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Faut-il légaliser la prostitution en Guinée ?La question divise…2009-04-10 23:24:54 La prostitution prend de nos jours des proportions ubuesques en Guinée. Les rues et les hôtels grouillent de ces belles de nuit qui offrent leur service au premier venu. Avec l’explosion des infections sexuellement transmissibles (IST-VIH/Sida), le phénomène prend aujourd’hui les allures d’un fléau rampant. Que faire pour l’endiguer ? Légaliser ou se voiler la face ? La question fait débat et il faudrait bien trancher un jour. Guineepresse.info a rencontré quelques personnes ressources : prostituées, religieux, responsables d’ONG et spécialistes de la santé. Lisez. F. Yarie Camara, prostituée : « Voilà que nous sommes comme ceux-là qui sont dans les bureaux, marchés, en un mot partout. Si aujourd’hui, nous vendons notre corps, ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas avoir de l’argent autrement .Nous le pouvons bien. Moi personnellement, je le peux en faisant le commerce de poissons ou en pratiquant la coiffure. Un métier dans lequel je suis d’ailleurs diplômée. Mais, je vous assure que la meilleure façon pour nous les filles de gagner notre pain, c’est la prostitution. Mais la différence est que moi je ne me laisse jamais à la disposition d’un client pour 24heures. Parce que tout simplement, je sais que mes enfants sont à la maison et qu’ils auront besoin de moi pour manger et aller à l’école. Pour moi, la légalisation de la prostitution ne peut pas s’appliquer en Guinée. Et si elle s’appliquait, c’est tout le pays qui irait à l’envers. Aujourd’hui, nous sommes un nombre incalculable de filles à exercer ce métier, que certains qualifient de ‘’sale métier’’. Je ne souhaiterais jamais que le législateur guinéen prévoit cela un jour. De toutes les façons, je souhaiterais toujours vivre dans la clandestinité. Et dans cette clandestinité, nous pouvons au moins être respectées. Les gens qui nous voient peuvent comprendre que nous nous cachons pour le faire. En plus, la légalisation de la prostitution peut ternir complètement l’image de nos différentes familles. Moi, par exemple, je suis la fille d’un sage, donc me voir publiquement dans ce comportement n’est pas une bonne chose. Nous sommes très loin des Européens qui ont un degré de civisme très large .Bien que la Guinée soit un pays laïc, il serait très mal vu d’instaurer un tel fait. Ceux qui veulent le faire n’ont qu’à s’abonner de la même manière que nous les premières. Je m’oppose à la légalisation de la prostitution. J’en connais des amies qui le veulent et qui le font sans avoir froid aux yeux. Je vous dis j’en discutais récemment avec certaines d’entres elles sur ce sujet. C’est le cas de ma camarade M.B, la plus petite du groupe, qui a quinze ans. Aujourd’hui, elles sont très nombreuses à penser à cette idée de légalisation. Mais pour le moment, moi je n’y pense pas encore. Et si cela arrivait peut-être que moi je changerais ou quitterais le milieu ». Ibrahima Bangoura, taximan : « Je suis célibataire et père de trois enfants. Quand vous me parlez de légalisation de la prostitution, je vous répondrais tout simplement que je suis partant. Qu’on nous laisse faire cette pratique comme les sportifs leur sport ou les commerçants leur commerce…Ecoutez ! Si le législateur prévoit bien cela, je me dis d’abord que ce serait une très bonne chose qui va d’ailleurs libérer ceux qui le pratiquent comme leur religion. Je vous informe que nous sommes nombreux à le faire dans la clandestinité et moi, particulièrement, je mets la main à la poche pour soulager mon instinct sexuel. Les amis qui me connaissent n’apprécient guère mon comportement. Dans le quartier, ils me disent que j’ai de l’argent. Donc je dois me marier au lieu de mener cette vie ignoble. Généralement, je leur dis qu’ils sont dingues. La vérité est que j’ai peur et honte de le faire seul, sinon je ne suis pas prêt à y renoncer. Si j’avais des partisans ou partenaires qui voyaient les choses sous le même angle que moi, j’aime trop la femme et me voire à côté de la femme me donne envie de rester encore sur cette terre. En plus, tout ce que je cherche comme fortune dans la vie est pour la femme. Si le législateur décidait de passer par un vote pour nous libérer, on l’aurait fait depuis longtemps. De toutes les façons, la clandestinité nous empêche de nous exprimer comme cela se doit. Nous voulons notre liberté en toute sincérité, car la clandestinité nous prive d’être vu par le monde. Ne pensez pas que j’ai bu pour parler de la sorte. Je le dis pour avoir notre indépendance nous voulons le faire comme des Européens et nous prions nos décideurs pour que ce message tombe dans des bonnes oreilles pour pouvoir rapidement nous libérer de cette prison. Parce que l’Etat c’est nous aussi, surtout que cette prostitution ne vient pas pour semer la guerre civile ou ethnique. Elle vient tout juste pour