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Union des jeunes de Guinée: déclaration no 18

L’heure du choix


Notre Guinée se trouve à la croisée des chemins. Après le décès du Général Lansana Conté le 22/12/08, l’espoir était immense au sein de la population guinéenne de voir aboutir enfin le changement démocratique réprimé dans le sang en janvier-février 2007 par les forces de défense et de sécurité. Les promesses faites par le Président du CNDD le capitaine Moussa Dadis Camara ont rassuré les Guinéens qui lui ont apporté leur soutien.
En effet, le CNDD avait convié les Forces Vives du pays à une rencontre le 27/12/08 au camp Alpha Yaya Diallo où le capitaine Moussa Dadis avait tenu les propos suivants :

« Nous ne sommes pas des assoiffés de pouvoir. Nous pouvons rendre le pouvoir dans 3 mois ou 6 mois…Retrouvez vous et faites nous des propositions ».

Cette déclaration fut reprise en boucle par les grandes radios internationales comme RFI, BBC et la presse guinéenne. Cette déclaration rassura également l’ensemble de la classe politique et de la société civile réunie ce jour au camp sur la volonté du CNDD de ne pas s’accrocher au pouvoir et qu’enfin nous avons des militaires patriotes capables de mettre le pays sur la voie de la démocratie.

Sur la base de l’appel du CNDD, les partis politiques proposèrent le 4 janvier 2009 une feuille de route de la transition axée sur une durée de 12 mois avec la création d’un organe de gestion de la transition le CNT et la tenue des élections législatives et présidentielles à fin Décembre 2009. La communauté internationale, qui exigeait le retour immédiat à l’ordre constitutionnel se ralliera finalement à cette position de la classe politique guinéenne.

Malheureusement, force est de reconnaître aujourd’hui que le CNDD et son Président sont sur le chemin de la remise en cause de tous leurs engagements liés à cette transition en empêchant la mise en œuvre dudit chronogramme.
Le CNT n’a toujours pas vu le jour contrairement aux engagements pris à l’Union Européenne à Bruxelles de la mettre en place courant mai 2009. La CENI qui est sous l’autorité du Président du CNDD n’a reçu aucun financement du gouvernement mettant ainsi un frein au processus d’enrôlement des électeurs. Les activités des Partis Politiques sont entravées, leurs passages à la télévision et radio nationales interdits de facto etc..

Il est bien clair que le CNDD et son Président dans ces conditions n’ont aucune volonté politique pour organiser les élections en 2009. Ils bloquent tous le processus conduisant aux élections et comble de l’ironie et du mépris pour les Guinéens demandent aux Forces Vives de prendre la lourde responsabilité devant l’opinion nationale et internationale du report des élections. C’est une honte nationale pour nous tous que la Guinée Bissau soit capable d’organiser des élections en moins de 6 mois malgré toutes leurs difficultés et que nous sous des prétextes fallacieux qu’on reconnaisse publiquement notre incapacité d’en organiser en 12 mois.
Nous sommes devant un refus obstiné du CNDD et son Président de permettre aux populations de choisir librement leurs dirigeants a travers des élections pluralistes, transparentes et crédibles depuis 50 ans.

L’insurrection populaire de Janvier-Février 2007 était claire : le changement démocratique.
Les gouvernements respectifs de Lansana Kouyaté et de Ahmed Tidiane Souaré  n’en n’ont pas tenu compte.  Les élections législatives prévues initialement pour Juin 2007 ont été délibérément retardé à travers des reports successifs jusqu'à la mort du Général Lansana Conté le 22/12/09 et la prise du pouvoir par le CNDD.

Aujourd’hui le CNDD tente de détourner l’attention du public sur l’enjeu véritable de la transition qui consiste à organiser les élections en faisant croire qu’il doit d’abord résoudre des problèmes structurels comme la reforme de l’Etat, pallier au manque d’infrastructures et résoudre les problèmes emblématiques que sont la fourniture de l’eau, du courant et des denrées alimentaires. Ce qui est une manière « d’endormir la conscience du peuple » pour emprunter une expression favorite du capitaine Moussa Dadis Camara.

Il faut dès maintenant mettre fin à l’exception guinéenne. Il est inacceptable que nos dirigeants refusent systématiquement toute ouverture politique susceptible de changer positivement et  durablement les conditions de vie des Guinéens. Car en définitive, c’est l’immense majorité des guinéens qui souffre. Depuis 50 ans les dirigeants guinéens et leurs proches ont toujours eu du courant, de l’eau et de toutes les commodités matérielles de la vie aux frais des contribuables. Ils roulent dans des 4x4 sur les routes défoncées de Guinée, voyagent en 1ere classe et nous endettent pour satisfaire leur boulimie de consommation. L’encours de notre dette extérieure avoisine les 3,4 milliards de dollars US. Ils refusent de promouvoir l’état de droit et la bonne gouvernance conditions posées par la communauté des bailleurs de fonds pour annuler notre dette de 2,4 milliards de dollar us et nous financer nos projets d’infrastructures, de soins de sante, d’éducation et l’aide budgétaire nécessaire pour le pays.

