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Dadis Camara – Kabiné Komara une dyarchie complètement désarticulée


2009-07-01 00:46:32 

Après le frein à la tournée d’un leader politique dans deux régions du pays, privation des libertés politiques non motivée et sans texte, le Premier Ministre a, quelques jours plus tard, par un communiqué lu sur les ondes de la RTG par le Ministre de l’Administration du territoire chargé des affaires politiques, Frédéric Kolié, de nouveau autorisé les activités politiques. Aucun autre leader n’avait subi une interruption brutale de sa rencontre avec les citoyens
Cependant, après ce communiqué de la Primature, le 26 juin 2009, le Directeur du bureau de presse de la Présidence, Mandjou Dioubaté, est venu apporter un démenti cinglant au communiqué du Premier Ministre. Il déclare que «  le communiqué du Ministre de l’Administration du territoire et des affaires politiques du 25 juin 2009 lu sur les antennes de la RTG sur instruction du Premier Ministre, chef du Gouvernement et sans autorisation du Président de la République est contraire à l’esprit de dialogue, d’ouverture et de concertation avec les forces vive de la nation…Le CNDD et son président regrettent et condamnent avec la dernière énergie ledit communiqué de nature à compromettre le climat de dialogue et de confiance instauré en Guinée depuis l’avènement du CNDD ».
Le communiqué de la junte conclut par l’instauration d’une censure où « il est formellement interdit à tous les membres du gouvernement et du CNDD de faire une déclaration ou un communiqué dans le sens de la transition sans autorisation préalable et expresse du président du CNDD et des membres du CNDD ».

Ce contre communiqué des services de Dadis intervient peu après des propos injurieux du chef de la junte envers son premier ministre, certes enregistrés à son insu, mais proférés devant ses collaborateurs.

Cette dichotomie constatée à la tête de l’Etat pose la question des prérogatives dévolues à Dadis Camara et Kabiné Komara.

Dadis Camara, sur les traces de son maître

A la prise du pouvoir, le groupe de la trentaine de membres du CNDD a pris le soin de suspendre la Constitution. Cette dernière conférerait l’essentiel du pouvoir au Président de la République, devant qui les ministres étaient responsables, mais qui n’était pas du tout responsable devant l’Assemblée nationale. Il était le véritable Chef du Gouvernement. Il pouvait déléguer ses responsabilités à ses ministres.
Dans la pratique, entre 1984 et 1985 et depuis 1996 avec un petit intermède de quelques mois en 2004, est apparu la fonction de Premier Ministre. Celui-ci n’a acquis le titre de chef de Gouvernement qu’à la faveur des évènements sanglants de 2007 où les forces vives, alors composées des syndicats et des organisations de la société civile avaient réussi à imposer à Lansana Conté un premier Ministre doté de larges pouvoirs. Même si Lansana Conté a rechigné à apposer sa signature à certaines réformes voulues par Lansana Kouyaté qui avait alors été choisi, il l’a laissé gouverner. Il a pris l’habitude de le laisser présider le Conseil des Ministres, en n’y assistant plus.

Dadis a prolongé cette pratique en laissant son premier ministre présider le Conseil des Ministres. Il est toutefois arrivé que kabiné Komara ne préside pas le Conseil des Ministres. En dehors de cette pratique, Dadis, membre du groupe des militaires qui s’étaient révoltés deux jours après le limogeage de Lansana Kouyaté en 2008, a conservé l’essentiel des pouvoirs entre ses mains. Le titre de « chef de gouvernement » qu’il a attribué à son premier ministre n’est que théorique.  Dadis s’est juste contenté de choisir son Premier Ministre parmi les noms qui figuraient sur la liste établie par les syndicats et la société civile en janvier 2007.

Kabiné Komara, « chef » des chrysanthèmes

C’est par une ordonnance du 30 décembre 2008 que Dadis Camara a nommé Monsieur Kabiné Komara Premier Ministre, Chef de Gouvernement. Celui-ci est chargé de contrôler, coordonner et diriger l’action gouvernementale.

Dans les faits, depuis sa nomination, Monsieur Komara n’a jamais été Chef du Gouvernement. Pour comprendre cette assertion, il faut savoir ce qu’implique la qualité de chef de gouvernement.
Le Chef de Gouvernement est doté de larges pouvoirs et exerce le pouvoir exécutif en lieu et place du Chef de l’Etat. Le président du Conseil italien et le Chancelier allemand en sont des exemples.

