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Le grand cinéma ou la ‘Dadifoire’


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Th. A. Diallo

2009-03-30 17:23:55

Notre pays est incroyable .C’est un grand corps malade, dont les pathologies sont connues : famine endémique, mendicité, manque total de ce qui partout ailleurs est acquis. Nous n’avons, après cinquante ans ‘d’indépendance’, à l’échelle du pays, aucun système de distribution d’eau ou d’électricité, aucun service de santé digne de ce nom, aucune infrastructure remarquable. Et toujours  plein de Guinéens bien formés, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, presque tous mis à l’écart. Le dire, pour certains, équivaudrait à une demande déguisée de poste..lucratif.

Dadis, à juste raison, a suscité l’espoir d’en finir avec ce système. Mais avec tellement de maladresse que le remède risque d’être pire que le mal qu’il est supposé guérir.

Entendons nous bien. C’est  d’abord une excellente chose que le chef de l’Etat soit issu d’une communauté minoritaire sur le plan religieux ou numérique. Ceci, à vue de nez, car il n’existe aucune statistique, fiable ou pas, en ce domaine. Sa seule présence devrait faire retomber les  quelques fausses tensions interethniques artificiellement montées en neige il ya quelque temps de cela. Ensuite il fait montre d’une réelle volonté et pugnacité dans son action. Nous le soutenons  donc vigoureusement dans sa volonté affichée de respecter les échéances électorales fixées en accord avec la société civile.

Logiquement, comme dans tous les pays au lendemain de gros drames (guerre de grande  envergures, dictatures sanglantes etc..), on commence et dans l’ordre des sommets du triangle, à régler :

a - les crimes de sang

b - les crimes économiques

c - les dysfonctionnements de l’administration et de la société civile

Le seul problème,  actuellement, c’est que l’on crève l’abcès du mauvais côté. Au risque de créer un léger mieux qui disparaitra rapidement quand la fièvre  due à  la mal gouvernance retrouvera ses droits.

Tout le monde sait que le début de nos problèmes ne commence pas avec Conté, bien au contraire. C’est déjà un faux départ, confinant cette fois à la « faute lourde », de taire ou de demander un simple pardon de l’avant PUP, la période PDG et ses crimes innombrables. Ensuite vouloir cibler les ‘prédateurs’ en protégeant justement les gros poissons que constituent certains membres des familles des précédents dictateurs, des acteurs économiques dans les bonnes graçes du CNDD et surtout la hiérarchie militaire dont est issu Dadis, est le comble du non-sens. Beaucoup de criminels des première et deuxième républiques sont toujours  ‘vivants et bien portants’.Et pas du tout inquiétés. Le (Dadis) show , pendant ce temps, continue.

Plus grave, on assiste à une sacralisation de la parole du chef de l’Etat (qui, au risque de me répéter, n’est pas Président de la République, car non élu, à moins que l’élection ‘démocratique’ au sein des instances militaires en tienne lieu). Exactement comme Sékou et Conté. Ce n’est qu’un début, dans la longue marche vers un hypothétique pouvoir absolu, les Guinéens le savent maintenant.

Par ailleurs, nous avons droit à ce que beaucoup désignent comme un  spectacle télévisuel d’une régularité de métronome, remplaçant avantageusement les séries habituelles. Sachant que le rôle de Dadis, qui n’est pas Rambo, ne devrait pas se limiter à venir montrer ses biceps ou étaler sa mauvaise humeur et sa capacité à humilier les membres de son équipe à la télé, au mépris de la correction due à son rang actuel.

 Pas plus qu’il n’a le droit de se substituer à la justice, en ne respectant pas, entre autres, les actes administratifs.  Il doit aider à leur toilettage, c’est évident, mais dans le respect des règles communément admises. Pour une fois que nous avons un chef de l’Etat ancien universitaire, les incohérences de ses prédécesseurs  ne devraient être qu’un mauvais et lointain souvenir. Détermination et respect des droits de l’homme, c’est cela que nous attendons de celui qui s’est volontairement désigné comme notre sauveur.

