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2009-05-16 21:07:34
La prise du pouvoir par l’armée en décembre dernier a suscité beaucoup d’espoirs et les premiers discours des militaires, accueillis avec enthousiasme, eurent l’effet immédiat de rallier les guinéens des quatre coins du monde, y compris moi-même, autour du CNDD et son président car nul ne souhaitait le prolongement du régime Conté.
Les Guinéens dans leur majorité ont voulu voir en Daddis Camara comme le sauveur dont le pays avait tant besoin ! Ceci malgré des faiblesses avérées, notamment son niveau intellectuel approximatif et son manque de préparation pour assumer la direction d’un Etat en déconfiture comme le notre. Mais cela, personnellement, ne m’a pas empêché de croire qu’avec une réelle volonté de bien faire ces insuffisances pouvaient être compensées par l’apport d’autres guinéens plus aptes. C’est donc volontiers que j’ai accepté de me montrer bienveillant à l’ endroit du CNDD malgré le manque de repères civiques et la brutalité légendaire de l’armée envers les populations guinéennes.
Toutefois, c’est avec inquiétude que je constate, aujourd’hui, que le message qui émane de Conakry est délibérément brouillé. Une technique bien prisée par les régimes qui ne veulent pas quitter. Ce qui est plus troublant c’est cette malheureuse tendance que nous avons de penser à court-terme et à encenser nos leaders. Les notant favorablement sur les discours et rarement sur les engagements respectés. Sinon comment expliquer la faiblesse des voix qui s’élèvent actuellement pour relever les dérives de ce régime sur bien des égards ? Evidemment, en guinée une fois le refrain de la mélodie retenu personne ne prête plus attention aux couplets qui sortent de la bouche du chanteur, se contentant juste de danser et d’applaudir.
Dans l’euphorie générale qui a suivi la mort du deuxième dictateur guinéen, et capitalisant sur cette tendance du guinéen, le président autoproclamé s’est composé une chanson dont la bonne réception était d’avance assurée. A savoir faire de la guinée une démocratie et lutter contre les détournements de fonds publics et le narcotrafic. Depuis, rares sont ceux qui se sont interrogés sur les contours réels de cette entreprise d’assainissement et de moralisation de la vie publique et sociale, version CNDD.
Il y a certes des choses positives à noter. Mais les dérives et les abus sont monnaie courante. Au point qu’on a tout le mal du monde à réconcilier le discours aux actes.
Je vais juste m’intéresser aux auditions et la question des domaines de l’Etat vendus aux citoyens.
Arguant la nécessité d’être transparent, le CNDD, à travers les auditions, s’est accaparé de l’espace audio-visuel public guinéen qu’il se sert à outrance pour conduire des interrogatoires publics, sur fond d’humiliation, d’anciens dignitaires et de supposés trafiquants de drogue dont le seul but est de promouvoir le culte de personnalité du président. Volontairement ou pas, l’omniprésence de Daddis à la télé contribue, indiscutablement, à consolider son emprise personnelle sur l’appareil de l’Etat, ou de ce qui en reste, et à recruter des inconditionnels aux ambitions incompatibles avec l’aspiration de la majorité des Guinéens. La stratégie est bien connue. D’abord se faire accepter dans la conscience collective comme l’homme à tout faire. Au point qu’il soit impossible de dissocier la personne du capitaine des institutions de la république. Ensuite, neutraliser la voix de la majorité dans la cacophonie des groupes de soutien opportunistes.
Si nous ne prenons pas garde cette situation va présenter un défi sérieux pour notre avenir car, au final, avec Daddis conforté dans sa position de seul maitre à bord et tirant toutes les ficelles, nous risquons de nous retrouver avec un autre irascible dictateur. Et si par miracle le CNDD abandonne le pouvoir, il nous laissera patauger dans un autre problème encore plus pernicieux : Une armée imbue d’elle-même et indisciplinée, acquise à la cause du trio Daddis-Konate-Pivi. Une alliance qui va constituer une menace réelle à la future stabilité de tout pouvoir démocratique. Surtout si ce pouvoir cherchait à procéder à des reformes institutionnelles qui rendraient possible la poursuite des auteurs de crimes camouflés dans les rangs de l’armée.
Cette menace est d’autant plus réelle que le capitaine Pivi, incriminé dans tous les récents cas de violations de droits humains ces derniers temps en guinée et qui doit forcement répondre de ses actes, est devenu une puissance incontestée au sein de l’armée et une référence pour les jeunes militaires.
