2009-07-15 12:44:03
Le Conseil National pour la Démocratie et le développement (CNDD) au pouvoir en Guinée a provoqué une levée de bouclier diplomatique en annonçant le 11 juillet 2009 un positionnement de mercenaires le long de ses frontières nationales.
Cinq pays limitrophes : le Sénégal, la Guinée- Bissau, le Liberia, la sierra- Leone et la Côte- d’Ivoire ont réagi à des degrés divers au message radio- télévisé de la junte militaire. Chaque pays a exprimé ses prises de position selon qu’il est directement ou indirectement visé par le communiqué l’accusant implicitement d’accepter le stationnement de rebelles dans son territoire national et qui s’apprêteraient à envahir la Guinée.
L’une des conséquences de cette annonce, c’est le démenti opposé, d’une manière catégorique, par l’ensemble des gouvernements des trois premiers pays mentionnés au communiqué de Conakry.
La seconde, c’est la décision des Président libérien Madame Shirley Johnson et ivoirien Laurent Gbagbo d’incliner l’invitation, antérieurement acceptée, de se rendre au sommet de la Mano River Union qui devait avoir lieu les 14 et 15 juillet 2009.
La troisième, c’est la décision commune de l’ensemble des chefs d’Etats, avec le ralliement de M° Abdoulaye Wade du Sénégal à la position de ses pairs, de ne pas se rendre à Conakry. Mais les présidents ne se limitent pas au boycotte du rendez- vous de Conakry. Ils reportent, sans aucune précision, la tenue du sommet à une date ultérieure.
Comme si tout cela ne suffisait pas, l’Union Africaine dénonce le communiqué du CNDD comme une manœuvre de diversion pour retarder les échéances électorales prévues d’ici la fin de 2OO9. C’est dans une déclaration sans ambiguïté que son porte- parole aurait fait savoir la position de l’organisation continentale.
On ne peut que se demander, au vu de toutes ces réactions et prises de position, comment la junte guinéenne va s’en sortir. Certes, le CNDD ne faisait pas l’unanimité, mais il n’était pas non plus perçu comme une menace à la stabilité sous- régionale. Désormais, tout semble indiquer que les militaires au pouvoir à Conakry soulèvent beaucoup d’interrogations en terme diplomatique ou sécuritaire. Certes, aucun Etat n’a exprimé des ressentiments explicites, mais le non- dit est très parlant en matière de diplomatie ou de coopération.
On pourrait bien se poser la question de savoir si le CNDD a une idée de la gaffe diplomatique, si ce n’est politique, qu’elle a créée en annonçant des informations qui relèveraient d’une alerte ? A- t- il pris en considération le fait qu’une annonce officielle touchant l’intégrité territoriale d’un Etat tiers, ou du sien, relève d’une haute sensibilité ?
C’est la bonne foi, argumente le Capitaine qui l’aurait poussé, lui et son équipe, à divulguer l’information de « la menace des cartels de la drogue. »
Mais, en politique la bonne foi ne suffit pas. Il en faut beaucoup plus. Il faut vérifier l’information à la source en la recoupant, tenir compte du contexte socio- politique qui prévaut, apprécier sa portée ou ses conséquences. De toute évidence, ces préalables ont faut défaut au CNDD qui doit en assumer les conséquences.
L’erreur peut encore être réparée, mais à la seule condition que la junte et son président mettent fin à leur radicalisation. Ils doivent faire preuve de diplomatie face à l’infirmation de leur décret par la communauté internationale et les acteurs locaux.
Sur la base de ces critères, je propose une solution de sortie de crise pour la Guinée. J’estime, comme d’autres, que notre pays risque beaucoup si elle se mettait tous les Etats voisins sur le dos. Pour ma part, j’estime que le CNDD doit :
Sur le plan intérieur
- 1 Exprimer ses regrets en reconnaissant son erreur d’appréciation et qui justifie le communiqué du 11 juillet 2009 ;
- 2 Lever toute restriction ou interdiction faite à la presse, aux citoyens, dont les leaders politiques, de parler de l’invasion contre la Guinée et qui s’est avérée infondée. L’effet ne sera que bénéfique car, un mauvais débat vaut toujours mieux que les rumeurs. Dans tous les cas, les gens en parleront.
- 3 Convoquer, comme il l’a souvent fait, les Forces Vives, cette fois- ci en huis- clos et analyser la situation ;
- 4 Réaffirmer davantage sa volonté, et mieux, sa détermination à organiser les élections aux dates indiquées dans le respect du chronogramme à travers un nouveau communiqué radiotélévisé ;
- 5 Reprendre immédiatement les opérations de recensement et mettre en place la Commission ad hoc pour faire montre d’engagement ;
- 6 Laisser les partis politiques redémarrer leurs campagnes médiatique et publique pour rassurer les Guinéens du désengagement politique du CNDD et du gouvernement ;
- 7 Sanctionner à la base les services qui ont donné la fausse information. Cela, à quelque instance qu’ils se trouvent.
Sur le plan international
- 1 Envoyer des émissaires, et le plus tôt sera le mieux, dans tous les pays voisins implicitement accusés d’abriter des mercenaires dans leur territoire ;
- 2 Associer les Forces Vives à la tournée sous- régionale et ne pas hésiter à désigner des responsables des Forces Vives comme chef de mission ;
- 3 Envoyer, corrélativement, une forte délégation au siège de l’Union Africaine pour y exprimer les vifs regrets du CNDD et du gouvernement ;
- 4 Plaider la tenue, avant la fin juillet du sommet de la Mano- River Union initialement prévu Conakry.
Naturellement ce ne sont là que des pistes de réflexion qui font appel à l’esprit critique de chacun et de tous. Le CNDD et le gouvernement guinéen en premier.
Il est évident que la répétition d’erreurs devient une faute et, en matière de politique intérieure et extérieure, cela pardonne rarement. Les réactions légitimes des Etats voisins de notre pays en donnent une mesure et prouvent, une fois de plus, que Moussa Dadis et le CNDD ont besoin de plus d’assistance en matière de conseils politique, médiatique et de stratégie. Ces conseils ne pouvant plus venir de certaines oies qui ne battent l’aile que pour mieux se gaver.
Enfin, il est temps que du recul soit pris pour toute décision ou information émanant du sommet de l’Etat. Les questions sécuritaires dans une sous- région marquée, comme la nôtre, par une quinzaine d’années de conflits ne sont pas à prendre à la légère.
Espérons que notre pays saura trouver le moyen qui soit politiquement et diplomatiquement adéquat pour sortir du cambouis dans lequel il est plongé depuis le communiqué du CNDD du 11 juillet 2009.
Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo..fr

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