Or notre Dadis reproduit fidèlement les mêmes  et éternels errements. Les faux mouvements de soutien, qualifiés de ‘jeunes’, ne se sont jamais aussi bien portés. La liste des dons du « président » s’allonge inexorablement. Nous ne savions pas le chef de l’Etat ou la présidence aussi  riches dans ce pays pauvre.

On trouve même des demandes de construction de ..mosquées, en ces temps ou la pitance quotidienne n’est pas  assurée pour l’écrasante majorité des Guinéens. Je pose alors la question : une prière dans une mosquée en marbre a-t-elle plus de valeur que celle d’une mosquée en paille dépourvue de haut-parleurs ? Faut-il l’aide du « président » pour cela ?.La confusion continue de plus belle. Certains de nos compatriotes ont décidément  perdu le sens de la mesure.

A l’évidence, il est grand temps de redresser la barre, si nous voulons éviter que cinquante années d’  « indépendanse » ne soient suivies de quelques nouvelles années de « Dadidanse » .

Thierno A DIALLO  médecin.


 

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VOS COMMENTAIRES

Barry A.30/03/2009 20:26:20
Eh bien, Mr Diallo, nous avons la même opinion en ce qui concerne la situation actuelle de notre pays. Oui nous soutenons et encourageons Dadis dans toute démarche qui consiste à sortir la Guinée des mauvaises habitudes. Il semble être déterminé. Mais ce n’est pas une raison pour le laisser faire n’importe quoi et n’importe comment. C’est là où nous ne sommes pas d’accord avec lui et ses inconditionnels. Si nous soutenons Dadis, nous devons le faire pour le bien commun de tous et non celui d’un groupe composés de profiteurs et d’apatrides. Nous ne sommes pas d’accord que cet homme ou n’importe quel autre, se substitue à la justice. Par exemple, le cas du colonel Korka est très édifiant. Ce dernier commet une faute grave, et au lieu de le suspendre ou de le démettre, pour ensuite porter plainte contre lui comme il l’a promis, il préfère le « laver proprement » devant la nation, d’une manière très inappropriée pour un dirigeant d’un pays. Même si, il faut l’admettre, c’est bien mérité pour des personnes du genre de Korka.
Puisque l’affaire est portée au public, la plainte doit demeurer. Que Dadis sache que ceux qui interviennent en la faveur de tels fautifs, doivent avoir leur part de sanctions. A commencer par le PM Komara. Oubien si Korka avait tué un homme injustement, on l’aurait pardonné de cette manière ? C’est comme cela que ça commence. Nous ne demandons à Dadis d’humilier des fautifs, mais de les trimballer à la justice.
Par ailleurs, ces manifestations de soutien ne sont pas nécessaires. Qu’il se rappelle que cette pagaille n’avait rien servi à Kouyaté. J’avais l’habitude de dire vers fin 2008, que Conté n’était pas le seul problème de la Guinée. Et je le maintiens toujours. Sinon, comment comprendre que Jacques Kourouma (pour le prendre comme exemple, ils sont nombreux) condamne ces comités de soutien à Kouyaté et se taise pour ces mêmes comités en faveur de Dadis. Je le redis, si ce dernier agit dans l’intérêt de la guinée, il n’a pas besoin de cette pagaille. Qu’il fasse attention, ils vont l’empêcher de se reposer même le dimanche pour réfléchir ou pour rester avec sa famille. Comme ça, il sera de moins en moins lucide et surtout assez fatigué pour prêter l’attention nécessaire à l’étude des grands dossiers. Qu’on le laisse travailler. Il est seul et partout à la fois. Ce n’est pas bien. La Guinée est un pays de plusieurs millions d’habitants. A ne pas confondre avec sa propre famille.