URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=2683
2009-04-14 12:09:36
Approche critique du discours de Moussa Dadis sur les risques de dérives des audits
L’adrénaline serait un peu plus montée ces derniers jours au Camp Alpha Yaya siège du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Je rappellerai le contexte actuel dominé par les audits, la façon dont ils sont menés et qui justifierait la colère de Capitaine Moussa Dadis. Ensuite, j’analyserai le discours du président qui, loin d’être une simple expression de la colère, pourrait cacher un certain malaise au sein du CNDD.
La procédure de convocation, si ce n’est d’interpellation, pour des raisons d’audits de certains citoyens ne seraient pas du goût du Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du CNDD. La dernière en date a mis à nu les manières très peu orthodoxes par lesquelles les soi- disant prédateurs sont appelés à comparaître devant le Président de la République. C’est l’affaire Russal, c’est- à- dire, la vente de l’usine d’alumine de Fria à l’opérateur ukrainien sur ordre du Président Conté qui aurait permis de voir un peu plus clair sur les manières dont certains coéquipiers de Dadis et des fonctionnaires commis aux audits procéderaient.
Dans cette affaire, les anciens premiers ministres Cellou Dalein Diallo, Ahmed Tidiane Souaré ; les anciens ministres Fodé Bangoura, Madikaba auraient été cités comme acteurs du bradage de ladite usine par un certain Tamba Millimono. Il ressort à l’analyse des faits que ni les uns ni les autres n’aient été cités par le revendeur attitré du Président Conté. Par conséquent, les quatre personnalités n’avaient aucune raison d’être convoquées devant le Capitaine- président !
Fort de cet état de fait, Moussa Dadis serait entré dans une colère noire. Il serait si remonté contre son entourage qui ferait l’amalgame entre audit et règlement de compte (voir mon article Quand les audits se transforment en règlement de compte) que la foudre elle- même n’aurait pas osé traverser le ciel du camp Alpha Yaya.
Cette fois- ci, ceux qui taxaient le Capitaine de colérique ne peuvent que se taire tant son coup de sang serait fondé.
En effet, comment accepterait- il que les personnes qu’il a mandatées pour un travail d’audit transparent confondent vitesse et précipitation ? Qu’elles interpellent les gens sans avoir pris le soin de s’assurer de la véracité des accusations ou la probable culpabilité des cadres cités ?
On se souvient du flop avec les opérateurs économiques qui avaient été accusés devoir à l’Etat des milliards de nos francs. La première convocation de certains membres du gouvernement Souaré avait failli tourner en désastre tant le dossier était mal ficelé. Jusque- là le Capitaine n’avait pas réagi. Sûrement, face aux maladresses répétées, il était temps qu’il mette les points sur les « i » pour séparer le grain de l’ivraie.
Je me propose d’analyser le discours télévisé (donc à caractère oral) de Moussa Dadis dans le but de montrer certaines marques de la colère. Voire de l’indignation. En analysant certains aspects sémantiques et littéraires, notamment les procédés stylistiques employés, je m’efforcerai de montrer le souci de pragmatisme dans l’action politique de Dadis. Je ferai ressortir des indices de désaccord dans la manière de mener les objectifs assignés en ce qui concerne les audits. Enfin, je montrerai les risques de rupture qui pourrait être générée par le pragmatisme de Dadis et le défaut (si ce n’est le manque) de lisibilité de certaines actions menées par son entourage
Je précise que je ne fais pas une analyse rhétorique du discours qui ferait ressortir l’art de persuader ou l’éloquence de l’auteur, mais une analyse critique qui se sert d’outils linguistiques afin de mettre en valeur les stratégies du discursif. C’est dans ce but que je m’intéresserai non seulement aux arguments, aux gestes mais aussi au raisonnement de l’auteur.
C’est avant tout le pragmatisme qui ressort dans le face- à- face entre le Capitaine Dadis, son entourage et les personnes interpellées. D’entrée de jeu, il rappelle qu’à ses yeux la recherche de la vérité doit procéder de la valeur pratique. Toute l’efficacité des audits dépend du pragmatisme des acteurs : « Je veux qu’on soit (…) concret, pragmatique. »
Il enchaîne en ajoutant qu’il « veut couper court. » A ce niveau, il insinue que ces interlocuteurs ont menti ; qu’ils lui ont caché la vérité.
