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Toilettage des textes : Six arguments contre la limite d’âge


2009-03-25 14:09:35 

Il n’y a aucune intention cachée ni aucune prétention derrière ce texte. En donnant ci-bas mon humble avis en tant que citoyen ordinaire sur la limite d’âge en général et pour les présidentielles en particulier, mon objectif est de solliciter le vôtre en retour, espérant que le tout contribuera tant soit peu à éclairer nos dirigeants chargés du toilettage de nos textes de loi. En plus de vos commentaires individuels sur cet article, je suggèrerais que nos sœurs et frères des media nous aident dans cette consultation informelle, en organisant sur leurs sites respectifs des sondages autour de la question.

1. La longévité humaine ne fait que s’accroître, d’où la nécessité d’un ajustement graduel.
Les sources officielles s’accordent que la longévité s’accroît de façon fulgurante dans le monde. La durée de vie moyenne est passée de 25 ans en 1740 à 80 ans aujourd’hui en France, de 30 ans en 1900 à 78 ans aux États-unis. Au Japon, où l’espérance de vie est de 83 ans, en 40 ans seulement le nombre de centenaires s’est multiplié environ 90 fois ! (Lisez bien Quatre-vingt-dix fois – ce n’est pas une erreur de frappe.) En fait, certaines données sont même amusantes. Ici, dans la préfecture de Shimane, la traditionnelle pyramide des âges est complètement renversée : la tranche au sommet « 80 ans et plus » occupe le premier rang (qu’elle se partage avec la tranche de 55-59 ans).

Il est vrai que dans les pays en voie de développement, comme le nôtre, la longévité est inférieure en général (seulement 30 ans au Swaziland, par exemple). Toutefois elle évolue positivement comme dans les autres pays. Vu cette évolution, la méthode la plus sure d’ajuster graduellement une limite d’âge est de n’en fixer aucune. 

2. L’âge avancé n’est pas synonyme de faiblesse.
La vigueur n’est pas l’apanage des jeunes, même s’ils sont en général plus vigoureux que les vieux. Sans s’étendre on peut simplement citer l’exemple d’El hadj Biro Diallo (ancien président de l’Assemblée nationale) dans ses récents discours. Si le contenu de ces discours n’a pas reçu l’unanimité du public – l’objectif de cet article n’est pas de juger de leur opportunité –, la vigueur de leur auteur est quant à elle incontestable. Pourtant il a « ses 84 - 85 ans ! »

3. L’âge et la jeunesse ont chacun ses avantages.
Le conflit entre « jeunesse » et « âge » existe dans tous les domaines, pas seulement en politique. En principe la vigueur de la jeunesse l’emporte pour des taches physiques, l’expérience de l’âge pour les autres. Mais dans la réalité il est difficile de trancher.

Ironiquement, même dans les taches qui demandent de gros efforts physiques, l’expérience de l’âge n’a pas toujours perdu. Le combat de boxe de 1974 au Zaïre entre Mohamed Ali (32 ans) et George Foreman (25 ans) en donne une belle illustration. La tactique du « vieil » Ali fut de fatiguer Foreman. Pour l’y inciter davantage il le nargua d’ailleurs. (Les spectateurs qui étaient près du ring l’entendaient dire : « Frappe plus fort, George ! Tu n’es pas en train d’écraser du pop-corn ! Tu me déçois ! … ») Foreman, enragé, frappant de toutes ses forces, finit par s’épuiser au 8e round. C’est ainsi que le vieux envoya au KO le plus jeune à devenir champion du monde, qui jusque là avait gagné l’un après l’autre tous ses 40 combats, dont 37 par KO ! Il parait qu’Ali avait soigneusement étudié le style de son adversaire avant de concevoir ce plan, qu’il tint secret. Pendant que Foreman s’entraînait à renforcer ses coups, Ali s’entraînait à endurer ces mêmes coups. On peut donc dire qu’il a réussi grâce à son expérience, elle-même fortement liée à son âge.

