Dadis que le président s’empressa de recréer le ministère de Pivi et créer un nouveau ministère dit chargé du contrôle d’Etat pour un autre Toma, Alassane Onipogui. Certaines sources affirment même qu’Alassane Onipogui a été choisi par Pivi. Ce qui est sûr, c’est que les nouveaux ministères ont été créés pour satisfaire et calmer Claude Pivi et d’autres membres du CNDD. Pour un président qui dit avoir trouvé tous les indicateurs au rouge et un important déficit budgétaire, c’est étonnant. Le comble de la bêtise est atteint quand on nomme un membre du CNDD ministre secrétaire permanent du CNDD et un autre, chargé des relations entre le CNDD et le gouvernement. « Par cet acte, Dadis a prouvé que même Lansana Conté est mieux que lui. Quand Conté était en bon état, il ne revenait pas sur ses décrets ni ne cédait à la pression de quelqu’un. Donc, Dadis se montre moins que Conté à l’état malade. En fait il n’est pas maître de la situation. C’est pourquoi toutes ces flatteries à Conté et encore de l’argent donné à sa famille. Que Dieu nous sauve ! », dira un cadre de la primature prié de commenter l’acte présidentiel. Chers lecteurs, pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi je parle de cette composition ethnique ici, je vous renvoie à l’article de mes collègues Linda Bah et Lamine Soumah, Le CNDD dévoile ses couleurs: «c’est du conté sans Conté». C’est le CNDD, par la voix de son chef, qui avait fait de l’équilibre ethnique sa priorité. Et puis, Dadis et ses hommes ressortissant de la Forêt avaient reproché cela aux gouvernements sortants (que les Forestiers n’ont pas eu suffisamment de postes). Dans un discours à la nation de cette semaine, le chef du CNDD dévoile son programme des années prochaines : il s’engage à créer de l’emploi pour 10 000 jeunes, à réaliser une autoroute transnationale et à bitumer les routes reliant des préfectures guinéennes. Avant 2010, dit-il. Ainsi, Dadis veut réaliser en moins de 2 ans, ce que son patriote président Lansana Conté n’a pu faire en 25 ans. Si Dadis croit vraiment que son programme est réalisable, alors il doit réviser ses théories au sujet de Lansana Conté. Ce programme ambitieux de Dadis nous révèle tout de même que la transition démocratique n’est pas dans ses préoccupations. Il nous a trompés donc. D’ailleurs, 2 jours après que Rougui Barry (RBB) se soit prononcée pour le maintien du CNDD, elle est bombardée ministre de l’enseignement pré-universitaire à la place de Mme Aicha Bah qui a fini par décliner l’offre sous des pressions familiales. Toute autre information est fausse et relève de la manipulation pour sauver la face. RBB a affirmé à une radio locale que le CNDD doit avoir du temps au pouvoir pour résoudre certains problèmes avant toute élection, en disant que des leaders politiques ayant participé à la mal gouvernance doivent être écartés autant que ceux qui ont atteint un certain âge à la tête des partis. Du coup, RBB obtiendrait la mise à l’écart de tous nos leaders actuels (Sidiya et Cellou sont accusés de malversations et de favoritisme, Alpha Condé et Jean Marie Doré sont au-delà des 70 ans). Tous les autres leaders une fois écartés, la Guinée n’aurait qu’à organiser un referendum pour garder Dadis à sa tête, n’est-ce pas tanti RBB ? Que le Guinéen (la Guinéenne, en l’occurrence RBB) peut-être opportuniste et démagogue ! Quelles que soient ses bonnes intentions et sa compétence, le militaire Dadis ne peut offrir mieux à la Guinée qu’une transition démocratique aboutissant dans les 12 mois à l’élection d’un président élu de façon incontestable pour personne. Après cela, il pourrait revenir démocratiquement comme ATT l’a fait au Mali s’il a des ambitions politiques. Mais s’entêter à rester contre toutes les mises en garde des institutions internationales sans lesquelles la vie risque de s’arrêter pour la Guinée