C’est pourquoi il est impératif, à mon sens, de faire en sorte que les militaires n’aient pas la prétention de penser un seul instant qu’ils nous ont ‘offert’ la démocratie. Ceci pour éviter qu’ils ne reviennent encore avec d’autres prétextes, une fois la transition terminée. Pour y réussir, la classe politique doit démontrer un leadership et un dynamisme à la dimension des enjeux posés par la transition de manière à offrir une alternative viable et rassurante au pouvoir militaire.
Les forces vives, de façon générale, ne doivent pas se comporter comme des personnes auxquelles on octroie un droit (comme le disait le Pr. Doré) mais plutôt être à l’offensive et faire sentir leur présence durant cette période d’incertitudes.
Je n’appelle pas à une confrontation mais à plus d’initiatives et à conditionner tout support au respect par la junte d’exigences et de principes précis. Notamment une concertation et une implication plus effective dans la définition, et l’application, des grands axes d’orientation de la transition.
Sur les auditions, plus spécifiquement, je voudrais dire qu’a priori les objectifs visés sont louables. Mais la méthode nous met en face d’un déni de justice qui ne dit pas son nom. Elle est également contre-productive à cause de son caractère expéditif, sélectif et désordonné.
Des accusés, arrêtés et détenus arbitrairement, sont forcés devant les cameras de la télévision et présentés, de facto, comme des coupables en dehors de toute procédure légale. Livrés aux crocs d’apprenti-interrogateurs dont l’ignorance n’a d’égal que leur hargne et à d’anciens collaborateurs qui dissimulent mal leur désir de brouiller les pistes pour ne pas être rattrapés par leur propre passé. En conséquence, on noie le poisson, le peuple est bien servi en show pour meubler les nuits et détourner l’attention sur les problèmes du quotidien et les boucs émissaires sont jetés en prison.
Tout le processus sent le règlement de compte et appelle en mémoire le douloureux souvenir des confessions fabriquées qui ont conduit à la perte de milliers de guinéens. Il suffit de lire l’interview du Sieur Onipogui (sur guineenews), notamment ses attaques contre l’accusé Ahmed Kanté pour se rendre à l’évidence. Mine de rien, le ministre laisse transpirer que grâce à son humanisme le contribuable guinéen a fait un cadeau de 4 milliards de francs à Ahmed Kanté et affirme, sans se gêner, que « Kanté est allé librement signer les montants qu’on lui reproche a l’inspection du travail. » De qui se moque-t-il ce ministre ? Aurait-il oublié qu’une affirmation n’est pas une preuve de culpabilité ? Quel crédit donné à toutes ces allégations quand on sait que malgré le vacarme autour des trafiquants de drogues interpellés, les guinéens ne connaissent toujours pas l’identité du parrain?
Les Guinéens sont bien familiers de cette manœuvre qui consiste à priver l’accusé de toute possibilité de se défendre avant de lancer la campagne de mensonges pour le détruire. Mais rassurez-vous, Monsieur, votre jeu ne passera pas.
Je n’ai pas de la sympathie pour tout auteur de crimes, économiques ou de sang. Mais les entorses aux règles et procédures délibérément perpétrées par les hommes du système font perdre de la crédibilité aux efforts fournis et, Incontestablement, le doute persiste autour de la volonté du CNDD de rompre avec les pratiques du passé. Peut-on sérieusement prétendre assainir la guinée sans entendre la famille Conté ? Soyons sérieux !
Ce cirque, qui aurait pu faire rire si le contexte n’était pas aussi sinistre, nous fait perdre un temps précieux sans pour autant résoudre les problèmes de fond. Ce qu’il nous faut sur cette question c’est un procès équitable, seul à même de fournir un résultat accepté de tous et d’inscrire notre pays dans la logique d’un Etat de droit.
Au delà de l’aspect purement juridique, un procès nous offre une opportunité pratique exceptionnelle d’édifier clairement les uns et les autres sur le fond, permettant ainsi de tirer les leçons du passé, tout en nous dotant de précieux outils pour corriger les failles systématiques et structurelles qui ont rendu ces délits possibles.
Alors, Mr le Président de la République, veuillez déléguer ce travail crucial au système judiciaire qui, malgré ses insuffisances, peut traiter ces dossiers avec professionnalisme si vous garantissez son indépendance et sa sécurité. Je tiens à vous rappeler que la bonne volonté ou le désir de rendre justice ne doivent pas vous amener à vous substituer aux juges. Veuillez également, capitaine, supprimer ce machin que vous avez nommé pompeusement secrétariat d’Etat chargé des conflits. C’est un système parallèle et inopportun.