Tout comme ce vieux boxeur, le vieux politicien a l’avantage de la sagesse accumulée au long de sa carrière. Il peut s’en servir non seulement pour vaincre de redoutables adversaires, mais aussi – et c’est le plus important ici – pour vaincre les problèmes de sa nation, en concevant pour chacun d’eux la meilleure solution possible.

4. Un processus électoral sain sert de régulateur.
Il apparaît que beaucoup parmi ceux qui veulent d’une limite d’âge commettent une erreur monumentale : Ils confondent la candidature et l’élection. Se fondent sur l’élection précédente, ils évoquent à la fois l’âge et la santé du candidat-vainqueur : « Si quelqu’un est aussi vieux et malade qu’il est incapable de descendre de son véhicule pour voter, comment peut-il diriger un pays ?»

Ce n’est pas d’élections dont le vainqueur est connu d’avance qu’il s’agit ici, mais de vraies. Dans les vraies élections, être accepté comme candidat est une chose, mais être élu en est une autre. On pourrait se limiter à l’exemple de l’élection américaine de 2008 entre McCain (72 ans) et Obama (47 ans). Mais examinons les choses en détails dans le contexte guinéen. Dans les vraies élections, donc, il faudra une confrontation serrée entre candidats d’un même parti d’abord. Les survivants de ces primaires s’affronteront ensuite. Après cette deuxième épreuve s’il n’y a pas de vainqueur au premier tour, une troisième confrontation s’imposera. (Aujourd’hui, tout porte à croire qu’il n’y aura pas de primaires au sein des partis politiques, mais demain les choses changeront.)
 
Si donc tout le long de ce processus un vieillard parvient à dominer ses jeunes adversaires et convainc ainsi les Guinéens qu’il est le meilleur des meilleurs, il méritera d’être élu, fût-il centenaire. Soucieux de la santé des personnes âgées, d’aucuns exigent un certificat médical. Mais le processus ci-dessus permet, plus qu’un papier, de mesurer les aptitudes physiques et mentales des candidats. Au lieu de s’attaquer aux faiblesses supposées des candidats, il semble plus raisonnable de s’attaquer aux faiblesses réelles du système électoral. Il faut se battre pour éliminer toutes les formes d’injustice lors des élections : que tous les candidats soient traités sur un pied d’égalité par les autorités et qu’il n’y ait pas de fraudes lors du scrutin. Le reste viendra de soi-même.

5. Supprimer la limite d’âge permet d’épurer les textes, d’où un meilleur toilettage.
Il faut considérer la limite d’âge dans les deux sens : le minimum requis et le maximum admis. Qui a oublié la nomination d’un président du Conseil national de la Communication n’ayant pas atteint les 40 ans requis pour ce poste ? À part quelques dénonciations sur les forums en ligne, il n’y a pratiquement pas eu de réactions à cette violation de la loi, qui peut-être fut sentie de moindre importance. Si donc l’âge n’était pas important, pourquoi avoir encombré les textes de choses inutiles ?

6. La limite d’âge est une mesure doublement injuste.
Imaginons une personne qui fait preuve d’une excellence telle que le peuple soit, dans sa majorité, disposé à la choisir comme Président de la République. Le simple fait que cette personne fût née un mois plus tôt ou un mois plus tard devrait-il être un empêchement ? Moi, je dis : « NON ! » car ce serait injuste non seulement vis-à-vis de la personne mais aussi du peuple.

Mahmoud Ben Said


 