serait criminel et très risquant pour tous les membres du gouvernement actuel. Dadis avait demandé aux partis politiques et aux acteurs sociaux de lui faire un projet de société et un plan de transition politique. Ce qui lui a été remis le 4 janvier. Tout le problème est que ce plan ne semble pas convenir au CNDD qui a d’autres ambitions. Pourtant, ce programme est acceptable et va dans l’intérêt du pays. En effet, les cadres du pays et tous les experts du monde sont unanimes qu’il faut éviter un régime d’exception où toutes les institutions sont suspendues et sans le moindre contre-pouvoir. Ce, même si les nouveaux maîtres étaient des intellectuels à plus forte raison qu’il s’agit des Lakoudous guinéens sans niveau ni bonne éducation. On apprend que le CNDD a mis un groupe militaire de 12 membres sur pieds pour rédiger une nouvelle constitution. Qui sont-ils, quelles sont leurs compétences juridiques et quelles sont leurs véritables intentions au juste ? Ce genre de pratique ne pourrait que conduire la Guinée à un va-et-vient sans fin dans la mesure où ce qui n’est pas fait de façon transparente et consensuelle est tout de suite jeté dans la poubelle avec le prochain régime. Il faut donc en finir avec ces facteurs de retard en instaurant une véritable démocratie qui est le seul garant de stabilité et de développement. C’est ce qui doit être la préoccupation de tout patriote aujourd’hui et non des manœuvres pour garder le pouvoir. Quel que soit leur niveau, on ne veut plus de pouvoir militaire en Guinée. Notre pays doit aussi évoluer maintenant. Comment est-ce que des autorités qui ont pris le pouvoir par la force et donc n’ont aucune légalité et aucune légitimité peuvent-elles façonner une constitution qui engage l’avenir du pays ? Avant l’organisation des élections, la junte a bien beaucoup à faire. Il faut par exemple dissoudre la CENI actuelle qui avait été constituée au goût du PUP. Les membres actuels de la CENI sont en effet les mêmes qui ont toujours composé les CENA qui ont organisé les fraudes électorales du passé. A commencer par Ben Sékou Sylla qui a été investi par la complicité du PUP et de son allié UPR. La seule différence est qu’au lieu d’être choisis par ordonnance, ils ont été choisis cette fois-ci par « vote » d’un groupe dominé par le PUP dit groupe parlementaire majoritaire. On doit également changer les maires, les gouverneurs et les préfets qui sont majoritairement proches de l’ancien parti au pouvoir. Dans sa publication d’hier 20 janvier 2009, la liste des débiteurs de l’Etat, le CNDD dit au point 4 : « SUPER BOBO, Alsény Barry, Sylla Mariador, Mamadou Sylla, Guelguédji Barry, Alpha Amadou Diallo, PDG SCF : montant de la créance 17 milliards de francs guinéens au titre de la liquidation de la BIAG. » Cette démarche est louable. Ce qui manque à cette publication, c’est ce que l’Etat aussi doit à ces hommes d’affaires et les voleurs de fonds publics de la famille Conté. Tout le monde sait qu’à plusieurs reprises, Lansana Conté et ses proches ainsi que certains hauts cadres de l’administration ou ministres ont eu à user de leurs positions ou de la signature du chef de l’Etat pour sortir des marchandises ou véhicules pour eux-mêmes et leurs familles. La justice doit être équitable et appliquée à tous. Pourquoi ni Conté ni aucun ministre proche des différents clans autour de ses épouses ne figure sur la liste ? Même Sam Soumah, connu proche de Henriette Conté, qui a intercepté les 500 millions de FCFA octroyés à la Guinée par le Sénégal n’y figure pas ! Conté aurait-il choisi Dadis pour protéger sa famille et garder leurs privilèges ? Par ailleurs, le « nettoyage » ne doit pas concerner que les crimes économiques qui sont négligeables face à la vie de nos sœurs, frères et autres parents tués à bout portant. Les commanditaires et les exécutants sont connus. Ce