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2009-06-18 06:49:48
Tous les pays ont leur particularité ou cette part qui les caractérise et que leur peuple vante ou regrette. Notre pays semble non seulement avoir sa particularité, mais bien plus, sa singularité : faire regretter le passé au détriment du présent. L’Histoire de la nation nous donne, hélas, quelques exemples.
Après 24 ans de règne, Sékou Touré mourrait de sa belle mort en 1984. Le peuple de Guinée crut à la fin du cauchemar et de la tyrannie comme mode de pouvoir. Surgit de nulle part, une équipe de militaires se dénommant Comité Militaire de Redressement National (CMRN) prenait le pouvoir. Un certain colonel Lansana Conté qui était à la tête de la junte proclama, par la voix de son porte- parole, sa volonté de restaurer l’Etat de droit et de partir dans les six mois. Un nouvel espoir, le seul qui fut après l’indépendance, naissait avec la fin présumée du Parti Démocratique de Guinée (PDG).
Le CMRN ne fit rêver que durant un an car en juillet 1985 « le coup Diarra » instaura la division et fit voler tout espoir aux éclats. Une nouvelle dictature pris la place et se conforta par deux élections dites pluralistes dont la particularité fut de réduire ce pluriel au singulier : un seul candidat parmi les autres organisait et réussissait « les élections. Plutôt, le plébiscite ! Après le premier mandat tant bien que mal rempli, une présidence à vie sera instaurée de fait avec l’aval de l’Assemblée Nationale. Auparavant, les principaux opposants seront arrêtés et emprisonnés sans raison.
Après des dérives innombrables, le peuple, sous la bannière des forces syndicales et de la société civile guinéenne, se leva en mars 2006 et en janvier- février 2007 pour dire stop à la dictature, la gabegie, le clientélisme et toutes les formes de corruption. Le pouvoir vacilla et céda du leste, mais se maintient grâce à l’armée.
Le 22 décembre 2008, Lansana Conté, à l’image de son prédécesseur mourut de sa belle mort. Comme en 1984, un groupe d’hommes armés pris le pouvoir sur la dépouille encore brûlante du défunt Général- Président. Une fois de plus, notre vaillante armée attend la mort du dictateur pour se montrer glorieuse. Preuve que chez nous, « à vaincre sans gloire, on triomphe avec honneur. » C’est le contraire de tout acte de vaillance et de courage, mais qui fonde encore notre particularité.
Il reste que l’équipe armée qui prit le pouvoir le jour de la mort du Général se dénomme Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Ce Conseil annonça dès le lendemain son engagement de restaurer, à son tour, l’Etat de droit et de rendre le pouvoir à un président civil démocratiquement élu. A nouveau, le peuple se mit à rêver. Sans prendre précaution, il crut à la voix fluette du jeune capitaine qu’il entendait sur les ondes de la radio Télévision Guinéenne.
Des actes seront très vite posés comme la nomination d’un premier ministre. Le peuple se conforta dans son espoir. Cependant, les plus avisés ne perdirent pas de vue que ce premier ministre a trouvé des ministres qu’il n’a ni désigné ni nommé. Les limites de ses pouvoirs sautant aux yeux, il est inutile d’insister là- dessus.
D’autres actes ne tardent pas à suivre pour conforter l’illusion du changement. Ce sont entre autres, les multiples rencontres entre le CNDD, les partis politiques, les organisations syndicales et de la société civile, les coordinations régionales et religieuses regroupées au sein des forces vives. Tout cela en présence du Groupe International de Contact sur la Guinée (GIC- G). Lors de ces différentes rencontres qui ont eu lieu les 16 et 17 février ; 16 mars ; 4 et 5 mai 2009 devant le Groupe de Contact le Capitaine Moussa Dadis a réitéré l’engagement du CNDD d’organiser les élections législatives et présidentielles en décembre 2009. En tant que président du CNDD, il a fermement indiqué qu’aucun membre du gouvernement et du CNDD, y compris lui- même, ne se présentera aux élections.
Qu’observe- t- on cependant ? En dépit des engagements, les dérives du pouvoir inquiète plus d’un. La Capitaine Dadis semble être abandonné à lui- même. Du moins, se donne- t- il le droit de tout dire et faire sous le simple prétexte qu’il est président. D’humiliations de ses confrères et aînés du CNDD, aux expropriations de biens privés, aux menaces, y compris à des hommes de la presse et des médias en passant par les injures, les violences verbales, les arrestations arbitraires, les jugements extra- judiciaires, les dérives diplomatiques et autres excès de langage, Moussa DADIS a réussi ce que ses prédécesseurs ont mis du temps à réaliser.
