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La diplomatie selon Dadis


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Dadis Camara

2009-06-16 23:18:57

Le 9 juin dernier, pour l’admirer dans ses monologues, Dadis avait convié à la RTG Koloma, la classe politique, les représentations diplomatiques et autres agents folkloriques spécialisés dans la cohue et la huée.

Il déclare qu’il a accepté le chronogramme des forces vives fixant les élections en décembre 2009 sans avoir consulté les membres du gouvernement, les Guinéens de l’intérieur et de l’extérieur et trouve très court les quatre mois restant avant cette échéance.

Son Directeur de presse, le capitaine Mandjou Diabaté demande par conséquent qu’on trouve un nouveau chronogramme pour la transition.

C’est dans ce cadre que Karl Fritz l’ambassadeur d’Allemagne, s’exprimant au nom de l’Union européenne  a posé  la question suivante : « vous avez dit que vous ne serez pas candidat pour les élections en 2009, est-ce que ça veut dire que vous pourrez être candidat en 2010 ? ».

Et Dadis de rentrer dans une ire. Presque hystérique, il s’emporte : «Ne me parlez pas comme ça. Je suis président de la république. Si, aujourd'hui, je me rends en Allemagne, c'est votre chancelière qui va me recevoir. Respectez mon statut. Ne me prenez pas pour votre gamin. C’est une immixtion dans nos affaires intérieures. Je ne suis pas votre égal ! Je suis le président de la République. J’ai du respect pour vous. Allez-y vous asseoir. »

Ce qui est encore plus regrettable que cette crise de nerfs, c’est d’entendre un ancien premier ministre qui n’a pas rempli sa feuille de route, et qui a passé toute sa carrière dans la diplomatie tenir ces propos : « Par rapport aux propos de l'ambassadeur Allemand, son excellence Karl Fritz... Vous savez le diplomate doit avoir quand même un langage convenu. Mais il y a ce que les anglo-saxons appellent (....), 'les missiles qu'on ne peut pas guider' et que certains ont ce tempérament. Je crois que le président Dadis a fait l'observation. Je souhaite que cela ne crée aucun problème entre l'ambassadeur et nous, il n'y a pas de raison. On a besoin de l’Allemagne en tant qu'Allemagne. On a besoin de l'Allemagne en tant que président en Guinée de l'Union Européenne. Je crois que c'était une parenthèse qui est rapidement clause et il faut continuer ».

Si en Guinée Dadis peut se permettre de se substituer au peuple sans son avis, suspendre ou modifier les lois à sa guise, il n’a pas cette latitude dans la Cour des Nations régie par des règles qu’il doit respecter.

Lui, ses conseillers et ce diplomate ont-ils entendu parler de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961 ? Savent-ils ce que représente un Ambassadeur ?

Eh bien l’Ambassadeur est le chef d’une mission diplomatique. Il représente son Etat dans le pays où il est accrédité (accréditaire). Alors, là Dadis, l’Ambassadeur représente valablement les chefs de l’exécutif allemand et ceux de l’Union européenne.

Sans rentrer dans les complexes de celui qui ne cesse d’utiliser les expressions supérieurs ou inférieurs dans tous ses discours, il faut lui faire savoir que l’Allemagne peut très bien ne pas le reconnaître, lui Dadis comme président de la Guinée car personne ne l’a élu.

Quel est le rôle d’une mission diplomatique ?

L’article 3 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques dispose que les fonctions d’une mission diplomatique consistent notamment à :

  1. Représenter l’Etat accréditant auprès de l’Etat accréditaire
  2. Protéger dans l’Etat accréditaire les intérêts de l’Etat accréditant et de ses ressortissants, dans les limites admises par le droit international
  3. Négocier avec le gouvernement de l’Etat accréditaire
  4. S’informer par tous les moyens licites des conditions et de l’évolution des évènements dans l’Etat accréditaire et de faire des rapports à ce sujet au gouvernement de l’Etat accréditant
  5. Promouvoir des relations amicales et développer des relations économiques culturelles et scientifiques entre l’Etat accréditant et l’Etat accréditaire

S’il est vrai que la Convention pose le principe de la non immixtion dans les affaires intérieures (art 41) en quoi la question du diplomate allemand constitue-t-elle une ingérence dans les affaires intérieures de la Guinée?
Poser une telle question n’est-ce pas le moyen le plus simple et le plus licite qui soit pour s’enquérir de la situation dans le pays accréditaire, ce que lui reconnaît l’article 3 ? D’autant que l’Union européenne est l’un des principaux financiers du processus électoral.