libérer une majeure partie de la population. La prostitution n’est pas tombée de la dernière. Elle est devenue monnaie courante depuis l’aube des temps, et a permis à beaucoup de personnes de s’enrichir sans beaucoup d’efforts. Moi, quoi qu’il arrive je suis pour la femme et pour la légalisation de la prostitution un jour en Guinée ». M. Diallo Alpha Amadou, coordinateur du projet de réduction de la vulnérabilité des travailleuses de sexe à l’ONG Fraternité Médicale Guinée (FMG) : « Au lieu de la légalisation de la prostitution, en tant qu’acteur de la lutte contre le VIH/SIDA, je suis plutôt favorable à une réglementation. Légaliser la prostitution veut dire la rendre officielle et les gens risques de faire du n’importe quoi. Alors pour ne pas heurter les sensibilités religieuses, il est préférable de passer par la réglementation qui est une étape vers la légalisation. Les religieux soutiennent que les parents doivent donnés une éducation solide aux filles pour ne pas qu’elles se livrent à cette pratique considérée comme une fornication. Maintenant que cette éducation fait défaut, l’Etat est obligé de réglementer l’activité des travailleuses de sexe qui sont fréquentées par toutes les couches socioprofessionnelles de la Guinée. La prévalence du VIH/Sida chez les prostituées va jusqu’à 40% par rapport à 1,5% pour la population générale. En réglementant la prostitution, nous amènerons les travailleuses de sexe à adopter des comportements sans risque. Il s’agit de prendre des mesures comme : avoir l’âge de la majorité, être obligé de détenir un carnet de santé à jour, se soumettre à un test de dépistage trimestriel, être contraint d’abandonner la pratique si on est séropositive, etc…Les gérants des lieux de prostitution devront également assurer les conditions minimales d’hygiènes dans leurs centres, faciliter les interventions des ONG dans leurs locaux, orienter les travailleuses de sexe vers les services adaptés pour leur prise en charge médicale, etc. Cette série de règles doit être assortie de sanctions contre les contrevenants ». Dr Soumaïla Diakité, « Notre souci au Projet Sida III ne vise pas à légaliser la prostitution. Nous nous battons d’abord pour la reconnaissance de cette pratique comme un métier. La prostitution génère aujourd’hui d’énormes problèmes de santé liés notamment à la propagation du VIH/Sida. Les chiffres prouvent que presque une travailleuse de sexe sur deux est séropositive et 45% des prostituées de Conakry sont porteuses du virus. C’est dire qu’il faut au moins un encadrement médicale. Il est vrai que la prostitution n’est pas socialement acceptée mais elle existe. Mais, assez de la politique de l’Autruche. Nous devons ouvrir les yeux et essayer de faire quelque chose pour limiter les dégâts alors qu’il est encore temps. Sinon on va se retrouver comme les pays de l’Afrique centrale ou l’Afrique de l’Est avec un taux de prévalence inimaginable qu’on ne peut plus contrôler dans la population générale. Donc nous ne nous positionnons pas forcement pour dire qu’il faut légaliser la prostitution maintenant. Même si nous soutenons cette démarche parce que nous pensons que, formellement, il faut faire quelque chose au moins du point de vue médical pour encadrer la prostitution ». M. Sékou Condé, Point focal VIH/Sida au Ministère du Tourisme et de l’Hôtellerie : « Présentement, nous sommes dans un contexte où il y a assez de difficultés sur le terrain pour pouvoir faire aboutir à un stade qui nous permettra de légaliser la prostitution. Aujourd’hui, les choses se présentent de telle sorte que si on ne prend pas les dispositions et les mesures qu’il faut, on risque de connaître un niveau de généralisation de la pandémie des IST-VIH/Sida dans notre pays, c’est pourquoi, lorsque nous nous rendons compte que les obstacles sont à plusieurs niveaux pour passer au stade de la légalisation, il faudrait qu’au niveau de chaque structure concernée, que chacun prenne des dispositions par rapport à l’encadrement et à la réglementation des activités des prostituées. Par exemple, au niveau du Ministère du Tourisme et de l’Hôtellerie, nous travaillons présentement avec les ONG, les tenanciers de bars, et nous faisons en sorte que les filles qui évoluent dans ces réceptifs soient des filles qui ont effectivement suivi leurs traitements au niveau des structures de prise en charge des infections sexuellement transmissibles. Au niveau de tous les réceptifs où il y a des chambres de passage nous faisons en sorte que les filles qui reçoivent des clients soient en bon état de santé. C’est ce qui nous permet de limiter quelque peu la progression des IST-VIH/Sida au sein des secteurs du tourisme et de l’Hôtellerie ». Mme Nanfadima Magassouba, Présidente de la CONAG/DCF : « La prostitution est devenue un véritable défi à relever chez nous. Moi-même j’avais appris des rumeurs comme quoi, la prostitution est entrain de prendre du chemin chez nous