dossier ne doit pas être ignoré si le CNDD est de bonne foi dans son offensive actuelle de nettoyage. A moins qu’il ne s’agisse de règlement de compte ou d’un programme élaboré pour détruire certaines couches en Guinée. Surtout que lui-même Dadis dit avoir des noms avant les audits en questions. Parmi les dossiers qui nécessitent une enquête officielle urgente, il y a les tueries de 2006, de 2007 et celles des policiers de 2008. Sans oublier les massacres de civils innocents qui ont accompagné les mutineries de l’armée. La tentative d’assassinat de Korka Diallo par un groupe de militaires doit également être éclaircie. Aucun arrangement à l’amiable pour des crimes de ce genre n’est possible dans un Etat de droit ! C’est seulement dans ces conditions que l’on peut restaurer l’Etat de droit en Guinée. Mais Dadis et son groupe ne peuvent se constituer en juges et en policiers en transformant le camp Alpha Yaya en tribunal et prison et prétendre créer un Etat de droit en Guinée. Cela rappelle les seigneurs de guerre libériens d’une certaine époque. En ramenant Claude Pivi dans le gouvernement, le CNDD pose un grand problème à la Guinée. Pivi était certes avec Dadis comme tous les principaux membres du CNDD dans ses actions de violation des droits droit de l’homme. Mais c’est lui qui a officiellement revendiqué ces actions et les crimes contre la police. Il a également reconnu que son groupe a récupéré les saisies de drogue de la police révélant ainsi le lien du groupe avec Ousmane Conté et les narcotrafiquants. Aussi, à un mois seulement de la prise du pouvoir par le CNDD, Pivi s’était rendu à Coleah dans un restaurant appelé « Le village », tenu par des Camerounais. Au sortir, il se confronte au quotidien de tous les Guinéens normaux : un rétroviseur de sa voiture est arraché. Pivi s’en prend aux propriétaires du restaurant. Les trois Camerounais sont arrêtés et conduits au camp Alpha Yaya où ils ont été soumis à toutes les formes cruelles de tortures. Ils seront battus et brûlés au feu lors d’un interrogatoire musclé, destiné à les faire parler. Les pauvres devaient absolument dire qui a volé le rétroviseur de l’homme fort du camp Alpha Yaya. Où était le sauveur de l’Etat Dadis pendant tous ces évènements ? Naturellement en compagnie de Pivi au camp Alpha Yaya. A la prise du pouvoir par le groupe qui leur a infligé tous ces traitements, les Camerounais qui s’étaient plaints contre Pivi et craignent désormais pour leur vie ont été contraints de disparaître et de fuir la Guinée. Grâce à certaines organisations internationales, ils seront conduits au Sénégal voisin où ils vivent en ce moment comme réfugiés. Ils avaient cru à la Guinée et ils étaient venus investir leurs biens chez nous. Aujourd’hui, ils vivent d’aide aux réfugiés au Sénégal ! Il y a actuellement des démarches de la part de l’organisation des cadres guinéens de la diaspora IBCG (Initiative de Bruxelles pour le Changement démocratique en Guinée) pour prendre contact avec les concernés et transmettre leur plainte aux instances internationales. A tous ces crimes, il faut ajouter le fait que Pivi s’était particulièrement fait remarquer en empêchant un avion américain d’atterrir à Conakry lors des mutineries alors que ses hommes s’en prenaient aux civils guinéens. La seule chose que Dadis peut atteindre donc, c’est de prendre en compte la plate-forme des acteurs socio-politiques du pays qui a reçu le soutien de toute la communauté internationale. Toute autre manœuvre ne contribuerait qu’à aggraver la crise économique et sociale du pays et nous exposer à des risques de violences sociales. Pour Pivi comme lui-même Dadis, seul un parlement démocratique et un président élu pourraient les gracier pour tous les crimes qu’ils ont commis ces derniers temps. Namory Condé
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