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2009-03-01 21:16:56
Le CNDD envisagerait de privatiser les compagnies de l’électricité et de l’eau en lançant un appel d’offre international à cet effet. Dans la conjoncture économique actuelle cela n’est pas opportun et pourrait s’avérer coûteux pour les consommateurs. Il est indispensable que l’Etat reste l’acteur principal et modérateur pour quelques années encore afin que la transition vers une privatisation plus ou moins intégrale se fasse en douceur pour les consommateurs –en fin de chaîne- qui doivent rester au cœur des préoccupations du gouvernement.
Les expériences africaines dans ces domaines en disent assez sur les souffrances et échecs occasionnés par des privatisations prématurées dans la précipitation : le secteur privé qui par définition est motivé par l’appât du gain ne peut pas résoudre des problèmes avec une forte implication sur bien-être social des populations. Le FMI et la Banque Mondial ont été de mauvais experts en la matière, trop guidés par des modèles académiques, théoriques et peu empiriques en général.
Vu l’ampleur des problèmes des secteurs de l’électricité et de l’eau en termes d’investissements, de service et délivrance au public, sans parler du recouvrement des factures, ils devraient pendant les cinq à dix ans à venir être considérés comme domaines stratégiques de "sécurité et de souveraineté nationales" au même titre que l’Armée en termes de dépenses de l’Etat. Cela va, peut-être, surprendre plus d’une personne mais seul un statut arbitrairement particulier de cette importance pourrait permettre de "tacler" ce déficit énergétique et hydrique cauchemardesque pour tous les gouvernements précédents. La singularité du plan proposé est que le gouvernement ait face à ce challenge la même attitude qu’il a en termes de dépenses militaires qui échappent à toute exigence de rentabilité. C’est une condition de réussite de la relance du secteur sur une durée maximum de 5 ans.
En ce qui concerne l’eau, elle est déjà considérée comme potentiel facteur de conflits armés entre nations dans un futur proche par certains analystes car son accès se raréfierait par rapport à la croissance démographique. En plus, les principaux fleuves ouest-africains ont leur source en Guinée : ce contrôle étend le "pouvoir" hydrique et hydro-énergétique de la Guinée jusqu’au Nigeria (cours du fleuve Niger). Ce qui est à la fois un atout et un danger pour nous. Quant à l’électricité, elle est indispensable à l’implantation et développement de toute industrie, dans les hôpitaux, les services de l’administration de l’Etat à travers les technologies de l’information et dans notre vie de tous les jours ; sans parler du probable développement des moyens de transport électriques comme les voitures, trains et autres dans les prochaines années. Ne serait ce que ces aspects justifient l’utilisation des mots "sécurité et souveraineté nationales". Comment procéder ? Les facteurs de production resteraient propriété de l’Etat qui supporterait financièrement les investissements nécessaires et ne céderait au secteur privé que l’exploitation et les services.
Le Chef de l’Etat pourrait aussi créer une Autorité pour l’Eau et l’Electricité et nommer le responsable qui serait directement rattaché à la Présidence et répondrait à la fois devant lui et le parlement, surtout financièrement pour ce dernier. Cette structure serait chargée de veiller sur le patrimoine, les investissements de l’Etat ainsi qu’un rôle de conseil-expert pour ses mandants (Président et les députés). Dans ce plan donc, comme pour l’Armée, l’Assemblée Nationale voterait le budget nécessaire pour mettre en état de marche et d’exploitation les infrastructures pour l’eau et l’électricité ; la délivrance du service et la facturation seraient confiées au privé : à ce sujet, l’introduction de système prépayé similaire à celui des cartes téléphoniques serait judicieuse pour le recouvrement des factures car on paierait avant de consommer.
L’Afrique du Sud et d’autres (Burkina ?) l’utilisent déjà ; en Grande Bretagne, ce système de paiement est très répandu pour l’électricité. Quant aux branchements pirates, il est aussi possible de trouver des parades. Les compagnies intéressées par ces deux secteurs seraient soumises à un strict cahier de charges dans lequel les prix facturés seraient négociés chaque année avec le Parlement et l’Autorité pour l’Eau et l’Electricité afin qu’elles puissent faire un profit raisonnable sans exagérer dans l’intérêt des Guinéens sans préjudice non plus pour ces sociétés. Cette négociation est d’autant plus importante que l’Etat devrait accepter, en plus, de subventionner de façon dégressive les factures payées par les privés à hauteur de 40% la première année et qui sera réduite de 4% tous les six mois sur cinq ans (36, 32, 28 %, etc) pour réduire l’impact financier et permettre aux citoyens de s’adapter vu leurs faibles revenus.
Quant aux PME, on leur accorderait 25% pour commencer diminuant de 2,5% tous les six mois sur cinq ans pour les mêmes raisons. Par contre l’Etat et les industries paieraient le plein tarif pour deux principales raisons : premièrement, ils en ont les moyens ; et deuxièmement surtout, cela les encouragerait à trouver des methodes pour économiser et réduire les gaspillages qui se répercutent sur la Planète en termes d’écologie. D’où les rôles importants de contrôle et surveillance de l’Autorité de l’Eau et l’Electricité mentionnée plus haut.
Le coût et surtout les sacrifices financiers en valent la chandelle lorsque l’on sait que des sommes énormes sont utilisées pour des armements militaires qui finissent en rouille dans des hangars et dans des secteurs douteux dits de "souverainetés". Apres cinq ans, cette politique "volontariste" d’intérêt national pour l’eau et l’électricité serait réévaluée et changée pour répondre plus à des préoccupations de rentabilité. Cette proposition nécessite, bien sûr, d’être affinée par l’apport technique des experts en la matière, ingénieurs et financiers. Elle se veut n’être qu’un canevas pour une réflexion de sortie de crise énergétique. Car nous savons tous que les revenus des Guinéens dans un pays de bonne gouvernance ne permettront jamais aux abonnés de payer leurs factures pendant quelques années encore, le temps que la création de richesses permette des salaires plus élevés. Or l’urgence aujourd’hui est de pouvoir fournir de l’eau et de l’électricité aux populations et aux PME même à perte pour l’Etat dans un début afin de leur permettre d’amorcer un progrès.
Vu les sommes d’argent que le gouvernement a dépensé et dépense à perte dans des exonérations et contrats complaisants de tous genres, des représentations diplomatiques pléthoriques par copinage et en armements militaires, pour ne citer que ceux-ci depuis des années; nous pourrions bien nous accommoder d’investissements à but non lucratif mais à but social pour le "développement humain" ! Ce défi comme tant d’autres pour le developpement doivent requérir des approches et moyens innovants inhabituels et parfois en contradiction avec les principes du "Capitalisme". Nous, les Africains, avons suffisamment d’expérience maintenant et les ressources humaines compétentes pour décider et imposer à nos partenaires (qui ne doivent plus être nos "maîtres") nos choix, méthodes et moyens de développement. Pour finir, rappelons à nos gouvernants que la crise financière actuelle nous montre et démontre que lorsque les secteurs vitaux de l’économie dans les pays occidentaux comme les banques et l’industrie automobile sont menacés, ils y "pompent" des milliards (nationalisation déguisée) pour les maintenir et les critères de rentabilité et privatisation seront reconsidérés après la crise. Donc nous pouvons bien faire la même chose pour l’eau et l’électricité en Guinée! Non ?!
Ibrahima Diallo-"Ollaid"
VOS COMMENTAIRES | |
| diva | 02/03/2009 18:04:25 |
| en tout cas il est temps pour nous de reagir et vite. c'est une idee qui peut faire du chemin. merci Mr Diallo | |