Il dirige l’Administration et le Gouvernement. C’est lui qui propose la nomination et la révocation de ses ministres. Dans le cas de Kabiné Komara, certains ministres avaient été nommés avant qu’il ne soit lui-même désigné comme Premier Ministre. La composition du Gouvernement est essentiellement l’œuvre du CNDD qui ne l’a pas consulté. Plus surprenant encore, son nom ne figure même pas sur la liste des membres du gouvernement publiée le 14 janvier. Son absence de cette liste n’a pas été rectifiée contrairement à celle du ministre de sinistre mémoire Claude Pivi, ministre chargé de la sécurité présidentielle dont l’omission dans l’ordonnance composant le gouvernement a été corrigée par un décret.
Les ministres qui ont été remerciés, l’ont été sous impulsion du chef de la junte en direct à la télévision sans avis de son Premier Ministre. C’est le cas du colonel Aboubacar Sidiki Camara, Biro Condé, Aziz Bah, Mamadou Max Bangoura ou de la suspension avant rétablissement dans leurs fonctions de Mamadou Sandé (Economie et Finances) et Frédéric Kolié. Il en est de même du mini remaniement du 7 mai. Le Premier Ministre est finalement réduit à un rôle de figurant tentant parfois de calmer les violentes logorrhées verbales du numéro 1 des putschistes.
C’est le chef du gouvernement qui nomme aux emplois civils et militaires. Les principales nominations faites l’ont été par le chef de la junte. C’est le cas des hauts cadres nommés le 15 et le 19 janvier 2009 dont les cadres de la Banque centrale.

Le Chef du Gouvernement dispose du pouvoir règlementaire (décrets). Il est le chef de l’Administration. Kabiné Komara ne contrôle même pas son équipe gouvernementale. Les ministres reçoivent leur ordre du camp Alpha Yaya, du chef de la junte.
Avec ce contre communiqué mentionné plus haut, il est non seulement soumis au chef de la junte, mais doit aussi obéir aux membres du CNDD. De fait il est aux ordres de certains ministres membres de son gouvernement comme celui de la Sécurité ou de la Défense. Il doit avoir leur autorisation expresse donc écrite ou verbale pour s’exprimer et expliquer ses actions à ses concitoyens.
Son Ministre de la Communication et porte parole du gouvernement prend l’initiative d’interdire l’accès aux médias des partis en violation de la Charte des Partis politiques sans que lui « responsable du dialogue politique et social » suivant l’ordonnance qui l’a nommé n’ait eu son mot à dire.
Celui qui est chargé de diriger l’action du gouvernement et de fixer les orientations politiques et économiques du pays n’a pas apparemment pas le droit de rencontrer les opérateurs économiques ou les entreprises minières sans une autorisation du chef des mutins sinon il encourt les injures de Dadis Camara qui considère que « Il ne peut pas recevoir un responsable d’une société aurifère sans nous voir. C’est pas lui qui a pris le pouvoir, c’est nous avons pris le pouvoir et on l’a nommé ».
Toute la problématique de la transition se trouve dans ces propos et pose la question de la conception du pouvoir chez Dadis. Il croît qu’il a tous les droits et qu’il peut tout faire y compris humilier et invectiver. Sa latitude actuelle se trouve confortée par une situation de non droit. En effet Dadis Camara fait ce qui il veut. Il a fait sauter tous les contre-pouvoirs. Plus de Parlement, plus de Cour suprême.  Ayant supprimé la Constitution, il s’est ouvert une marge de manœuvre presque illimitée.

Or l’article 9 in fine du Code civil guinéen dispose que: « Les Lois prises au sens large obéissent à la hiérarchie suivante dans l’ordre décroissant d’importance :
- Constitution;
- Traités internationaux;
- Loi ou Ordonnance;
- Décret;
- Arrêté ministériel;
- Décision ministérielle;
- Arrêté régional;
- Décision régionale.

Les forces vives qui doivent pallier cette carence d’absence de tout contrôle des actes de la junte, semblent elles mêmes se complaire dans cette situation de fait. Elles ne réagissent même plus face aux violations graduelles et constantes des libertés publiques.

Violations des libertés publiques et censure

Le communiqué du bureau de presse de la présidence en date du 26 juin n’est rien d’autre qu’une censure qui vise le Premier Ministre et les membres du gouvernement. Les explications de Mandiou Dioubaté sont en contradiction avec l’esprit de dialogue qu’elles prétendent défendre. Peut-il éclairer en quoi la restauration des activités politiques est-elle « contraire à l’esprit de dialogue, d’ouverture et de concertation avec toutes les forces vives de la Nation ? »
Il est intéressant que Dadis et son Directeur de presse disent comment l’autorisation à nouveau des activités politiques « est de nature à compromettre le climat de dialogue et de confiance » ?