L’emploi récurrent du champ lexical du mensonge, qui revient une dizaine de fois dans le discours, dénote une vraie phobie des tours de passe- passe et des jeux d’intérêts. Il s’insurge en ces termes :
« Il ne faut pas mentir. J’aime pas le mensonge ! » ; Vous êtes tous en train de contourner la réalité » ;« Moi, j’aime pas les faux types » ; « J’ai dit que moi, je ne mentirai jamais au peuple de Guinée !» ;Faut pas incriminer les gens… les incriminer pour briser leur carrière » ; « Les manipulations, je ne suis pas là-dedans ! » ; « Faut pas manœuvrer ! »
L’emploi du pronom indéfini pluriel dans « vous êtes tous en train de contourner la réalité » montre que l’orateur n’épargne aucun membre de son entourage. Il y aurait certainement un certain malaise au sein de l’instance militaire. Du moins, en ce qui concerne les audits.
En outre, la récurrence de la première personne « je, moi » (employée une vingtaine de fois) sous toutes ses formes pronominale et adjectivale est une manière d’affirmation de la personnalité. L’objectif étant sûrement de marquer une distance vis- à- vis de la procédure en cause.
On peut également rechercher l’effet produit par cet emploi du « je » et du « moi » ou du « moi- je » dans l’alliance binaire de ces pronoms. En effet, la forme syntaxique de cette assertion « moi- je » met en valeur l’énonciateur à la fois dans son discours, sa psychologie et dans son être. Dans ce cas précis, le sujet- énonciateur affiche son désaccord et revendique sa différence.
La négation dans les emplois : « je ne veux pas » ; « je n’aime pas » ; « je n’accepterai pas » ; « il ne faut pas » etc. ne joue pas moins la même fonction d’affirmation de soi et des ses convictions. Il en ressort que Moussa Dadis est opposé à la méthode d’agissement de ses collaborateurs. Du moins, en ce qui concerne un certain nombre de dossiers dont celui de Russal.
Sur l’interprétation politique de l’usage de la première personne, on pourrait dire avec les linguistiques que « le langage étant une forme de l’agir (…) et les combats politiques étant aussi des combats sémantiques » Moussa Dadis s’affirme aussi bien dans ses colères verbales que dans sa gestuelle.
La colère transparait justement à travers certains aspects du discours auquel elle donne un sens. Un relevé du champ lexical et son analyse permet de montrer si cette colère pourrait avoir un sens éthique ou même politique. C’est-à- dire, si elle pourrait mettre fin aux pratiques dénoncées par l’orateur Dadis.
Cette colère se lit dans les mots, mais aussi dans les gestes ou les actes. L’emploi des interjections et des interpellations : « que quelqu’un me prouve… ; venez me prouver maintenant » le lancement des dossiers sur la table ; le fait de décoller du siège et les coups de poings répétés sur le bureau sont les signes évidents d’agacement, de gêne. Tout simplement de colère.
A mon avis, il faudrait attirer, à ce niveau, l’attention sur l’aspect impulsif, non contrôlé ou fondé des gestes. Quelle que soit les raisons évoquées, les conseillers du Capitaine devraient veiller à la portée de tels gestes de la part d’un chef. Ils devraient avoir les mots qu’il faut avant tout étalage public de cet état d’âme. Pour cela, faudrait- il qu’ils lui disent la vérité, comme il le réclamerait ? Enfin, ne dit- on pas que l’impulsivité vient à bout de toute raison si elle devenait habituelle ?
En dépit de tout, Moussa Dadis aurait, dans ce cas- ci, toutes les raisons de fulminer contre ses collaborateurs. Sa colère paraît être fondée dès lors qu’il s’agit de dénoncer l’injustice dont il affirme haïr et connaître les conséquences.