Comme les régimes précédents, le CNDD refuse à son tour d’alléger le fardeau des Guinéens en s’engageant sur la voie de l’état de droit. Le CNDD nous maintient dans un état d’exception afin de continuer à jouir des délices du pouvoir confirmant de nouveau le diagnostique fait par le General Lansana Conté dans son discours-programme du 22 décembre 1985 ; ‘Au départ, un groupe d’hommes se rend maîtres du pays et des richesses de son sous-sol ; l’or, les diamants, la bauxite pillés directement ou par compagnies minières interposées. Alors que ces hommes vivent dans l’opulence, le pays est laissé à l’abandon. Les discours détournent la population des réalités’. – le train de vie et les comportements des membres du CNDD en est une illustration-

Pour permettre à notre pays d’amorcer une nouvelle ère de changement démocratique et  d’assurer son développement, l’Union des Jeunes de Guinée adresse au CNDD et au Forum des Forces Vives de la nation les propositions suivantes ;

  1. De la levée de la suspension de la constitution ;

Le CNT aurait du être mise en place depuis janvier 2009, nous ne pouvons nous offrir le luxe de continuer les disputes calculées sur son statut d’organe législatif ou consultatif, sur la représentativité de ses membres. La sagesse et le bon sens nous commandent de lever la suspension de la loi fondamentale pour aller sereinement sans tarder aux élections en modifiant l’article 24 pour ramener la durée du mandat de 7 a 5 ans renouvelable une seule fois.
Toutefois, la révision de nos textes constitutionnels ne sera que reportée afin de permettre à des élus de la République d’engager le nécessaire débat national sur nos institutions. En effet, tous les candidats à l’élection présidentielle devront s’engager formellement devant le peuple de Guinée de créer, en concertation avec l’assemblée nationale dès le mois qui suivra leur élection, des commissions chargées de réfléchir et de proposer au referendum une nouvelle loi fondamentale au pays conforme à nos idéaux et valeurs démocratiques.

Quelque soit les critiques dressées contre notre loi fondamentale présentement suspendue,  il faut reconnaître notre responsabilité collective de ne l’avoir pas défendue, car malgré tout elle garantit nos libertés, devoirs et droits fondamentaux en ses articles 5 et suivants. Ses dispositions ont été maintes fois violées sans réaction vigoureuse de l’ensemble de la société ; les partis politiques, les syndicats, la société civile, l’armée, l’assemblée nationale et la cour suprême n’ont pas exige du Général Lansana Conté le respect strict de la constitution.
Tenons par exemple l’engouement en faveur des audits, notre révolte légitime contre les détournements des deniers publics, la corruption endémique dans nos administrations, mais ni les partis politiques particulièrement ceux qui ont siégés à l’assemblée nationale depuis 1995, ni les syndicats, ni la société civile n’ont exigé le respect par la Cour Suprême  de l’une de ses missions qui consiste au contrôle administratif des comptes des administrations publiques, de la gestion financière et comptable des établissements publics, des sociétés nationales, des sociétés d’économie mixte et des personnes morales de droit privé bénéficiant de l’aide de l’Etat. A ce titre, elle établit annuellement un rapport public au Président de la République dans lequel elle signale les irrégularités constatées et proposent des reformes. Ainsi donc, le chapitre 3 de la Cour Suprême en matière de comptabilité publique en ses articles 118 et suivants n’a jamais été appliqué au vu et au su de tout le monde. Cette loi fondamentale prévoit même une Haute Cour de Justice pour juger le Président de la République en cas de haute trahison et les membres du gouvernement pour les crimes et les délits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

  1. De la supervision internationale des élections ;

La CENI a montré ses limites. Son fonctionnement opaque symbolisé par le manque de transparence dans sa gestion financière notamment. Sinon comment expliquer que les operateurs de saisie, les membres des CARLE aient jusqu'à cinq mois d’arriérés de salaire au point que certains parmi eux ont bloqué du matériel électoral.

Nous demandons que ces élections soient supervisées par l’ONU/GIC-Guinée pour donner une garantie de transparence dans le déroulement de l’ensemble du processus électoral comme au Congo Kinshasa par exemple.

Maintenant, nous avons le choix collectivement de sortir rapidement de cette crise en prenant des décisions courageuses pour organiser effectivement ces élections à fin Décembre 2009 ou bien nous engager comme par le passé sur le chemin des reports successifs source d’instabilité politique et surtout de sanctions de la communauté internationale dont nous avons cruellement besoin du soutien pour nous sortir du cercle de violences et de pauvreté que nous connaissons depuis 50 ans.
 

Conakry, le 24 Juin 2009                     

 « Ceux qui luttent sont ceux qui vivent »


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

teleza25/06/2009 17:19:48
Salut Guineepress.info nous avons besoin du contact de l"Union des jeunes de Guinée...Merci et Bien a vous pour vos differentes interventions sur la situation ki prevot en Guinee.

Telezaz depuis conakry.