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Préparer le désengagement du CNDD


2009-04-21 10:01:24

L’engagement ferme du CNDD de respecter le chronogramme de la transition proposé par les Forces Vives de la Nation est un signal fort qui ouvre la voie au retour rapide à l’ordre constitutionnel en Guinée. C’est le lieu de saluer la maturité et l’esprit patriotique de l’ensemble des parties prenantes impliquées dans cette œuvre historique avec la facilitation du Groupe de Contact International sur la Guinée (GCI-G). La mise en place du Comité National Transitoire (CNT), le toilettage et l’adoption de la nouvelle constitution et l’organisation de consultations (législatives et présidentielles) inclusives, libres, transparentes et acceptées par tous les acteurs politiques et partenaires de la Guinée constituent les déterminants clés d’une transition apaisée. En un an, le Chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara s’apprête à réussir le pari démocratique là où ses prédécesseurs ont échoué en 50 ans. Dans la majorité des cas les guinéennes et guinéens ont adhéré favorablement aux promesses faites par le CNDD. Cependant, force est de reconnaitre qu’une minorité a voulu détourner les nouvelles autorités du pays de leurs engagements pris devant le peuple de Guinée et la Communauté Internationale. Que le tout puissant ALLAH soit loué d’avoir inspiré positivement le Chef de l’Etat Moussa D. Camara de conduire notre pays vers le renouveau démocratique.

Malgré le discours du Chef de l’Etat tenu à Kaloum, nous restons convaincus qu’il prendra en compte avec lucidité les sages conseils du Monseigneur Vincent Coulibaly lors de son homélie. Puisqu’il est effectivement conscient de la difficulté des nouvelles autorités du pays à payer les salaires des fonctionnaires. Dans des telles conditions comment pourra-t-il objectivement initier et mettre en œuvre des initiatives de développement ou cas où il aspirera à gouverner la Guinée en ôtant la tenue militaire? Aucun ne jugera le CNDD du fait n’avoir pas laissé les traces de développement. Par contre, le non respect des engagements pris devant conduire aux différentes consultations prévues au cours de l’année 2009 sera un indicateur essentiel pour juger le CNDD de sa bonne foi. Le Chef de l’Etat a demandé aux commerçants de réduire les prix du riz au risque de retirer leurs licences. Est-ce la bonne solution ? Nous pensons que le problème est plus complexe et impose diverses solutions dans une logique de vision systémique. Le Chef de l’Etat peut-il demander aux militaires d’accepter de payer le riz au même titre que les civils ?  Pourquoi vouloir exiger des autres ce que l’on n’est pas capable de faire soit même.  La solution optimale à l’eternel problème du riz, n’est-elle pas d’encourager la production locale à l’image du Mali voisin qui couvre l’essentiel des besoins alimentaires de son pays et exporte son excédent ? 

Toute œuvre humaine a un début et une fin. D’où la nécessité d’interpeller le CNDD d’engager une véritable consultation de fond avec les Forces Vives de la Nation par rapport à la pérennisation des initiatives enclenchées dans le cadre de la moralisation des deniers publics, les audits, la révision des contrats miniers, la lutte contre la drogue, la réconciliation nationale, l’insécurité et la valorisation de l’expertise guinéenne, etc. Il serait dommage pour la nation d’attendre le départ du CNDD pour s’interroger sur la poursuite des telles nobles initiatives ou les mettre dans les tiroirs. Car, un désengagement réussi commence logiquement tout au début de l’engagement avec des repères axés sur des indicateurs pertinents, réalistes et mesurables. Un tel travail serait salutaire et contribuerait à répondre positivement à la demande sociale exprimée lors les douloureux événements passés. La neutralité du CNDD et sa position exigent de lui l’obligation morale d’assoir les bases d’une réelle démocratie avec comme toile de fonds l’ancrage de la culture de la bonne gouvernance. Le Chef de l’Etat Moussa Dadis Camara a prouvé si besoin en était le sens de justice sociale et d’équité qui l’anime lors la confrontation sur les conditions de privatisation de l’usine de Fria. Certes au début, certains avaient voulu conduire le Président en erreur devant ternir son image de grand homme d’Etat intègre et respectueux de la personne humaine. Nous l’encourageons vivement à garder jalousement cette ligne directrice tout au long de la transition afin de permettre aux citoyens d’élire librement les hommes et femmes de leurs choix afin de tourner définitivement les sombres pages de notre histoire.