La Convention confère aux diplomates des privilèges et immunités qui engagent l’Etat accréditaire à les traiter avec respect et dignité et à ne pas porter atteinte à leurs personnes, à la valise diplomatique, à leurs communications etc.

La Cour internationale de Justice, dans l’ordonnance qu’elle a rendue dans l’affaire du Personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis d’Amérique à Téhéran en 1979 avait ainsi décidé « si aucun Etat n’a l’obligation d’entretenir des relations diplomatiques ou consulaires avec un autre Etat, il ne saurait manquer de reconnaître les obligations impératives qu’elles comportent et qui sont maintenant codifiées dans la Convention de Vienne de 1961 et 1963 » (1963 c’est la Convention de Vienne sur les relations consulaires).

« Considérant que, dans la conduite des relations entre Etats, il n’est pas d’exigence plus fondamentale que celle de l’inviolabilité des diplomates et des ambassades et que c’est ainsi que, au long de l’histoire, des nations de toutes croyances et toutes cultures ont observé des obligations réciproques à cet effet, et que les obligations ainsi assumées pour garantir en particulier la sécurité personnelle des diplomates et leurs exemptions de toute poursuite ne comportent aucune restriction et sont inhérentes à leur caractère représentatif et à leur fonction diplomatique ».

Le droit de légation d’un Etat (envoyer des représentants = légation active, ou d’en recevoir =légation passive) a été transposé au niveau des organisations internationales. En l’espèce, l’Ambassadeur allemand, ne s’exprimait pas seulement au nom de l’Etat qui l’a accrédité, mais au nom d’une organisation internationale, l’Union européenne qui compte 27 membres.

Dans le cas des ces organisations internationales, l’Etat de siège d’une organisation, ne peut pas refuser  sur son territoire des missions accréditées auprès de cette organisation, même si il n’entretient pas de bonnes relations avec les Etats qui ont accrédité ces missions auprès de l’organisation en question.

Tout ceci pour montrer l’importance de la connaissance des règles diplomatiques dans les relations entre Etats.
Mais heureusement pour Dadis, l’incident diplomatique a été évité de justesse.

Ouf, on a évité l’incident diplomatique

Le traitement réservé à une représentation diplomatique peut servir de baromètre pour évaluer les bonnes ou mauvaises relations entre Etats. Ainsi la convocation, le rappel ou l’expulsion d’un diplomate ou d’un chef de mission peut être le prélude d’une rupture des relations diplomatiques.

Dadis, ignorant le sens de la fonction d’ambassadeur et qui considère que celui de l’Allemagne n’est pas son égal devra tourner sa langue sept fois afin d’éviter de sortir d’autres bourdes diplomatiques dans l’avenir.

L’ambassadeur lui a qualifié l’incident de malentendu. Il est vrai qu’on peut interpréter l’attitude de Dadis comme une forme d’excuse. En effet, le lendemain de ce rabrouement, Dadis a reçu le diplomate venu avec les membres du Bundestag (la chambre basse du parlement allemand). Dadis était habillé de vêtement de marque allemande, et il n’a eu de cesse de vanter les mérites de l’enseignement qu’il a reçu au pays de Goethe dans les années 1990 et 2000. J’ignore si Dadis sait que l’Allemagne a une très grande réputation en ce qui concerne la discipline, a-t-il omis cette option ?

Dadis a de surcroît demandé aux députés allemands d’encourager leurs compatriotes à investir en Guinée.

Apparemment les soucis de souveraineté ne font surface que lorsqu’ on fait allusion à l’expression de la souveraineté du peuple de Guinée. Cela n’empêche pas de tendre la main.

Même s’il est resté très diplomatique, le ton et le souci de l’ambassadeur n’ont pas varié d’un iota : « moi je lui ai assuré ma loyauté et ma disponibilité au nom de l’Allemagne et de l’Union européenne à soutenir la transition en 2009 ».

Les dérobades de Dadis sur les élections

La question qui provoque le courroux du chef de la junte porte essentiellement sur l’organisation des élections en décembre 2009.

On se rappelle qu’en début avril Dadis avait accepté le chronogramme proposé par les forces vives et a adressé des lettres en ce sens à la CEDEAO, l’Union africaine et au groupe de contact.