Peuvent-ils expliquer de quelles manières ils peuvent fermement réitérer leur engagement à « respecter et à promouvoir les libertés politiques, syndicales, individuelles et collectives dans le cadre d’une transition apaisée et consensuelle » tout en décrétant l’interdiction des activités politiques ?

Cette censure n’est qu’une de plus qui montre l’allergie du CNDD à tout débat démocratique. En mai, il a interdit la couverture médiatique des activités politiques. A la veille du procès des narcotrafiquants début juin avant son report sine die, le Président du CNC a convoqué les rares journalistes autorisés à assister aux audiences en leur ordonnant de se contenter d’uniquement se référer aux faits, leur déniant tout droit de commenter, d’exprimer leur ressenti et d’analyser.
Après la sortie médiatique consternante du Lieutenant promu Capitaine Issa Camara chargé des conflits, muté Gouverneur de la région de Mamou, Dadis a pris un décret le 6 juin stipulant que « il est formellement interdit aux militaires ainsi qu’aux membres du CNDD de livrer des interviews et déclarations sans la permission du général Sekouba Konaté ».
Si on additionne toutes ces interdictions, on aboutit à la conclusion que seul Dadis Camara peut s’exprimer sans autorisation, tous les autres, gouvernement, CNDD, militaires et paramilitaires ne peuvent s’exprimer qu’avec son aval. Les partis eux sont tout simplement interdits d’expression.
On peut se demander si ce n’est pas plutôt lui qu’il faudra soumettre à autorisation tant sont nombreuses et incontrôlables ses dérapages médiatiques. Ses interventions sont à la fois insolentes, incohérentes et irréfléchies.
Lors de sa conférence de presse de mai dernier il déclarait « préparez-vous. 2009 nous irons aux élections. …Le chronogramme reste maintenu, nous irons aux élections cette année. Dites aux partis politiques de commencer à aller battre campagne à l’intérieur du pays. Moi j’ai confiance en moi ».
A peine plus d’un mois après, sans crier gare il interdit les activités politiques tout en prétendant promouvoir les libertés politiques.
Pendant ce temps les forces vives largement noyautées par les partis politiques dont les motivations divergentes et les calculs politiciens sapent les convergences de vue et l’unité d’action observées en 2006 2007, semblent ballottées.

Des forces vives désorientées

En l’absence de tout contre-pouvoir, il appartient à l’ensemble du peuple d’exercer un contrôle des actions de l’exécutif. Les forces vives en sont les représentantes. Mais la donne a beaucoup changé depuis les évènements de 2007. Au départ, elles ne comprenaient que les centrales syndicales et les organisations de la société civile. Le nombre de leurs composantes était raisonnable et rendait la prise de décision plus facile. Mais elles n’étaient pas si rodées à la politique d’où un accord tripartite bancal qu’elles ont signé avec le général Lansana Conté sans penser à consulter des personnes compétentes avant de le rédiger ou de le signer. Le choix du premier ministre de l’époque peut aussi aujourd’hui être considéré comme une erreur stratégique, car il s’avère maintenant un des principaux torpilleurs de la dynamique des forces vives, qui l’avaient fait nommer au prix de sacrifices humains toujours non élucidés.
La nécessité d’unité a conduit à rassembler partis politiques et les forces vives initiales. Le hic réside dans le nombre sans cesse croissant des partis politiques, qui sont aujourd’hui au nombre de 81 et peuvent évoluer vers la centaine du jour au lendemain. Ces partis, tous visant la conquête du pouvoir ont des intérêts qui ne sont pas toujours convergents. Certains ont des calculs qui leur empêchent de faire réellement front face aux violations des principes élémentaires de la démocratie. Des partis, craignant sans doute le verdict des urnes veulent s’adosser à la junte pour favoriser leur ascension à la magistrature suprême. La multiplication de partis et d’associations peut aussi être une œuvre délibérée de la junte afin justement d’alourdir les forces vives en les faisant infiltrer par toutes sortes d’organisations aux buts non clairement définis.
Aujourd’hui les forces vives tanguent entre hésitations et volonté ferme de demander à la junte le rétablissement de l’ordre constitutionnel, le respect du chronogramme et des libertés publiques. Le principe de consensus ne va pas leur faciliter l’adoption d’une stratégie déterminée et volontariste.

En attendant une lisibilité de leurs plans d’action, elles semblent se laisser emporter par les vagues de manœuvres de Dadis et son Secrétaire permanent Moussa Kéita.