4 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

BAH mamadou25/03/2009 15:50:42
Mr Said vos arguments ne tiennent pas la route.
1- vous affirmez que l'espérance de vie évolue,et vous donnez des chiffres pour certains pays et aucun chiffre pour le pays concerné, le nôtre.
2- vous donnez l'exemple du combat entre M.Ali et Formann, Monsieur est ce que à 30 ans on ait vieux? soyons sérieux. Si vous avez un leadeur frappé par l'âge que vous voulez coute que coute voir dans la course des présidentilles je vous le concéde mais arrétez de nous prendre comme des cons.
C'est en respectant nos textes que l'on pourra retrouver la crédibilité perdue.
3- Au 3ème point vous prenez et à juste titre l'exemple des élections aux USA, et vous voulez insinuer que c'est une exception mais non Monsieur, MacCain a été largement handicapé par son âge, et c'est un fait.
Pourtant vous avez affirmé que l'espérance de vie a lagement augmentée au pays de l'oncle SAM et c'est vrai mais ils ont élu le plus jeune et vous nous proposé d'élir un vieux chez nous, ichkim
Prenez l'exemple du Sénégal aujord'hui, le vieux tient coute que coute à rester au pouvoir même s'il n'a plus les moyens physiques. Et d'ailleurs son peuple l'a désavoué Dimanche dernier lors des élections nationales.
Je suis prét à vous soutenir si vous remplissez les conditions mais les vieux au pouvoir on en a plus besoin.
Merci bonne journée.
Roska Balde25/03/2009 20:30:30
Il nous faudrait combien de temps pour que nous guinéens puissent vouloir normailser cette situation? ou simplement comprendre comment les choses devront etre faites?
Mr Ben, normaliser la situation passe forcement par la revision de la loi fondamentale sans tenir compte d'aucune sensibilité, d'aucun groupe de personnes, d'aucun leader politique etc. Si tous ces leaders politiques, je dis bien tous ont toujours brillé par leur incapacité à nous faire rêver, tanpis. c'est kils ont eux meme sacrifié leur temps en étant co responsalbles de la situation d'aujoud'hui, ils ont demissionné purement et simplement, il y a pas d'autres mots. Alors, avec cette opportinuté, vous voulez qu'on les permette d'allonger la misère de la guinée et des guinéens? J'insiste sur le fait que l'établissement textuel d'un Etat de droit pour notre guinée, c'est maintenant ou jamais. Cela compte tenu du caractère de neutralité de la présidence auto proclamée de dadis. Loin d'un pessimisme extreme mais le reflet de la réalité. En relisant attentivement notre constitution, vous comprendrez aisement qu'elle merite un toilettage radical car elle a été redigé et à chaque fois adapté au seul profit de lansana conté. Donc repartir sur les meme bases de criteres sera une erreur historique et les acteurs actuels n'en seront pas pardonnés. Pour moi , l'equation est simple: chaque choix aura des consequences historiques. Sans oublier que vos arguments dans les hypotheses citées ne tiennent pas du tout, donc je vous invite à vous replonger dans l'exception et l'urgence guinéennes pour poser mieux en faveur de l'interêt général.
Vous avez vous meme souligné de comment les choses se passent au sein des formations politiques actuelles, alors.... Notre combat notemment, c'est le renouvellement de la classe politique, il nous le faut pour qu'enfin des structures politiques fassent leur mission d'éducateurs politiques de nos populations.
N'oublions pas que voir des figures juveniles surtout n'ayant pas la moindre responsabilité dans la gestion catastrophique des 50 ans ecoulés, serait un veritable atout pour l'avenir democratique de notre pays.
La construction d'une guinée pour tous n'a rien d'injustice au contraire.
tag25/03/2009 21:59:13
Entièrement d'accord avec vous, Bah Mamadou. Ces arguments de Ben Said ne tiennent absolument pas la route. Il est évident qu'il est inspiré par une volonté à peine déguisée de militer pour le maintien dans la course d'un de nos vieux leaders politiques. Malheureusement, aucune nation sérieuse ne saurait écrire sa constitution en pensant à une ou des personnes spécifiques. On doit rester objectif et agir en conséquence. En ce sens, un retour à la constitution de 1991 me parait approprié. Il y va de la vitalité de notre classe politique et de son renouvellement.
JOSEPH26/03/2009 12:52:24
Dans ce cas,il nous faut les conditions d'éligibilité sinon on se retrouvera à la case départ mais avec des cadres de plus en plus malhonnêtes qu'avant.C'est pourquoi Mr Jean Marie disait "il serait dangereux de confier le toilettage des textes de loi à des personnes qui n'ont pas d'expériences" tout simplement pour ne pas qu'il soit exlu par la rigeur du moment comme tant d'autres qui ont agenouillé ce pays.A bon entendeur salut