La gestion du dossier des anciens domaines de l’Etat vendus aux citoyens, deuxième objet de ce papier, est encore plus calamiteuse. A tout point de vue. La politique est mal conçue et son exécution est brutale et cruelle.
Comment élucider les contradictions d’un régime qui, d’un coté, est tout disposé à renégocier des contrats avec les étrangers mais, de l’autre coté, refuse d’honorer ses engagements vis-à-vis de ses propres citoyens ? Ou celles d’un régime qui déclare être venu améliorer les conditions de vie de sa population et qui, sans discernement et sans aucune mesure d’accompagnement, s’attèle à détruire systématiquement les domiciles et les commerces de cette dernière ?
Aujourd’hui à travers tout le pays, fidele à sa culture d’abus, l’armée guineenne envisage de casser à tort et à travers le fruit de toute une vie de durs labeurs pour beaucoup de citoyens !
A Mamou, par exemple (ce n’est pas un cas isolé !), le 15 avril 2009, des militaires du bataillon autonome sont venus intimer l’ordre à plus de 50 familles (dont la mienne) dans le quartier abattoir d’abandonner leur domicile dans un délai d’un mois. Faute de quoi elles seront toutes expulsées de force car, diront-ils, ces domaines appartiennent au camp militaire. Pire, les émissaires affirment ne pas être intéressés par les documents des maisons. Raison évoquée ? La décision est venue de la haute autorité. Donc, elle doit être appliquée à la lettre. Les victimes ne seront ni relogées, ni dédommagées !
Il m’est impossible d’indiquer à ce jour l’année à laquelle ce camp fut implanté dans ce coin mais ce que je peux dire avec certitude est que ces maisons en litige datent du premier régime. Ma famille y est installée depuis maintenant 30 ans. Ainsi que la plus part des familles affectées. Les papiers des maisons en font foi ! En plus, le camp militaire dont il est question est bien délimité depuis les années 90 suite à un incident similaire. Il est entièrement clôturé et se situe complètement dans la zone urbaine.
Tenant compte de la position géographique de Mamou et la pacification de la sierra-Leone, il est extrêmement difficile de voir la logique stratégique d’une présence militaire dans cette ville. Et que même si cette présence devait continuer les observateurs, au premier rang desquels les militaires eux mêmes, sont unanimes pour soutenir que le camp devrait être délocalisé en dehors de la ville pour limiter les dangers que sa proximité avec la zone urbaine pose aux civils. Citant notamment l’accident survenu au camp alfa Yaya en 2000 pour illustrer cette nécessité. Et Dieu sait que Mamou ne manque pas de domaines vides !
Mais en aucun cas un régime responsable ne peut recourir à des raccourcis pour abusivement exproprier des citoyens, en violation flagrante des procédures prévues, pour élargir un organe publique dont l’apport, même sécuritaire, au développement socio-économique de Mamou reste à prouver.
Aujourd’hui, l’essentiel des bâtiments situés au cœur de la ville de Mamou est marqué en croix en vue de leur destruction. Au nombre de ces bâtiments, se trouvent même des établissements scolaires privés, des habitations et des magasins qui constituent le poumon économique de cette ville, au seul motif qu’ils appartiennent à l’Etat. La même raison est évoquée un peu partout sur le territoire national. Soit ! Mais pourquoi détruire ?
Au regard de la complexité de ce dossier et les ressources qu’un règlement adapté et définitif requiert, les forces vives doivent urgemment demander à la junte de surseoir a ce chantier (qui n’est pas indispensable a la réussite de la transition, il faut le rappeler) sur toute l’étendue du territoire national afin de donner la chance au régime qui succédera à la transition d’examiner plus sereinement la suite à donner à ce problème, suivant les priorités du pays. D’ici la, la junte peut faire œuvre utile en s’assurant que, le temps de la transition, l’Etat ne s’engage pas dans d’autres ventes.
