|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
3.500 tonnes de riz périmé sur le marchéA quoi joue le ministre de l’Environnement ?2009-06-10 14:26:31 Intrusion caractéristique ou interférence délibérée ? L’acte que vient de poser Papa Koly Kourouma sur le parterre de son homologue du Commerce n’a pas fini de susciter des interrogations. Et quand on sait que c’est le secrétaire d’Etat chargé des Services spéciaux qui avait la haute main sur cette affaire de riz périmé et que le ministre de l’Environnement et du Développement en vienne à décider de sa mise au marché, on n’en revient pas. Et pourtant c’est bien ce qui est arrivé. L’offre de denrées alimentaires aux consommateurs pose par ces temps une double problématique. D’une part, la difficile question d’accessibilité pour les bourses les plus faibles et certainement les plus nombreuses. D’autre part, c’est la qualité même de la plupart de ces denrées de première nécessité qui pose problème. Et c’est contre dernière équation que M. Younoussa Diakité, inspecteur en charge du contrôle de qualité au Gouvernorat de Conakry mène un combat solitaire depuis plus de deux mois. A cet effet, M. Diakité a saisi le Président du CNDD par trois courriers successifs pour lui faire part d’une cruelle réalité qui se passe au port de Conakry. En fait, des petits malins prennent encore un réel plaisir à importer des produits impropres à la consommation humaine qui, avec la complicité de certains cadres haut placés, se retrouvent sur les tables des consommateurs. Pourtant, comme le remarque M. Diakité, il y a depuis toujours un filet de sécurité tissé pour nous mettre à l’abri de réels risques que cela fait peser sur notre santé. Ainsi, dans les conditions d’une administration respectueuse de la normalité, quand un tiers importe des denrées périmées, pourries ou moisies, les services compétents procèdent à leur saisie pure et simple, sans recours à l’analyse. La loi L94 instituant le service national de contrôle de qualité est on ne peut plus claire là-dessus. Une certaine pédagogie voudrait que l’importateur soit convoqué pour lui faire admettre que la population a droit à une alimentation saine et propre. Ce qui voudrait dire que le commerce doit impérativement obéir à des règles que nul ne doit enfreindre au risque de passer sous le coup de la loi en vigueur. De ce point de vue, si un produit ne comporte ni date de fabrication ou d’expiration, il n’y a même pas lieu de passer ses échantillons au laboratoire d’analyse. Ainsi, il est non seulement saisi automatiquement, mais le contrevenant est frappé d’une amende conséquente. Au final, dans l’esprit et la lettre des règles commerciales internationales, le produit incriminé est détruit ou simplement renvoyé à son origine. Mais, à ce qui se voit, on est loin de l’observation de ces mesures élémentaires de salubrité publique dans notre pays. Et les cas d’entorse sont légion par ces temps de crise ou le laisser faire semble l’emporter sur tout. C'est le cas de 21.000 tonnes de sucre que la société Tafagui a récemment importé du Brésil et qui ne portait aucune mention sur sa production et sa date d’expiration. Face à ce problème, M. Diakité dépêché sur les lieux pour inspection, a conclu à trois hypothèses possibles. « Soit le sucre est périmé depuis l’origine, soit c’est un produit ayant été stocké à l’usine pour fait de mévente, soit, c’est du sucre produit en dehors des normes réglementaires ». Mais toujours est-il que dans ce cas de figure, le fabricant n’est pas engagé et c’est à l’importateur qu’il revient de rendre compte. Quoi qu'il en soit, entre les documents détenus par le fournisseur et les conclusions de l’analyse du laboratoire, la différence était trop nette. Ce qui n’a pourtant pas empêché le colonel de gendarmerie en poste au port de libérer la troisième cargaison et le processus a été bloqué. On ne sait pas trop ce qui a inspiré cette décision, mais il est certain que c’est au risque et péril de pauvres consommateurs que nous sommes. Malgré les limites que l’on doit lui concéder notre laboratoire a décelé une teneur de 90% de sucre dans cette cargaison qui se retrouvera dans nos verres et bols de bouillie. Mais derrière ce problème de sucre, c’est un problème de riz périmé qui survient dans quasiment les mêmes conditions. La Safricom a aussi généreusement importé 3.500 tonnes de ce riz dont nul ne devrait retrouver un échantillon dans son assiette. Précisons que c’est sur l’ordre du secrétaire d’Etat à la présidence en charge des Services spéciaux, que ce stock avait été saisi et consigné. Au demeurant, ce cas d’espèce avait suscité une levée de boucliers au sein de l’Union pour la défense de consommateurs. Et tenez vous bien, à la fin, c’est le ministre de l’Environnement qui a délivré l’autorisation de rendre ce riz à la consommation sans que l’on sache trop pourquoi et à quel titre. Mais à l’évidence, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y avait une personnalité sur ce dossier et mieux, il y a bel et bien un ministre du Commerce dans ce pays. De toutes les façons, Papa Koly Kourouma signe ainsi un acte d’interférence notoire qui n’est pas de nature à cimenter la solidarité gouvernementale. Dire alors que c’est le ministre de l’Environnement qui a autorisé la mise sur le marché d’un riz périmé, il y a problème. Pourtant, ce ne sont pas les chantiers qui lui manquent. De l’aménagement et de la surveillance de dépotoirs, la pollution des nappes phréatiques et de la mer, en passant par toutes ces nuisances urbaines (excusez du peu), Papa Koly Kourouma avait bien du grain à moudre. Pour ne pas dépasser les limites de ses prérogatives et contribuer à polluer notre alimentation. Lamine Soumah
0 commentaire(s) || Écrire un commentaire |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||