CNDD – Forces vives : la commission ad hoc enterre le CNT

Le refus mardi dernier des forces vives de rencontrer Dadis Camara au cirque du palais du peuple avait suscité un engouement et une sorte de soulagement. Les forces vives n’entendaient plus se faire mener en spectacle et avaient eux aussi participé à la mise en scène du show qui a opposé partisans de 2009 et 2010.
Sans doute impressionné, malgré la présence au cirque de ses acolytes intrus dans les forces vives, Dadis était prêt à se rendre même à Djakarta pour les rencontrer. Une première victoire. Mais hélas, comme à chaque avancée, les forces vives se laissent facilement berner en ne tenant jamais compte de la mauvaise foi constatée dans le passé. Comme d’habitude, sans égard pour elles, Dadis, ne les invite pas, mais les convoque à travers des communiqués lus dans les média d’Etat.
Elles répondent vite à cette injonction de se rendre, pas n’importe où, au Camp Alpha Yaya où sont amassés les militaires anarchistes du pays à la gâchette et aux intimidations faciles.
En guise de discussions sérieuses sur la transition, elles s’empressent de montrer leur bonne volonté sans laisser à l’autre partie de montrer les gages de sa bonne foi du respect de ses engagements.
Ainsi, elles ne mentionnent pas le Conseil National de Transition qui devait déjà être mis en place en mars dernier. En lieu et place, elles proposent un organe ad hoc chargé de réajuster le chronogramme. En clair, cette commission ad hoc va réviser les dates des élections et certainement aller dans le sens des manœuvres de Dadis qui ne veut pas entendre parler d’élections avant 2010, date de la fin du mandat de Lansana Conté, dont il veut poursuivre l’œuvre.
Même sans avoir été choisi par le peuple, certains membres des forces vives voient en Dadis le guide et père de la Nation qui doit seul déterminer ce qui est bon ou non pour le pays. Au fait pourquoi font ils de la politique ?
Heureusement qu’un peu partout, un vent de liberté se lève et entend balayer cette bande qui s’est érigée en Seigneurs et Maîtres de la Guinée.

Hassatou Baldé


 

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VOS COMMENTAIRES

Lamarana Diallo, Londres01/07/2009 02:40:02
Phenomene, Mrs Balde. C'est regrettable que les "forces vives", en tant que ultime rampart pour la guinee, s'empressent de faire la courbette devant Daddis, avec Hadia Rabi qui pousse le cynisme au point d'appeler Daddis "Pere de la Nation". C'est dommage mais la lutte continue. Vivement la marche de Paris et Londres! Bon courage, madame.
Barry A.04/07/2009 00:54:06
Madame, je partage vos idées. J’ai eu à demander à un politicien de chez nous si eux les partis politiques, faisaient entière confiance à Jean Marie Doré ? Il m’a répondu vaguement. Nos politiciens sont trop naïfs. Ils n’ont pas pigé que Dadis les vante dans le but d’obtenir leur accord afin de les achever. On a l’impression que beaucoup d’entre eux se suffisent de répondre à la convocation de Dadis rien que pour être montré à la télévision. Ils créent une cellule de crise, enterre le CNT et proposent la création d’un comité ad-hoc. Aider moi à comprendre leur but. Pendant ce temps, Dadis a fini de prendre le pays en tenailles. Toutes les entrées et toutes les sorties de sous sont sous son contrôle. Tous les états majors des armées sont coiffés par ses amis et ou parents. Il fait jurer fidélité au reste des hommes. Il humilie publiquement ses supérieurs hiérarchiques. Après avoir suspendu la constitution, il sabote les magistrats et les menace. Il suspend les activités syndicales et politiques quand il veut. Il restitue ses droits (théoriquement) quand il veut. Si Dadis n’avait pas d’ambitions politiques immédiates, il n’aurait pas interdit la couverture des activités politiques de ses concurrents à la future présidentielle. Mais ce n’est pas à Dadis que je plains. C’est au reste des guinéens y compris moi-même. Rappelez-vous de Lansinè Kouyaté. Combien de fois il a été humilié par Conté. Regardez le général Toto Camara, le colonel Korka Diallo, Mamadou Sandé, Frédéric Kolié, Kabiné Komara, etc. Ils n’ont aucune dignité ! Komara vient de rendre sa lettre de démission à Eximbank, en Egypte. Malgré la série d’humiliation dont il a fait l’objet, il s’agrippe à son poste, quitte à donner raison à Dadis. A savoir qu’il est avide d’argent et qu’il est venue pour en avoir.
Dadis nous a bien dit qu’il pour référence Sékou Touré et Lansana Conté. Et il fait exactement comme eux. Sékou était le seul à parler. Moussa fait la même chose. Si nous ne réagissons pas, nous sommes mal barrés.
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