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Dix questions au leader Baadikko de l'UFD


Mamadou Bah Baadikko prési de l'UFD (Union des forces démocratiques) nous a rendu une visite de courtoisie la semaine passée. Nous en avons profité pour parler de la situation politique au pays d'El Dadis.

Le Lynx : M. Bah vous êtes, président de l'UFD, on est en plein dans une transition que d'aucuns considèrent traînante… 

Baadikko : Je crois qu'il y a plusieurs choses à dire. Ce sont les autorités militaires qui ont pris le pouvoir, qui ont elles-mêmes annoncé qu'on entrait dans une transition. Le CNDD est apparemment le seul maître de la transition. Nous n'avons aucune institution aujourd'hui, même paritaire dans le consensus, dans la concertation. Le CNDD est le seul juge. Pour nous, l'important est l'issue positive de cette transition, mais nous ne comprenons pas très bien où nous allons. 

Le Secrétaire permanent du CNDD a dit que le CNT (Conseil national de la Transition) ne peut être qu'un instrument de travail du CNDD, placé sous le contrôle du secrétariat permanent. Est-ce l'idéal?

Je suis vraiment désolé de le dire, c'est nous les partis politiques qui en janvier 2009, devant cette situation de pouvoir absolu du CNDD, qui avions sollicité qu'il y ait un organe à caractère législatif. Certains ont dit consultatif, chargé de se pencher sur les lois et chargé d'établir un pont entre l'Exécutif qui est le CNDD et son gouvernement et le reste des Forces vives. Le CNT avait donc le rôle de pont et d'organe de contrôle de l'action gouvernementale. On a répété plusieurs fois au cours de nos réunions que le CNDD avait la totalité des pouvoirs. Sa décision du terme, le contenu qu'on donne au CNT n'est donc pas le même que celui des partis politiques. Et six mois après notre proposition, il y a un décret qui n'est jamais entré en application. Nous nous demandons aujourd'hui comment ça se passe. Le calendrier électoral doit être révisé. Dans la perspective des élections législatives prochaines, nous estimons que tel que les choses se passent, ce CNT n'a pas sa raison d'être.

Le secrétariat permanent est l'outil politique du CNDD. Est-ce que vous êtes satisfait de sa façon de réagir par rapport à cette transition?

Nous, nous sommes désolés! Être satisfait ou non de ce que fait un organe du CNDD, c'est le CNDD qui a défini ses fonctions. Ce n'est pas nous. Nous sommes amenés de temps en temps à dialoguer avec lui. Mais ce que nous retenons, c'est qu'en même temps qu'il affirme être ouvert au dialogue, à la concertation, il répète qu'il détient la totalité des pouvoirs. Il a l'exclusivité des décisions du pouvoir, il n'a pas l'intention de partager ces prérogatives avec qui que ce soit.

Le Capitaine Dadis a souvent dit qu'il a signé le chronogramme sous contrainte des forces vives qui ont profité de la présence du groupe de contact international pour l'amener à le faire…

Moi, je suis désolé. je prends le Président de la République pour un homme responsable. Je ne le vois pas en train de signer un décret sous la contrainte. Je ne vois pas quels moyens les Forces Vives ont-elles d'obliger le chef de la junte à signer un décret s'il a une opinion contraire au texte qu'il a signé. Pour nous, c'est lui qui s'est engagé. S'il s'est engagé uniquement pour la forme ou autre c'est à lui de le dire, ce n'est pas à nous. Il y a un moment, les choses avaient tiré en longueur. Le groupe international de contact s'est inquiété de la suite de la transition. Ie a attiré l'attention sur cette situation de transition qui était en train de s'installer durablement. C'est en ce moment que le président de la République a signé le chronogramme qu'il a fait distribuer à toutes les institutions internationales et à tous les partenaires de développement. Nous ne comprenons pas qu'il puisse être admis qu'un président et surtout un chef de la junte ait signé un décret de ce type sous la contrainte. 

Pensez-vous que le Président de la république veut mettre du temps ou qu'il a d'autres idées derrière la tête? 

