2009-05-25 16:15:43
Depuis un certain temps, le Conseil national pour la démocratie et le développement CNDD a engagé une opération coup de poing contre la prostitution. Les débits de boissons et les maisons closes en ont fait les frais et des citoyens qui ont eu le malheur d’être au mauvais lieu et au mauvais moment en ont eu pour leur compte d’humiliation. Dans ce panel, les réactions de quelques certains citoyens.
M. Bangaly Camara, Ministère de l’Environnement :
« La lutte que le CNDD est entrain de mener contre la prostitution est une bonne chose. La prostitution commence toujours dans ces maquis et c’est delà partent tous les fléaux de la société. Si on détruit ces maquis, les gens qui gèrent ces lieux seront obligés de s’insérer dans le circuit normal de la société. Cette lutte nous permettra aussi de minimiser la délinquance. Je souhaite qu’on laisse Thiégboro continuer son travail. Bien que casser ces maquis ne soit pas le seul moyen pour éradiquer la prostitution, mais, c’est un bon départ qu’il faut saluer.
Il faut penser à mettre des structures en place pour pouvoir récupérer ces prostituées. Il faut chercher aussi à connaître les conditions de vie de ces prostitués. Se renseigner sur le pourquoi elles ont choisis ce métier. C’est prenant en compte tous ces facteurs qu’on pourra résoudre ce problème. Si vous regarder au fond, c’est la pauvreté qui pousse ces filles à se lancer dans de telles activités. Mais, si on créait des structures de réinsertion sociale, des PME ou autres, pouvant assurer leur propre indépendance économique, on réussirait beaucoup à réduire le taux de prostitution ».
M. Kéïta, infirmier à la retraite :
« Ce n’est pas en cassant les maquis qu’on réussira à arrêter ce fléaux. Même si cela a un impact pour réduire son expansion. Parallèlement, il faut aussi penser en même temps à développer une action d’éducation de la masse, surtout de la jeunesse sur le danger lié à la prostitution dans une société donnée. Parce que sans cette éducation, on aura fait que casser des biens des gens pour une action de courte durée. Et la prostitution va reprendre sur une autre forme ».
Camara Sékou, juriste
« Je vois dans cette action quelques choses de tout à fait normal.
A partir du moment où on est dans un pays laïc avec plus de 95% de musulmans. La prostitution est une pratique détestable et déshonorante. Mais, casser ces maquis n’est pas la solution. On pourrais par exemple voter des lois pour dire par exemple que quiconque est pris dans cette pratique s’expose à des sanctions. On pourrait aussi faire des émissions télévisées pour informer la population. Le moment n’est pas opportun pour casser ces maquis ou arrêter des gens et les foutres en prison. S’i il y à des textes qui interdisent la prostitution, on aurait casser sans se soucier des conséquences ».
Ibrahim Sory Wagué, étudiant a l’Institut supérieur d’architecture
« Par rapport à l’initiative du CNDD de démolir les bars et de faire la chasse aux prostitués, j’étais d’accord au début. Surtout les maquis qui se trouvent au tour des maisons de cultes : églises et mosquées, comme c’est le cas à Bonfi et à Taouya. Mais je trouve que le CNDD commence à dépasser les limites. Des maisons loin de ces lieux de cultes sont entrain d’être détruites dans la cité. Il (le CNDD) oublie qu’ils rend pauvres ces citoyens victimes. J’apprécie leur initiative, mais dans le respect des normes. Car, toute exagération conduit au chao. Donc pour moi, il faut d’abord passer par la procédure de sensibilisation pour amener la jeunesse à prendre effectivement conscience des conséquences de ce fléau. Tout doit commencer dans les écoles ».
Dr. Condé Ousmane Sékou, médecin chef au CHU de Donka :
« Sur le sujet de la prostitution, moi je trouve pas nécessaire de casser les bars et de prendre les filles pour aller les exhiber à la télévision. Ce n’est pas une bonne chose, c’est quelque chose qui doit faire l’objet d’une rencontre entre la justice et beaucoup d’autres secteurs. Il s’agira donc de tabler au tour de cette pratique. Puisque dans d’autres pays, la prostitution est légalisée. Nous sommes dans pays laïc, donc ce n’est pas en mettant en prison ou en cassant que ce phénomène va disparaître. Ce problème mérite une table ronde. On peut lutter contre la prostitution, mais pas de cette manière. Pour la légalisation, je ne suis pas partant, mai s’il faut des approches pour mettre ces filles dans un centre productif ».
Ibrahima Fofana, sage à Kounthia :
« C’est le faisable qui peut être fait, mais le contraire n’est pas possible. Les maquis et les motels doivent disparaître complètement de la cité. Mais de là à détruire des maisons au nom de la restauration de l’autorité de l’Etat, je pense que cela ne colle pas. Car, ces gens ont souffert durant des années pour avoir ces maisons et ce n’est pas normal de voir des gens venir balayer ça d’un revers de main ».
Sayon Kaba, sage à la mosquée Fayçal :
« Nous on ne veut même pas entendre parler de ça, tellement que nous sommes contre cette indigne pratique. Le gouvernement doit farouchement lutter contre son expansion. Quant à la destruction des motels et bars est une bonne chose pour moi, car dans ces lieux, il ne se passe que des mauvaises leçons de jeunesse que l’islam condamne. Il faut davantage saccager tout ce qui d’ailleurs ressemble a des lieux de délinquance dans la ville de Conakry, mais aussi à l’intérieur du pays ou le fléau prend de l’ampleur ».
Aïssata Camara :
« Je veux que la ville soit assainie. Partout ou on peut trouver des places de prostitution ou de débauche de nos jeunes filles, alors on doit purement et simplement les détruire ».
Elhadj Diaby, mosquée Fayçal :
« Le fait de mettre fin à la prostitution nous réjouisse. C’est un combat qu’on a mené avant l’arrivée du CNDD. On était donc à la tâche.
La femme est sacrée et respectueuse, donc elle adopter un bon comportement. Son corps doit être couvert et respecté. Dans ces maquis, il n’y a pas autre chose à consommer à part l’alcool. Et l’alcool qui peut accepter de voir sa fille, sa soeur dans la rue déshabillée. C’est donc regrettable de voir nos sœurs se lancer dans certaines pratiques dégradantes. C’est pourquoi, si vous voyez la misère s’abattre sur la Guinée à chaque fois, c’est, en parti, à cause de ces pratiques malsaines ».
Mabinty Sylla, ménagère à la Camayenne :
« Moi je suis contre la démolition des maquis. Au lieu de se mettre a casser les bâtiments des uns et des autres, le CNDD doit plutôt donner du travail aux jeunes filles pour satisfaire leur besoin. Car pour moi, c’est le besoin d’avoir le minimum vital qui fait que ces filles se lancent dans la prostitution. Il faut donc créer des centres d’apprentissage et d’insertion sociale pour les jeunes filles. Sinon le CNDD perd son temps. La FONDIS par exemple qu’on traite de centre de formation, est lucratif. La mensualité est excessivement élevée et beaucoup de ces filles ne sont issues de familles aisées. C’est là tout le problème ».
Propos recueillis par
Lamine Soumah

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