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Analyse du discours de Moussa Dadis2009-04-14 12:09:36 Approche critique du discours de Moussa Dadis sur les risques de dérives des audits L’adrénaline serait un peu plus montée ces derniers jours au Camp Alpha Yaya siège du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Je rappellerai le contexte actuel dominé par les audits, la façon dont ils sont menés et qui justifierait la colère de Capitaine Moussa Dadis. Ensuite, j’analyserai le discours du président qui, loin d’être une simple expression de la colère, pourrait cacher un certain malaise au sein du CNDD. La procédure de convocation, si ce n’est d’interpellation, pour des raisons d’audits de certains citoyens ne seraient pas du goût du Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du CNDD. La dernière en date a mis à nu les manières très peu orthodoxes par lesquelles les soi- disant prédateurs sont appelés à comparaître devant le Président de la République. C’est l’affaire Russal, c’est- à- dire, la vente de l’usine d’alumine de Fria à l’opérateur ukrainien sur ordre du Président Conté qui aurait permis de voir un peu plus clair sur les manières dont certains coéquipiers de Dadis et des fonctionnaires commis aux audits procéderaient. Fort de cet état de fait, Moussa Dadis serait entré dans une colère noire. Il serait si remonté contre son entourage qui ferait l’amalgame entre audit et règlement de compte (voir mon article Quand les audits se transforment en règlement de compte) que la foudre elle- même n’aurait pas osé traverser le ciel du camp Alpha Yaya. En effet, comment accepterait- il que les personnes qu’il a mandatées pour un travail d’audit transparent confondent vitesse et précipitation ? Qu’elles interpellent les gens sans avoir pris le soin de s’assurer de la véracité des accusations ou la probable culpabilité des cadres cités ? On se souvient du flop avec les opérateurs économiques qui avaient été accusés devoir à l’Etat des milliards de nos francs. La première convocation de certains membres du gouvernement Souaré avait failli tourner en désastre tant le dossier était mal ficelé. Jusque- là le Capitaine n’avait pas réagi. Sûrement, face aux maladresses répétées, il était temps qu’il mette les points sur les « i » pour séparer le grain de l’ivraie. Je me propose d’analyser le discours télévisé (donc à caractère oral) de Moussa Dadis dans le but de montrer certaines marques de la colère. Voire de l’indignation. En analysant certains aspects sémantiques et littéraires, notamment les procédés stylistiques employés, je m’efforcerai de montrer le souci de pragmatisme dans l’action politique de Dadis. Je ferai ressortir des indices de désaccord dans la manière de mener les objectifs assignés en ce qui concerne les audits. Enfin, je montrerai les risques de rupture qui pourrait être générée par le pragmatisme de Dadis et le défaut (si ce n’est le manque) de lisibilité de certaines actions menées par son entourage Je précise que je ne fais pas une analyse rhétorique du discours qui ferait ressortir l’art de persuader ou l’éloquence de l’auteur, mais une analyse critique qui se sert d’outils linguistiques afin de mettre en valeur les stratégies du discursif. C’est dans ce but que je m’intéresserai non seulement aux arguments, aux gestes mais aussi au raisonnement de l’auteur. C’est avant tout le pragmatisme qui ressort dans le face- à- face entre le Capitaine Dadis, son entourage et les personnes interpellées. D’entrée de jeu, il rappelle qu’à ses yeux la recherche de la vérité doit procéder de la valeur pratique. Toute l’efficacité des audits dépend du pragmatisme des acteurs : « Je veux qu’on soit (…) concret, pragmatique. » « Il ne faut pas mentir. J’aime pas le mensonge ! » ; Vous êtes tous en train de contourner la réalité » ;« Moi, j’aime pas les faux types » ; « J’ai dit que moi, je ne mentirai jamais au peuple de Guinée !» ;Faut pas incriminer les gens… les incriminer pour briser leur carrière » ; « Les manipulations, je ne suis pas là-dedans ! » ; « Faut pas manœuvrer ! » On peut également rechercher l’effet produit par cet emploi du « je » et du « moi » ou du « moi- je » dans l’alliance binaire de ces pronoms. En effet, la forme syntaxique de cette assertion « moi- je » met en valeur l’énonciateur à la fois dans son discours, sa psychologie et dans son être. Dans ce cas précis, le sujet- énonciateur affiche son désaccord et revendique sa différence. La négation dans les emplois : « je ne veux pas » ; « je n’aime pas » ; « je n’accepterai pas » ; « il ne faut pas » etc. ne joue pas moins la même fonction d’affirmation de soi et des ses convictions. Il en ressort que Moussa Dadis est opposé à la méthode d’agissement de ses collaborateurs. Du moins, en ce qui concerne un certain nombre de dossiers dont celui de Russal. Sur l’interprétation politique de l’usage de la première personne, on pourrait dire avec les linguistiques que « le langage étant une forme de l’agir (…) et les combats politiques étant aussi des combats sémantiques » Moussa Dadis s’affirme aussi bien dans ses colères verbales que dans sa gestuelle. Le Capitaine n’oublie pas de se référer à l’esprit de corps et d’en appeler aux membres du CNDD à s’en souvenir et à le respecter. L’emploi du pluriel du verbe être « Soyons objectifs » va dans ce sens. L’usage de l’empirisme « Didon » qui a été adopté par vocabulaire militaire joue la même fonction. Voudrait-il rappeler de la sorte que parmi les personnes qui ont été abusivement interpellés, il y avait un candidat aux élections présidentielles ? Quoi qu’il en soit, Moussa Dadis se démarque de certaines pratiques liées aux audits et affirme sa différence. Il était temps car l’opinion publique ne comprend pas ces interpellations ciblées. Comment peut- on interpeller, à trois reprises, deux premiers ministres de Lansana Conté alors qu’il en a bien d’autres qu’on laisse vaquer à leur affaires ? Bon nombre d’observateurs se demandent également quels sont les critères d’audits ? Qui désigne les personnalités à auditer ? Quoi qu’on dise, il y a une impartialité quelque part et tout laisserait à penser que le Capitaine Dadis voudrait y mettre fin ! C’est tant mieux ! Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.f
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