Lamarana Diallo,
Londres
VOS COMMENTAIRES | |
| T.SOW | 17/05/2009 13:32:45 |
| La situation de ce pays minquiette de plus.Mais pourquoi les forces vives(partis politiques,societe civile, coordinations regionales)ne denoncent pas ces abus? Aussi pourquoi les populations ne peuvent pas sorganiser pour manifester a fin dobtenir le soutient de la communaute internationale par ex? | |
| Lamarana Diallo, Londres | 17/05/2009 18:45:07 |
| Je me pose la meme question que toi sur les forces vives sur le silence des "forces vives" sur ces abus d'un autre age. J'ai personnellement engage des demarches aupres d'eux(j'ai parle a l'UFDG et a la societe civile)mais ils m'ont signifie qu'ils avaient la peur au ventre face aux militaires!! tu imagines! Par rapport a nos populations, je pense qu'il leur est impossible de s'organiser. Il faut de leaders et malheureusement ceux que nous avons, en l'occurence les forces vives, sont plus preoccupes a se positioner pour le pouvoir. Actuellement, le peuple est pris en otage aussi bien par la junte que par les forces vives car aucune de ces factions ne traduit notre aspiration. | |
| Conseiller | 18/05/2009 01:44:28 |
| 50 familles! De quoi former une équipe de résistance à ces mécréants. Nous sommes dans un régime de barbares qui se croient en brousse. C'est la loi du plus fort et seuls cex qui vont se battre auront la chance de survivre ce régime | |
| Me LAMAH Dakar | 18/05/2009 16:25:53 |
| je désapprouve plusieurs passages de votre texte mais je me limiterai de vous dire d'un seul qui n'était nullement un "on dit" à savoir l'existence des narcotrafiquants en guinée. C'est bel et bien une réalité. Elle n'est pas supposée car tous les guinéens ont assisté à la télé le demantelement du réseau par le Président Dadis. Le peuple de Guinée les connait aujourd'hui et ils sont détenus à la maison centrale de coronthie/kaloum où ils entendent être jugés conformément à la loi. Ils bénéficient de l'assistance des Avocats. Enfin le dernier cas que je peux ajouter est celui qui consiste à dire que Dadis humilie les anciens dignitaires. Au contraire, Dadis les a trop grandi. Il ne faut pas faire cadeau aux "pilleurs" de l'économie. Nous avons vu d'autres regimes militaires quant ils ont pris le pouvoir. On sait ceux qu'ils font des anciens dignitaires. Personne ne peut dire comment CONTE a jugé les Ismaêl TOURE, Toya CONDE,Lansana BEAVOGUI, etc. Je pense qu'il faut être réaliste, c'est à dire reconnaître les efforts fournis par le CNND et dénoncer et condamner les dérives qu'il est entrain de commettre. Je suis contre tous les regimes militaires du monde car ils empruntent toujours la machine de la violence et de la force pour exercer le pouvoir mais j'ai aussi le courage de reconnaître les belles actions qu'ils mènent. Pour vous dire que je condamne les agissement contraires à la loi, je suis entièrement d'accord avec vous sur les immixtions intempestives de Dadis dans les affaires de Justice. Il ne peut être "exécutif" et le judiciaire à la fois sinon la Guinée sombrait complètement. Même le Ministre de la justice ne doit intervenir dans les affaires qui opposent les particuliers. | |
| djorobo | 19/05/2009 15:40:40 |
| vraiment c'est honteux la guinée est le pasy le plus en retard dans toute l'afrique, tout ça à cause de vos mauvais dirigeants. Patience guinéens ce dadis camara aussi est un assoiffé mais s'en ira aussi prions ça va venir, le bon dieu ne dort pas. DJOROBO - DAKAR | |
| Lamarana Diallo, Londres | 21/05/2009 23:04:03 |
| Me Lamah, Dans mon texte j'ai effectivement dit qu'il y a eu de choses positives mais que les entorses perpetrees par les hommes du regime mettaient en doute la sincerite de la demarche. J'ai note positivement par exemple le recouvrement des creances de l'Etat des mains des operateurs economiques...Meme si je me pose des questions sur la destination des fonds. Par rapport aux narcos, je vous laisse assumer la responsabilite de vos propos mais je doute qu'on puisse dementeler un reseau sans en avoir identifier meme de nom son parrain. Moi, dans mon article, j'ai voulu mettre en evidence le caractere expeditif, folklorique and nefaste des faux proces a la tele et, par ricochet, l'omnipresence du president dans les medias publics. Et le danger qui peut en decouler pour l'avenir du pays. Je suis tout de meme etonne que vous ne soyiez pas indigner, en tant qu'avocat, par l'esprit meme de ce traitement televise. Vous semblez accepter, comme je l'ai souligne dans mon article, que ces gens soient coupables. Vous le dites en affirmant qu'il ne fallait faire cadeau aux pilleurs. Moi je suis pas juriste mais je condamne cela. Si Daddis etait interesse par la justice, il aurait laisser les proces se tenir dans les salles de justice. Quitte a les televiser comme c'est fut le proces des gangs.Merci a tous d'etre intervenus car c'etait cela l'objectif de l'article. Partager mes experiences et positions avec tous afin d'ameliorer les jugements que l'on porte sur la transition. Bien a vous. | |