En attendant de voir le CNDD trouver les ressources nécessaires pour la réalisation de l’audit de l’Administration Publique, il serait utile d’anticiper les mesures de mitigations pour assurer la moralisation des deniers publics après la période transitoire. Le pays aurait à gagner en mettant en place des mécanismes fiables et performants de contrôles descendants et ascendants en vue de favoriser l’utilisation efficace et efficiente des maigres ressources publiques au profit exclusif du peuple de Guinée. La future Assemblée Nationale devrait logiquement disposer d’un comité de lutte contre la corruption autonome devant le pouvoir exécutif. Ledit comité doit disposer des réels pouvoirs de  poursuite judiciaire des cas avérés de corruption. Il devrait être composé des députés de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition, des syndicats, de la société civile, du secteur privé et des forces armées. Il se doit de recruter un directoire sur appel d’offre et sur la base d’un contrat de performance renouvelable selon les résultats. Mettre en réseautage le comité avec le Réseau Parlementaire de la lutte contre la corruption afin d’échanger sur les différents savoirs, savoir faire et savoir être en matière de lutte contre la corruption.

La nouvelle Loi Fondamentale devrait aménager des espaces de participations publiques des citoyens aux débats sur le Budget et les Lois et Conventions. Dans le cadre du Budget, il serait judicieux de renforcer les pouvoirs du Secrétariat Permanent de la Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SP- SRP) et assurer sa déconcentration dans les 8 Régions Administratives afin de créer un espace de concertation avec l’ensemble des parties prenantes afin de se concerter sur les questions de développement de leur région.  Cet espace devrait permettre aux  élus (députés et ceux des collectivités locales), aux organisations professionnelles des producteurs, au secteur privé, à la société civile, aux agents des projets/programmes de développement et aux cadres techniques de l’Etat au niveau National et Déconcentré d’avoir la même lecture des principaux problèmes rencontrés et de s’accorder sur les solutions par ordre de priorité. Le projet de Budget devrait être soumis aux différents espaces régionaux pour s’assurer de la prise en compte des préoccupations des acteurs clés de développement à des fins de validation ou proposition d’amélioration. Un tel exercice devait contribuer à réduire les discussions stériles sur le vote de budget au sein du parlement et pourrait permettre également aux différents acteurs de participer à sa surveillance dans le cadre de la mise en œuvre ainsi son évaluation. D’autre part, l’on pourrait doter la future Assemblée Nationale un espace pour examiner la pertinence et la conformité des Lois et Conventions aux intérêts supérieurs de la Nation avant toute légifération. Ledit cadre devrait être composé d’imminents juristes, des syndicats, des députés et des cadres dont les départements techniques sont concernés. Il serait pertinent de s’accorder sur la nécessité de mettre sur le Web Site du Parlement les projets de Budget et des Lois et Conventions afin que les guinéens et guinéennes de l’extérieur puissent apporter leur contribution à leurs qualifications. Si un tel espace existait probablement des cas comme la cession de l’usine de Fria n’aurait pu se produire. 