Dadis qui affirme à tout va qu’il ne craint personne et qui abusivement utilise le mot peuple qui ne s’est jamais exprimé pour appuyer ses désirs, s’était déjà donné des semaines et des semaines de réflexion avant d’accepter ce calendrier électoral. Personne ne l’a ligoté.

Grand mal lui pris sans doute d’avoir librement endossé ce chronogramme. Depuis lors, il ne cesse de chercher les prétextes pour revenir sur cette décision, lui qui se vante partout, sur tous les téléobjectifs qu’il est bien éduqué, qu’il respecte la parole donnée.

Eh bien, depuis quelques temps, il ne dit plus que c’est lui qui a accepté le chronogramme, mais que ce sont les forces vives qui ont proposé ce chronogramme. Alors au lieu d’avouer qu’il n’a aucune envie de respecter ses engagements, pourquoi il demande un nouveau chronogramme aux forces vives après avoir tout fait pour faire traîner le processus électoral ?

La part que le gouvernement doit allouer à la CENI n’est toujours pas versée. Dadis préfère exhiber aux caméras des liasses de plusieurs millions de francs guinéens qui sont entassées dans sa chambre à coucher au camp Alpha Yaya (voir entretien de Dadis avec Africable), marquant ainsi sa défiance du système bancaire du pays, après pourtant avoir obligé tous les cambistes à s’acquitter de 50 millions de FG pour leur faire respecter et appliquer les règles bancaires.

Le CNT n’est toujours pas établi.

Au contraire, le CNDD a trouvé une condition sine qua non avant l’organisation de toute consultation du peuple au nom de qui il ose s’exprimer sans son aval. C’est doter le pays d’eau et d’électricité, ce qui lui manque depuis 1958 et qu’il n’est toujours pas arrivé à résoudre en cinquante ans. Donc avec Dadis, il y a des fortes chances qu’il n’y ait pas du tout d’élections avant les cinquante prochaines années.

Pire, l’état major s’en mêle et fait peser le spectre de l’apocalypse au cas où les consultations sont faites en 2009. Il prédit le pire au pays, en oubliant qu’ils sont les seuls armés. Pour lui il n’y a pas d’autre salut que de faire les élections en 2010. C’est à se demander pourquoi une différence délibérément entretenue de quelques semaines ou mois de plus peut faire éviter ce pire que cette soldatesque nous souhaite ? Auront-ils résolu le problème d’eau et d’électricité, et est-ce ce qui va ainsi empêcher le pire ? Il faut qu’elle soit plus claire dans ses allusions macabres.

Encore mieux, Dadis se voit déjà messie « je ne suis pas assoiffé de pouvoir. Je m’identifie aux quatre régions naturelles. Le peuple de Guinée est avec moi. Je suis le seul qui peux trouver une solution à la situation actuelle. Je ne sais pas pour qui voter en 2009 si les élections ont lieu. Je n’ai pas besoin de diplômes ».

Avec de tels propos, la messe est déjà dite. Ceci dit, le fait d’organiser les élections à une date ultérieure à décembre revient pour Dadis à trahir ses propres déclarations. Il se dédirait par conséquent. Donc l’astuce de 2010 n’est pas très élaborée. Dire qu’il n’est pas candidat en 2009, mais peut l’être en 2010 n’est qu’un jeu de dupe. Et si c’est parce qu’il ne sait pas pour qui voter, qu’à cela ne tienne, qu’il s’abstienne.

Il devient plus qu’urgent d’organiser des élections et surtout de faire en sorte que les soldats soient tenus à l’écart de l’organisation. C’est une CENI indépendante et non inféodée à Dadis qui doit tout organiser, avec s’il le faut la supervision des experts internationaux comme ceux de l’Union européenne, de l’Organisation des Etats américains, des Béninois, Sud africains, Capverdiens etc.

Une des conditions pour se présenter est de fournir un certificat médical récent attestant qu’on est physiquement et surtout mentalement apte à diriger le pays.

Hassatou Baldé


 

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VOS COMMENTAIRES

Baldet Mamadou/New York17/06/2009 07:46:08
Votre texte est tres instructif; la recherche est approfondie et l'analyse irreprochable. Bon courage madame.
Inconnu17/06/2009 08:11:42
Grand merci pour tout cet éclairage sur la diplomatie, qui nous enseigne vraiment. J'ai fait du copier-coller pour enrichir ma bibliothèque. Nous attendons les prochains articles.
PS: si vous êtes encore célibataire...