Nous jugeons sur le factuel, sur les faits. Les militaires ont dit que les élections c'est 2010. Donc, pour nous tout ce qui est en train de se passer montre que contre vents marrées, ils veulent à tout prix, si élections il y a, qu'elles ne puissent se dérouler qu'en 2010. Pour nous le danger est-là. Cela veut dire donc la répétition de l'histoire malheureuse que le pays à connu en 1984. Le Général Lansana Conté avait pu réunir tous les moyens qu'il lui fallait, pour s'installer durablement au pouvoir. Aujourd'hui, notre crainte demeure. C'est de savoir est-ce que le pays ne va pas être livré pour une longue période à une véritable caste militaire qui va confisquer le pouvoir. C'est la question et nous ne sommes pas les seuls à se la poser, c'est toute la population qui s'interroge, quand on voit la situation telle qu'elle évolue. Puisque nous avons un passé historique malheureux.

 

Tout récemment un diplomate n'a pas caché son doute sur une éventuelle candidature du capitaine Dadis si les élections sont reportées en 2010. Comment évaluez-vous sa chance de réussite?

Je ne suis pas devin. On juge les choses sur ce que nous connaissons de la scène politique. Ce que nous connaissons, c'est que les militaires avec le chef de la junte à la tête ont pris des engagements lors de la prise du pouvoir, soi-disant qu'ils n'étaient là que pour mettre les institutions viables en place. Pour remettre le pays sur les rails du développement. Donc, il n'est pas question pour eux de chercher à légaliser leur présence au pouvoir. Maintenant, s'il trouve qu'il doit se présenter, c'est de sa propre responsabilité.

D'aucuns pensent que le Président est pris dans un piège des faiseurs de dictateur, des démagogues qui tournent autour de lui. Quels conseils pouvez-vous donner au capitaine Dadis? 

Je dois vous dire que nous à l'UFD, nous n'avons pas l'habitude de donner des conseils non sollicités. Considérant que le chef d'État est assez grand. Ce n'est pas à nous qu'il demande des conseils. Le fait est-là, aujourd'hui la junte avec Moussa Dadis en tête, est totalement encerclée et il est totalement envahi par les gens de l'ancien système. Il est même enserré dans l'étau des gens de l'ancien système que veulent à tout prix empêcher le changement de se faire. Ils veulent reproduire, à travers lui, leur système. C'est tout à fait clair, lorsque vous voyez un certain nombre des choses qui se passent. Des initiatives qui ont été abandonnées dès leur lancement, concernant la corruption, les audits, l'assainissement des moeurs publiques en matière politique et autres. Aujourd'hui nous savons que ce sont ces gens du passé qui sont les plus en cours sont autour de la junte au Camp Alpha Yaya. Ce sont des femmes et des hommes qui sont spécialistes des dictatures. Ce sont des gens qui sont originaires des systèmes du PDG et du Général Lansana Conté et qui veillent à ce que la transition n'aille pas au-delà de ce qui a été dicté avant. Donc, étrangler le changement. Nous avons attiré l'attention publiquement au cours des émissions radios, mais malheureusement nous n'avons pas eu l'impression d'avoir été écouté. Ce que nous pouvons dire au Président de la République, c'est que toute sa popularité, il la tire de son engagement concret pour le changement. Et toute son impopularité, il la tirera de ce qu'il va poser, montrant qu'il n'est pas en train d'amener le changement à son terme. Aujourd'hui, il a fait l'amère expérience de "l'affaire Sidimé" qu'il a mis à un poste absolument stratégique. Quelqu'un qui a été la cause du malheur de ce pays, qui a légitimé la dictature du Général Lansana Conté au travers d'élections truquées. Qui a dirigé des gouvernements de faillite politique, sociale, économique et culturelle. Des gouvernements corrompus! Ce monsieur qui a été placé on ne sait comment à la tête d'un organe stratégique par le chef de la junte. Nous, nous pensons qu'il doit prendre ses responsabilités. Et chacun doit pouvoir assumer ses responsabilités. Aujourd'hui, nous savons parfaitement que tous les chantiers fondamentaux du changement engagés par le CNDD sont arrêtés. Et aujourd'hui, la junte est en train de s'initier, pour son malheur et celui de notre pays, aux délices du jeu politicien du système Conté.

Propos recueillis par
Assan Abraham Kéïta et Abou Bakr

  Conakry le 17 juin 2009


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Bangaly Traore26/06/2009 13:46:49
Nous voulons les elections,mais pas les voleurs au pouvoir,il est temps et necessaire de finir les audits publics secteurs par secteurs avant les elections,car il n'est point question d'avoir un homme corrompue a la tete de notre nation.