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Kidnapping de Moise Sidibé, journaliste à L’Indépendant
2009-06-05 21:54:18 Enlevé en pleine nuit (depuis le 27 Mai dernier) à son domicile par des hommes se réclammant d’un membre de la junte au pouvoir, les faits ne semblent émouvoir que peu de personnes en Guinée; tellement c’est devenue une pratique encrée dans nos moeurs! Voilà une situation qui illustre bien notre culture du droit et de l'exercice du pouvoir public. Jusqu'à présent, on ne se rend pas compte, en Guinée, que seul le juge peut ordonner la mise aux arrêts d'un citoyen; et ce, sur la base de la conformité des faits qui lui sont exposés aux dispositions de la loi. On dirait qu'il n'y a pas de codes de procédure en Guinée. On croirait qu'il n'y a pas de professionnels de droit en Guinée. Et, malheureusement, les rédactions confortent cette culture de non droit en ramenant tout au chef de l'État et à sa clémence dans leurs écrits. Dans les points de presse de l'Indépendant sur la détention de son journaliste, il n'est fait référence d'aucune disposition de la loi qui permet de mettre en évidence la flagrance de la violation par la haute autorité de l'État des règles de droit en vigueur chez nous. Il le faudrait pourtant! Il faudrait que tout le monde sache: qui doit faire quoi? Et comment? C’est pour quoi on se donne des règles! Mais, en parcourant les productions des rédactions, on a l'impression que tout le monde s'accommode à la situation de l'homme/État de fait (c'est à dire ce que le président ne dit pas, ne doit pas exister) qui prévaut chez nous comme système de gouvernance. On a des lois et des institutions pour la forme. On passe outre à toutes les occasions dans l’indifférence générale et, on s’en étonne ensuite quand on devient directement visé par la dérive autoritaire. Depuis le kidnapping de ce pauvre bonhomme, combien de prises de position des partis politiques, des syndicats, des organisation socio-professionnelles (ordre des avocats, associations de journalistes et éditeurs de presse,...) a-t-on enregistré? C'est que personne ne considère cette situation comme suffisamment catastrophique pour se fendre d'une déclaration de prise de position. Et, rares sont les rédactions qui en font leur une, ne serait-ce que par principe. Il faudrait que ce soit toujours un acteur extérieur qui intervienne: ambassade des États Unis, Human Right Watch, etc. Nous attendons toujours tout de l’extérieur et, nous croyons fermement en notre souveraineté, notre “Indépendance”. Quelle espèce d’humains sommes-nous dévenus en Guinée? Ce sera toujours comme ça tant que la presse ne se professionnalise pas, tant que les rédactions ne propagent pas la culture démocratique, les valeurs morales et éthiques, les principes de droit et de la justice; en citant abandonment les textes et, en comparant les faits aux dispositions de la loi. Très peu de rédactions ont à porté de mains des journalistes un précis de droit, un recueil de lois organiques ou un code de procédures. Les articles publiés sont un ensemble de voeux pieux qui ne sont étayés par aucune citation d’un dispositif de la loi. Et, avec ça, on veut que le lecteur devienne citoyen d’office, qu’il sache réagir promptement à ce qu’il ne comprend pas. L’administrateur de L’Indépendant avait été gardé à vue pour avoir osé publier le fameux rapport d’audit de feu Hervé Vincent Bangoura, qui avait à son époque fait couler beaucoup d’encre et de salive (bien que n’ayant jamais prospéré devant une cour de justice). Le principal mis en cause dans ce rapport avait mis au défi tout guinéen capable de trouver quelque chose à reprocher à sa gestion quand il était aux commandes des affaires publiques. Jamais L’Indépendant n’a relevé le défi. Le pire est que cette personne sur laquelle pesaient de lourds soupçons de malversations s’était faite acclamer par “les représentants du peulple” (composés de la majorité mécanique du PUP) lorsqu’elle avait justifié à l’Assemblée Nationale l’interpellation du pauvre Administrateur de l’hebdomadaire. Et, c’est ainsi dans toutes les composantes de la société: on se souviendra des différents épisodes de bras de fer entre “pouvoir” et “oposition” dans les années 90 en Guinée. Le régime avait emprisonné tour à tour les principaux leaders de l’opposition pour - le plus souvents - des raisons fallacieuses, dans l’indifference quasi générale des autres leaders; qui n’y avaient jamais trouvé une occasion de dénoncer (par une déclaration ou un point de presse) la violation de la loi. C’est seulement quand Kiridi Bangoura avait voulu s’en prendre à Sidiya Touré que la classe politique s’est mobilisée pour barrer le chemin au jeune loup; et, ça avait marché. On a collé la paix à Sidiya et, c’est Baidy Aribot qui avait fait les frais de la dérive autoritaire pour avoir refuser de collaborer à la machination de complot. La Démocratie, l’État droit, …, se cultivent; ils ne sont pas innés. Il ne suffit pas d’avoir des textes, des institutions, des élections et des hommes pour que chacun adopte automatiquement un comportement démocratique ou respectueux des droits humains. Dans les salles rédactions, sur les murs des salles de classe des écoles et universités, dans les commissariats de police et les brigades de gendarmerie, dans les casernes, dans les bureaux, …, on devrait afficher des exemplaires à grand format de la Déclaration Universelle des Droit de l’Homme. Chaque fois qu’un préfet, un gouverneur, un ministre ou le président, … ordonne d’arrêter quelqu’un, que tout le monde se lève pour dire: non! Et ce, quelque soit ce que la personne aura fait. Il faut que ces autorités apprènnent à faire recours au juge (comme tous les justiciables) pour règler leur contentieux avec un tiers; que ce soit à titre privé et/ou dans le cadre de l’exercice de leur fonction. Cela se fait partout comme ça, sauf chez nous; où un simple garde chiourmes peut renvoyer un procureur de la République du PM3 ou le président de l’Assemblée Nationale venu s’enquérir de l’état d’un de ses collègues emprisonné à la prison centrale de Conakry. Tant que ces pratiques ne vont pas susciter l’indignation générale, nous n’irons nulle part en matière de développement et de progès économique et social. Saifoulaye DIALLO,
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