En effet, les dérives du PDG sont consécutives au huitième congrès de Foulaya (Kindia) de 1967 qui enfanta le Secrétaire Général du Parti et la Révolution Culturelle Socialiste d’août 1968. On pourrait dire que les signes précurseurs se sont manifestés avec le complot des commerçants (1959) et des enseignants (1961). Mais le paroxysme atteint par Dadis en si peu de mois est comparable à la dérive dictatoriale que Sékou Touré n’a atteint qu’après dix ans de pouvoir. Quant à Lansana Conté, c’est son « N’Fatara » (j’ai bien fait) de juillet 1985 qui serait similaire à ce que fait Dadis actuellement. Autant dire que le jeune capitaine guinéen n’a pas perdu du temps à transformer ses admirateurs en déçus ; ses amis en adversaires et les espoirs du peuple en cauchemar !
Moussa Dadis, on le voit bien, est en train de réussir en six mois ceux que Sékou Touré et Lansana Conté ont mis des années à atteindre. Il ne m’en souvienne pas que l’un et l’autre, dans leur excès ou dictature aient verbalement attaqué un diplomate. Bien au contraire, ils avaient la finesse d’user des diplomates pour assouvir leur besoin de pouvoir. « L’impérialisme » dénoncé par Sékou Touré, par exemple, n’a jamais visé un diplomate particulier qui représenterait l’impérialisme occidental.
D’autre part, le chronogramme est piétiné par le CNDD. Les efforts des partis politiques et de l’ensemble des forces vives ne semblent pas venir à bout de la décision, qui n’est plus voilée de Dadis, de non seulement se maintenir au pouvoir, mais aussi de se présenter aux élections qu’il reporte sine die. On ne pourrait nier que les porte- parole des forces vives usent de tact, de la mesure et de la sagesse pour raisonner Dadis. Mais, rien n’y fait !
Ce qui est paradoxal, c’est le fait que certains membres du CNDD seraient très (sinon, assez) compréhensibles. Tel serait le cas du Ministre de la Défense, Sékouba Konaté. On se demande alors, comment laisserait- il Dadis accumuler les bévues ; compromettre tant son avenir politique et au- delà ? Le Capitaine serait- il imbu de sa personne à tel point qu’il n’écouterait que lui- même. Serait- il si avide de pouvoir au point de n’avoir d’oreilles que pour les faiseurs de dictateurs qui l’applaudissent alors que ses actes feraient gémir ses amis ? Croirait- il que ceux qui ont côtoyé Lansana Conté pour leurs fins égoïstes seraient ses vrais amis et le peuple son ennemi ? Penserait- il, tout simplement, que son pouvoir est divin, comme tentent de le faire croire les organisateurs de Mamayas ? Ne s’apercevrait- il pas que les temps ont changé ? Que les générations n’ont plus peur d’affronter, s’il le fallait, les pouvoirs ?
Le Capitaine Dadis s’enfermerait- il définitivement dans la tour d’ivoire du pouvoir qui fait oublier le caractère de l’humain ? Pour toute réponse, invitons le CNDD et son Président à méditer ces sages paroles d’Amadou Hampaté Bâ, grand érudit africain, dans Kaïdara, le lointain et bien proche Kaïdara:
« Comme la mort ne peut épuiser l’âme, un seul chef ne finira pas les jours de l’Eternité. Si courts ou si longs qu’ils soient, il faut bien remplir ses jours (en bien) et partir sans regret de cette terre qui, tout en roulant sur elle- même, roule ceux qui veulent la dominer. » Edition Pocket, P.316
Donc, en Guinée aussi tout espoir est permis ! Les tumultes d’un pouvoir qui qu’il soit, la force d’un homme si puissant soit- il, n’arriveront jamais à bout d’un peuple. Au cas contraire, le CNDD ne remplacerait pas Conté qui, lui- même, n’aurait pas pris la place de Sékou.
La raison est simple, l’infinitude appartient au temps et au Tout puissant ! Que le CNDD se calme et fasse en sorte que le début ne ressemble pas à la fin. Que son président se ressaisisse, non seulement pour son bien personnel, mais aussi pour le devenir de la nation et du peuple de Guinée qui l’a enfanté, éduqué et l’appelle aujourd’hui président ! Je veux dire, il n’est rien sans celui- ci !
Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.fr