Le terme injustice revient sous des emplois divers et donne une portée particulière au discours. Il prouve l’attachement de l’orateur à l’équité et sa désapprobation des coups bas :
« Je ne veux pas de l’injustice. Je ne veux pas ça du tout. J’ai été victime de ça. Je suis très allergique à l’injustice. Organiser la mafia pour détruire les gens, je ne suis pas dedans » ; La diffamation, l’embobinage, le machiavélisme… ça ne passera pas. »
La colère de l’orateur atteint son paroxysme et se transforme en indignation dans des assertions qui prennent des tournures interrogatives. L’emploi de la forme adverbiale et conjonctive « pourquoi » dont la fonction est la recherche de la cause révèle l’incompréhension. Son enchaînement dans ce passage est révélateur d’une sorte de fureur contre ordonnateurs des interpellations : « Pourquoi la présence dans cette salle de Dalein, Bangoura, Kaba… ? Pourquoi la présence de ces cadres-là ici ? Répondez-moi ! Pourquoi Cellou Dalein est là ? Pourquoi Souaré est là ? Pourquoi Fodé Bangoura est là ? Pourquoi Madikaba est là ?
C’est plus qu’un coup de bile dont il est question ici. C’est un aveu de surprise. Pire, de déception !
On remarque l’énumération de tous les noms des ministres interpellés avec des marques d’insistance et sur la conjonction et sur les patronymes. On peut penser que cet emploi est une formulation implicite d’excuses (à mots couverts donc)
Un autre fait symboliquement intéressant, c’est l’usage d’arguments qui font appel à des valeurs partagées. L’allusion à Dieu est à la fois explicite et répétitive dans la dernière partie du discours. Le Capitaine Dadis emploie un vocabulaire volontairement religieux dans l’objectif de mettre ses interlocuteurs face à leur conscience. Sûrement, il voudrait prendre les téléspectateurs à témoin et leur dire en quelque sorte : « ce n’est pas moi qui ai ordonné d’accuser ses gens ni les interpeller ! »
Néanmoins, la colère du début laisse la place à la sérénité de la fin. Mais, cette sérénité qui donne une place importante aux valeurs communes est assortie de mises en garde :
« Mes chers compatriotes, Dieu est pour tout le monde. (…) Avec tout le respect que nous accordons à l’engagement du CNDD, faut pas briser la carrière des gens ! Dieu n’aime pas ça. Nous n’avons pas pris le pouvoir pour détruire les citoyens. Nous y sommes pour établir l’équité et la justice. »
Le Capitaine n’oublie pas de se référer à l’esprit de corps et d’en appeler aux membres du CNDD à s’en souvenir et à le respecter. L’emploi du pluriel du verbe être « Soyons objectifs » va dans ce sens. L’usage de l’empirisme « Didon » qui a été adopté par vocabulaire militaire joue la même fonction.
Enfin, la croyance à une force supérieure qu’aucune volonté, pour ne pas dire manigance, ne saurait braver conclut le discours du Président. Il emploie des termes forts pour inciter à la prise de conscience, à la justice et à l’équité et rappelle à ses interlocuteurs: « L’homme qui viendra après moi, quoi que l’on fasse, même si pour cela tous les Guinéens s’unissaient, on ne pourra rien contre lui, contre la volonté de Dieu !!! »
Voudrait-il rappeler de la sorte que parmi les personnes qui ont été abusivement interpellés, il y avait un candidat aux élections présidentielles ? Quoi qu’il en soit, Moussa Dadis se démarque de certaines pratiques liées aux audits et affirme sa différence.
Il était temps car l’opinion publique ne comprend pas ces interpellations ciblées. Comment peut- on interpeller, à trois reprises, deux premiers ministres de Lansana Conté alors qu’il en a bien d’autres qu’on laisse vaquer à leur affaires ? Bon nombre d’observateurs se demandent également quels sont les critères d’audits ? Qui désigne les personnalités à auditer ? Quoi qu’on dise, il y a une impartialité quelque part et tout laisserait à penser que le Capitaine Dadis voudrait y mettre fin ! C’est tant mieux !