et qu’il y a même des Nigérians qui viennent en Guinée pour tourner des films pornographiques. Ce qui est contraire à la morale chez nous. La réalité est toute autre. Aujourd’hui, il ne faut pas ignorer que la pauvreté est telle que ce sont des jeunes filles qui nourrissent des familles en Guinée et particulièrement à Conakry. Et tout le monde sait qu’elles ne font aucun travail rémunéré. Donc, elles passent par la prostitution pour pouvoir venir en aide à leurs familles. Puisque nous n’ignorons pas aussi ce fléau qu’est le VIH/Sida qui prend du chemin aussi, la prostitution est le meilleur chemin d’entrée du Sida. En tant qu’éducatrice, en tant que mère de famille je ne vois aucun inconvénient à réglementer ce marché du sexe. C’est une réalité qu’il faut réglementer pour que ces personnes qui font ce commerce soient suivies de près et qu’elles subissent des soins médicaux pour qu’on puisse au moins canaliser un peu les maladies sexuellement transmissibles. Parce que dans les autres pays, c’est réglementé. Malheureusement, chez nous c’est devenu un fléau. Donc, il faut savoir s’y attaquer. Mais rien ne servira d’adopter une loi pour réglementer la prostitution si celle-ci ne sera pas appliquée. En plus de cela, on sera buté aux familles. Il y a des familles qui se sentiront frustrées même certaines filles qui pratiquent ce commerce de sexe n’accepteront pas aussi de s’officialiser compte tenu du fait que c’est contraire à la morale, chez nous. Je suis d’accord pour qu’on réglemente la prostitution. Il faudrait que ces filles soient sensibilisées. Alors, si c’est réglementé on ne pourra pas arnaquer ces filles. Ce n’est pas le prix à payer. Comme ça elles sont exposées à toutes sorte de maladies et tout un chacun de nous devient une cible par rapport au VIH/Sida. On doit se battre chaque jour pour éliminer les stéréotypes discriminatoires. Le poids de la tradition est encré chez tous les Guinéens. Certains penserons qu’en réglementant la prostitution, c’est comme si on l’autorisait qu’on le veuille ou pas, elle se pratique et surtout dans des milieux insalubres. Les gens sont dans les couloirs des concessions entrain de la pratiquer. Au moins si c’est réglementé, il doit y avoir des maisons où les prostituées seront et tout le monde est identifié sur ce lieu où on peut se rencontrer. Mais elles sont vraiment suivies, elles suivent des traitements. Et là, le risque est moins. Mais quand c’est en cachette tout le monde devient une cible. Il y a eu un moment ici, où les séropositifs ont témoigné à visage découvert. Il y a eu un mariage d’un couple séropositif. Le CNLS avait fait une promesse à ces gens en leur disant, faites le témoignage à visage découvert parce que c’est une réalité et le CNLS était près à vous soutenir. Le CNLS n’ayant pas honoré ses engagements, il se trouve qu’il y a des gens aujourd’hui qui ont déjà développé la maladie et qui sont à l’Hôpital. Ceux là qui ne l’ont pas encore développé se sont dits que du fait qu’on nous a arnaqué, on s’est fichu de nous. Nous allons mourir, mais nous emporterons avec nous beaucoup de personnes. Ils se rendent à des lieux de prostitution et programment des filles à longueur de journée. C’est dangereux. Je termine par vous réitérer ma position favorable pour une réglementation de la prostitution en Guinée ». El Hadj Abbas Touré, du secrétariat de la ligue islamique nationale ne veut même pas entendre parler du mot prostitution « Dieu dans le Saint Coran, reste catégorique, marié ou célibataire, n’approchez pas la femme d’autrui. Evitez l’adultère dans toutes ses formes. Nulle part dans le Saint Coran, il n’a donné une solution de rechange pour s’adonner à cette pratique. Il va plus loin : Tout projet de légalisation ou de réglementation de ce phénomène en Guinée sera piétiné par les fidèles musulmans, y compris le secrétariat de la ligue islamique nationale. Malgré le caractère laïc du pays, il est à majorité musulman. » Mgr Gomez de l’église anglicane de Guinée : « …La prostitution touche à l’éthique et à la morale. C’est pourquoi l’Eglise est foncièrement opposée à toute démarche tendant à la légalisation de la prostitution. La prostitution est une pratique condamnée par l’Eglise. Car, il s’agit de la vente du corps de l’homme. Or, le corps de l’homme ne lui appartient pas. Il appartient à Dieu. Le corps de humain c’est le temple de l’Esprit. Donc, toute tentative de légalisation de la prostitution dérange l’éthique et la morale. Le corps de l’homme mérite respect et considération. Il est sacré. En aucun cas, il ne doit être commercialisé… ». Imam Daouda Bangoura, grande mosquée de Simbaya-Gare : « Dans le Saint Coran, Dieu ne nous dit même pas de ne pas faire la prostitution, il interdit plutôt de s’en approcher. Nous, nous la considérons comme la mère des péchés. Surtout pour un homme ou une femme déjà marié ». Propos recueillis par
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