L’instauration d’un climat de paix est un gage essentiel pour permettre l’amorce du décollage économique de la Guinée. Les nouvelles autorités du pays doivent impérativement mettre en place un cadre approprié ayant pour mission de promouvoir la paix afin d’assurer  le développement économique et social. L’on pourrait créer l’Observatoire Guinéen de la Paix et du Développement (OGUIPAD) dont les fonctions essentielles consisteront à: i-) mener des études sur les types et formes de conflits ; ii-) analyser les causes et formuler des stratégies appropriées selon les types et les formes des conflits ; iii-) faire du plaidoyer et du lobbying auprès décideurs et partenaires de la Guinée afin de prévenir les conflits ou les circonscrire ou assurer leurs pacifications ;  iv-) créer une base de données fiables ainsi que de la cartographie des conflits sur toute l’étendue du territoire national ; et v-) former les acteurs clés en matière de prévention, négociation/médiation et gestion post conflit. L’OGUIPAD devrait être composé des Forces Vives de la Nation dans leurs diversités et les différents corps de l’armée guinéenne. Un consensus devrait être trouvé pour assurer l’ancrage institutionnel de l’OGUIPAD afin qu’il puise avoir une plus grande visibilité et mieux impacter sur la cohésion et l’unité nationale. Le CNDD pourrait jouer un rôle prépondérant de gardien de la paix.

Le Forum National devrait s’inscrire dans la dynamique du prolongement et de consolidation des précieux acquis obtenus entre les Forces Vives de la Nation et le CNDD avec le concours du GCI-G. Il ne saurait être une opportunité de remettre en cause des tels acquis au risque de décrédibiliser l’image de la Guinée auprès de la Communauté Internationale. Il devrait nécessairement questionner les filles et fils du pays de l’intérieur et de l’extérieur sur les types et profils de dirigeants à tous les niveaux dont le pays à réellement besoin pour relever les grands défis de développement. Il devrait également toucher le modèle de constitution le mieux adapté au contexte guinéen en mettant l’accent sur l’intérêt supérieur de la nation. Il pourrait permettre de dégager un consensus sur les priorités de développement  de notre pays pour les années à venir. II se doit impérativement de mettre en place un dispositif qui permette l’implication effective de l’expertise d’excellence guinéenne dans le cadre de la mise en œuvre  des priorités déclinées. La facilitation du Forum National pourrait utiliser la méthode Delphine afin d’assurer la dynamique de ladite consultation. La méthode consistera à s’accorder sur les thèmes essentiels devant faire l’objet de débat et mettre en place des groupes de réflexions selon les profils et les centres d’intérêts des participants. Supposons que le Forum identifie 10 thèmes principaux à débattre durant les assises tel que par exemple Quels types et profils de dirigeants dont la Guinée à besoin à tous les niveaux ? Si ce panel dispose de 30 spécialistes avertis, l’on pourrait constituer 3 petits groupes pour dérouler le thème en trois phases dont la première consistera à demander aux trois groupes de proposer les portraits en termes de profil idéal pour chaque type de dirigeant et présenter ensuite les résultats en plénière. Après la présentation desdits résultats des trois groupes, le facilitateur principal demandera à chaque groupe de reprendre son travail en tenant compte des propositions des autres groupes. Apres le temps imparti, il invitera les trois groupes à présenter à nouveau les résultats de leurs amendements.  Et au finish, il demandera au groupe de reprendre une dernière fois le même exercice en prenant compte les propositions pertinentes et indispensables à intégrer comme choix définitif. Lors de la plénière les trois groupes vont s’accorder en dernier ressort sur les éléments essentiels à retenir. Cette méthode est consommatrice de temps. Cependant, elle a l’avantage de favoriser le meilleur choix possible sur une base consensuelle.

En conclusion, le développement de la Guinée ne sera possible que si les filles et fils du pays acceptent de se mettre ensemble sans tabou avec un esprit élevé de patriotisme et une attitude de fair play responsable pour identifier nos principaux problèmes, analyser les causes et proposer des solutions pertinentes, réalistes et acceptables et mobiliser chacun à la réalisation desdites solutions. Accompagner le CNDD dans ce combat est un devoir de tout bon citoyen. Uni autour d’un projet de société fédérateur, la Guinée retrouvera sa place dans le concert des grandes nations modernes en un temps raisonnable. Qu’ALLAH le tout Puissant fasse converger le fils et fils du pays autour d’un tel projet sous la houlette du Chef de l’Etat Moussa Dadis Camara. Amen.

Oumar Wann, Consultant en Gouvernance et Développement Local
 

woumar@hotmail.com. Columbus-OHIO USA. 614-556-2009.


 

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