URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=2365



Guinée : L’Heure du choix a sonné

Troisième : De l’opposition Guinéenne


2009-02-09 15:11:13

Les deux premières parties abordaient le rôle des élites au sens large du terme. A présent, je voudrais orienter mes réflexions sur le devoir et l’action de l’opposition guinéenne en ces temps de tumulte mais aussi d’espoir.
Depuis la prise du pouvoir par le Conseil National Pour la Démocratie et le Développement (CNDD) la Guinée est comparable à une jeune fille que l’on courtise pour des raisons diverses. Ainsi, chaque jour apporte les prétendants d’une nuit ou d’un jour et la jeune fille n’a toujours pas vu celui qui mériterait ses faveurs. C’est- à- dire le mari idéal de ses rêves. Mais elle l’entrevoit sans trop d’assurance. Elle commence même à se dire « mon mari idéal pourrait être le Capitaine Dadis si toutefois il a la force morale de tuer symboliquement le père et s’en dégager de l’odeur. » 
Cependant Dadis ne pourra accomplir seul ce meurtre symbolique pour que le fils renaisse des cendres du père. L’opposition guinéenne doit, comme lui, s’y atteler en relevant le défi, et de la sorte, mériter les honneurs de la Dulcinée que symbolise notre patrie. Le combat sera rude et les raisons que j’évoquerais à présent ne le démentiront pas.
 En effet, l’opposition politique guinéenne a une histoire relativement récente car ses débuts remontent aux années 80. Sa reconnaissance ne sera effective qu’à partir des années 90 et les premières élections multipartites n’auront lieu qu’en 1993. Depuis cette date, de candidature en candidature, d’élections en élections, c’est le Général- Président qui a toujours été élu et réélu. Les raisons des multiples victoires à chaque élection sont en partie  imputables à l’attitude de certains leaders politiques.
A l’aune de la nouvelle ère, celle du changement démocratique, l’opposition guinéenne devra s’imposer une nouvelle ligne de conduite politique et faire plus de preuve de clairvoyance. Pour être, à leur tour, dignes de victoire et transformer la symbolique que je viens d’énoncer en réalité 

Les leaders politiques guinéens doivent pouvoir situer l’adversaire.

Tout semble indiquer que les hommes politiques guinéens sont encore tributaires de leur cacophonie et de leurs divisions. Cette situation risque, à court et à long terme, de produire des conséquences insoupçonnées. Ne défend- on pas l’idée selon laquelle, c’est le manque d’union de l’opposition qui aurait poussé le président Conté à se présenter aux présidentielles de 1993 ?
La situation guinéenne n’est guère meilleure qu’en 1958. Mais le pays est toujours en face d’une opposition à plusieurs cordes alors que les enjeux nationaux se posent avec plus d’acuité. Il faut que cela change ! On assiste même à une vraie théâtralisation orchestrée par certains chefs de partis politiques. Qui ne fut étonné que des anciennes victimes disculpent ceux qu’ils accusaient naguère de les avoir arbitrairement arrêtés et emprisonnés. La raison d’une telle manœuvre qui a été perçue par plus d’un guinéen comme une supercherie s’explique par la volonté inavouée de paraître, aux yeux du CNDD, plus fréquentable que d’autres adversaires politiques.
De tels stratagèmes ne sont guère payantes ni pour les acteurs politiques ni pour le pays. En outre, il serait fort étonnant que la junte militaire se laisse berner par de tel revirement. De telles attitudes produiraient plutôt l’effet inverse et pousserait le CNDD à prendre distance. Ne dit- on pas « au lieu de faire des éloges ou des cadeaux à ton créancier, contentes toi de rembourser ton dû?»
Au lieu de jouer à cache- cache, l’opposition guinéenne doit privilégier un dialogue concerté  pour définir les voies et moyens lui permettant de se positionner en interlocuteur à la fois responsable et incontournable. Elle doit collectivement décider de la politique à mener face au pouvoir en place. Elle doit montrer une détermination plus ferme, voire audacieuse, pour l’organisation des élections. Elle doit avoir à l’esprit que ce n’est pas en accordant une allégeance sans condition à un pouvoir acquis par la force qu’elle fera prévaloir sa place et son rôle dans le processus de démocratisation de la Guinée. Donc, il est indispensable qu’il y ait :

Une coalition de grands et « petits partis » politiques.

C’est l’enjeu fondamental que les partis n’ont pas encore réussi. Jusqu’à présent, toutes les tentatives de fusion ont échoué. Cela aussi doit changer !
Il faut absolument que les grandes formations politiques s’allient entre elles mais aussi qu’elles se concertent avec les autres partis qui ont moins d’envergure pour faire front commun.
Enfin, les hommes politiques qui agissent par opportunisme doivent comprendre qu’ils nuisent beaucoup plus au peuple qu’au pouvoir en place. Face à un pouvoir qui commence à tâtonner entre partir et rester, la seule stratégie politique à adopter c’est la fermeté. Pour cela, les leaders politiques doivent prendre des 

Initiatives mieux centrées et plus offensives.