PS J’ai conservé la forme orale telle quelle a été reproduite par aminata.com (source du discours)
Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.f
VOS COMMENTAIRES | |
| Diallo Mouminy | 14/04/2009 13:13:05 |
| je vous assure que j'avait suivi le discour mais j'ai n'avais pas compris tout ça, ce maintenant que j'ai comprend. merci Koto Lamarana Pety Diallo | |
| Alpha Barry | 14/04/2009 13:39:31 |
| Merci monsieur Diallo pour cette analyse qui nous apprend beaucoup! Dadis qui a été lui-même victime d'injustice sait ce que cela signifie pour quelqu'un qui se trouve en position de faiblesse. Pourtant l'exemple de ce même Dadis devait faire refléchir le groupe de Sékouba Konaté (c'est lui qui signe toutes les convocations). ! ! Je me demande quels comptes les membres de cette commission ont à régler avec les Cellou qui n'ont jamais eu à faire à eux directement? A moins qu'ils soient entrain de mener le combat pour d'autres contre Cellou. Dadis qui est e président de tous les guinéens a toutes les raisons de se mettre en colère devant les manoeuvres de ce groupe qui ne sont plus secrets pour personne. Comment peut-on convoquer Souaré, Cellou, Fode Bangoura en sautant l'autre ex-PM qui est Lansana Kouyaté qui a publiquement été mis en cause par une commssion parlementaire dans une affaire de 112 milliards de francs gunéens et des recrutements illicites dans l'armée (certaines recrues ont payé pour être pris)? Dans l'affaire de la drogue, Bo Keita lui-même avait cité Kouyaté qui a même utilisé l'argent de la drogue mais lui n'a pas été convoqué. Aujourd'hui le CNDD n'a pas d'argent pour payer l'armée. Mais les 112 milliards auraient payer cette armée combien de temps? Tout le monde sait aussi que chaque ministre de Kouyaté a partagé son budget avec la femme de Kouyaté. Pourquoi lui n'est jamais audité alors que d'autres plus honnêtes et patriotes sont emprisonnés pour quelques millions du fonds miniers, comme Ahmed Kanté qui je le crois n'a jamais mangé cet argent lui-même. Si Dadis ne fait pas attetion, ces gens malhonnêtes et racistes autour de lui mettraient à l'eau ses bonnes actions. Il a raison d'ouvrir les yeux. | |
| bah.tale | 14/04/2009 16:01:22 |
| merci kotodiallo je vous assure toutes hommes honetqui a suivi le discoure il va comprendre sede reglement decompt | |
| Madou Diallo | 14/04/2009 18:28:12 |
| MOI JE VOUDRAI SAVOIR QUEL DIFFERENCE IL EN A ETRE CELLOU DIALLO, SOUARE PREMIER MINISTRE ET TOUS LES AUTRES PARTICULIEREMENT LANSANA KOUYATE QU'UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE A INCULPE, QUI A DEPLACE LES RECETTES MINIERES DES COMPTES SUISSES POUR SES BANQUES EN FRANCE, CE QUE MEME SEKOU TOURE N'A PAS DERANGE. IL SE PROMENE EN JET SOIT DISANT PRIVE ALORS QUE TOUTE SA VIE IL A ETE SALARIE ET NOUS CONNAISSONS LES FOURCHETTES SALARIALES DES FONCTIONS QU'IL A OCCUPE. SOYONS SERIEUX ET ATTENTIFS. ENCORE UNE FOIS A DADIS DE DECIDER CE QU'IL VOUDRAIT QUE L'HISTOIRE RETIENNE DE LUI. IL A DEJA AFFIRME QUE DIRIGER EST PLUS COMPLEX QU'IL NE L'IMGINAIT, IL A LA PREUVE QUE SON ENTOURAGE CHERCHE AUTRE CHOSE QUE DE RESOUDRE LE PROBLEME GUINEEN COMME UN TOUT. ENCORE A DADIS DE DONNER UN SENS HISTORIQUE A SON PASSAGE A LA TETE DE L'ETAT, EN ETANT LE SEUL PRESIDENT QUI A RESISTER AUX TEMPTATIONS ET A MIS L'INTERET SUPERIEUR DE LA NATION AU DESSUS ET A SU ET PU ORGANISER LES PREMIERES ELECTIONS LIBRES EN TERRE GUINEENNE. BONNE CHANCE DADIS! | |
| lamine | 15/04/2009 10:36:27 |
| C'est votre lecture propre á vous du discours de Moise de Biro. Mais ça ne sert á rien d'adapter le discours de Moise á vos propres ambitions et haines. comment pouvez vous transformer un discours prononcé devant le monde entier? c'est vous seulement qui comprend le français? | |
| K. Diallo | 15/04/2009 16:49:04 |
| Dadis n'est point un homme honnete. Il cherche seulement le soutient des partisans de Cellou dans la mamaya qu'il est entrain d'organiser pour rejetter les propositions de nos forces vivies. Donc soyons attentifs. | |