Les leaders politiques devront faire montre d’unité mais aussi se rapprocher des syndicats et de la Société civile. Il faudrait également qu’ils mobilisent leurs militants pour réclamer le droit du peuple à désigner ses représentants par la voie des urnes.
L’opposition guinéenne doit être plus entreprenante, plus combattive et, naturellement, plus cohérente et unie. Si elle veut paraître crédible face aux institutions internationales et au peuple de Guinée lui- même, elle doit  demander avec véhémence le retour au pouvoir civil. Elle doit imposer à la junte la définition d’une feuille de route réalisable dans un délai convenable. Surtout, elle doit exiger des dates précises pour les législatives et les présidentielles. Faut- il rappeler que toute initiative dans ce sens devrait provenir d’elle et non des organismes internationaux.
En outre, les leaders politiques doivent laisser aux autres les prières en cours et se consacrer à l’instauration d’un dialogue constructif. En effet, on prie depuis 1958 pour les pouvoirs sans jamais réellement dialoguer. Et à bien y réfléchir, ce n’est pas blasphémer de penser que les prières ont plus été exaucées pour les dictateurs que pour le peuple. Si Dadis nous conduisait à la démocratie, on pourrait dire « elles ont, enfin, été entendues ! » D’ici- là privilégions les actions dans le combat politique.
Que Dieu Entende maintenant les prières du peuple et qu’Il se Détourne de celles des éternels prieurs dont les génuflexions ont agenouillé le pays depuis plus de 50 ans. C’est ma petite prière à moi  qui ne demande ni billet de banque ni rien d’autre qu’être entendue !
Enfin, j’espère que la rencontre sollicitée par les partis politiques auprès de Capitaine Dadis et qui semble avoir été entendue sera bénéfique pour le pays.  Ma plus grande espérance, c’est que la journée de lundi 9 février soit la plus historique des dates pour la Guinée. Que la démocratie pérorée depuis 1958 soit réalisée par ce soldat qui fit surface un 23 décembre 2008 alors, et en ce moment, comme je disais tout récemment, on pourra l’encenser !
Les bénédictions, il n’en n’aura plus besoin car il aura prouvé les avoir déjà eues !
A suivre, quatrième et dernière partie : « Des Guinéens de l’Etranger »

Lamarana petty Diallo                                       lamaranapetty@yahoo.fr


 

6 commentaire(s) || Écrire un commentaire

Revenir en haut de la page


VOS COMMENTAIRES

tibou09/02/2009 16:06:44
Mr L Petty Diallo, vos articles sont toujours biasés. En cinquante années la Guinée a fait qu'a meme un certain parcours, je pense que meme si vous vous regardez vous allez savoir que sur certains elements materiels nous sommes de loin mieux lotis qu'il y cinquante ans. Beaucoup reste à faire, ça c'est clair, c'est relativement pareil dans toute l'afrique
BANGALY TRAORE09/02/2009 19:32:51
JE SALUE VOTRE ANALYSE,MAIS LE PROBLEME DE LA GUINEE,IL NE SUFFRT PAS SEULEMENT D'ECARTER LES GRILLEURS D'ARACHIDES,IL FAUT LES PUNIR POUR METTRE FIN A CES PRATIQUES ET S'ENGAGER RESOLUMENT DANS LA BONNE GOUVERNANCE.POUR UN ETAT FORT,IL FAUT UNE JUSTICE EFFICACE,CAR AUCUN ETAT NE PEUT PROGRESSER DANS LE LAXISME ET L'INDISCIPLINE.
T.SOW09/02/2009 22:31:04
Jai toujours eu de ladmiration pour ce monsieur(PETTY)pour la clairvoyance de ses articles. Si beaucoup dintellot faisaient comme lui , on sera pas la aujourdhui. je vous encourage dans votre noble mission, et sachez que beaucoup de personnes aiment vous lire.
jj10/02/2009 10:58:58
moi, je pense qu'il ne faut pas chercher à tord et à travers une coalition de l'opposition pour ce départ. c'est quelque chose qui vient avec le temps et la maitrise du jeux politique par les guinéens. Obama et Hilary ont fait campagne alors qu'ils appartiennent au même courant: chez nous c'est l'incompréhension totale.
Alpha Thiam10/02/2009 13:23:15
Bonjour a toute l'equipe de Guineepresse pour le travail precieux que vous faites pour la Guinee.
Je suggere que vous engagiez pour la prochaine fois un debat autour du theme:La Guinee, le Pardon est possible.
Puisque nous savons tous que les attrocites qui se sont passees pendant les 50ans et bientot 2 mois de notre histoire sont inhumaines. Et les acteurs ou parents de ses acteurs vivent encore Dadis lui a pris le devant en demendant pardon certainement pour ce qu'ls ont fait lors des recents evenements. Car force est de constater que dans l'histoire de notre pays des fois, les victimes etaient des bourreaux ou travaillaient avec ces bourreaux.La vengence des membres du CMRN( Conte,Facinet Toure,Cdt Sow, Gn Ibrahima Sorry Diallo).. sur ceux du PDG(Siaka,Ismael, Gn Diane..) n'est pas constructive pour l'avenir.Il ya a nos jous au camp Alpha Yaya des civils et militaires arretes battus nus.
Ollaid10/02/2009 19:05:03
De tout cela, notre Dadis semble avoir, sans oser les nommer encore, Cellou Dalein ou Sidya Touré(?) en ligne de mire quand il parle d'anciens ministres qui se sont enrichis sur le dos du peuple et reviennent former des partis...A ma connaissance, seuls Cellou Dalein et Sidya repondent a cette description mais j'ai l'impression qu'il vise surtout le premier qui semble inquieté par sa popularite plus d'un. L'autre est Kouyaté mais a-t-il officiellement lancé un parti? Pour ceux qui en savent plus, rectifiez moi ou renseignez moi. Bon! Anyway, nous attendons les resultats des audits et des preuves. Wait and see!