2009-07-20 22:09:16
Dans la forme
Deux parties distinctes: adresse au CNDD et aux Français qui résident en Guinée.
Aucun nom propre de président (français légitime, réellement diplômé mais très discret, ou guinéen autoproclamé, bardé de faux diplômes et très bruyant). Un ambassadeur guinéen qui tiendrait un tel discours, sans citer "son Excellence notre astre national, président de la République, commandant en chef et tutti quanti…" serait illico renvoyé pour faute extrêmement lourde, impardonnable, vous l'aurez compris.
Le nom et les titres à rallonge de Dadis sont donc purement et simplement ignorés. Salut au gouvernement. Les ambassadeurs sont poliment désignés par "mes chers collègues". Pour tout le monde, Mesdames et Messieurs.
Aucun titre d'excellence, ou autre titres chers aux guinéens, et tous plus faux les uns que les autres: (honorables, docteurs, Professeur, "mon général", colonel , etc..) autocongratulations et jeux très prisés des "intellectuels" guinéens.
Sobriété et précision ciselées par un verbe qui nous épargne les termes compliqués. Bref, très loin des "discours" à la mode PDG 1975 prolongé. Le texte est court, aéré, allant à l'essentiel: sujet, verbe, complément, la plupart du temps.
Dans le fond
Morceaux choisis: aux guinéens.
" Nous sommes à nouveau réunis tous ensemble pour célébrer la Fête Nationale française du 14 juillet.
L’an dernier, j’avais appelé votre attention sur le soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, signée à Paris le 10 décembre 1948, qui est l’héritière de la Déclaration des Droits de l’Homme instituée par la France. J’avais souligné à cette occasion l’universalité de ces droits, dont le 14 juillet est le symbole, en France et partout dans le monde.
Cette lutte du Peuple contre l’injustice, et pour la satisfaction de ses légitimes aspirations au respect de ses droits, à la paix, à la liberté, à la démocratie et au développement économique et social, reste pour la France un objectif fondamental."
Autant le comprendre: la France tient au respect des droits de l'homme. En langage diplomatique, c'est la "gifle de velours" aux cancres qui ne l'ont toujours pas compris.
" La France porte beaucoup d’attention au processus de transition en cours. Elle est d’ailleurs un des principaux contributeurs au budget des élections.
Membre du Groupe International de Contact sur la Guinée, elle souhaite aider le pays à se reconstruire. Mais, pour cela, l’ordre constitutionnel doit être restauré."
Plus simplement, arrêtez votre cinéma et faites ce qui doit être fait: allez aux élections sans faux fuyant. Nous tenons les cordons de la bourse, et cet argent est celui des citoyens de nos pays. Nous ne pouvons pas faire n'importe quoi avec.
" Nous désapprouvons, par principe, toute prise de pouvoir par la force. Mais, conscient du contexte particulier de la Guinée, le Président de la République a dépêché à Conakry M. Alain Joyandet, Secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, début janvier 2009, pour établir un dialogue et inciter les nouvelles autorités à rétablir rapidement l’ordre constitutionnel. Devant les assurances données par le Président du CNDD, il a décidé de maintenir la coopération avec la Guinée. Mon pays a démontré ainsi, une nouvelle fois, qu’il demeure un partenaire, un ami sûr et loyal de la Guinée, y compris dans les moments difficiles. Mais il attend que les engagements pris soient respectés. Aujourd’hui, à moins de six mois de l’échéance électorale que chacun s’est engagé à respecter, on constate des avancées dont il faut se féliciter Mais, on relève aussi des sources persistantes de préoccupation : progrès trop lents dans la mise en œuvre du chronogramme électoral et du dialogue politique ; retard dans la mise en place du conseil national de transition et dans la formalisation de l’interdiction de se présenter aux élections pour les membres du CNDD et du gouvernement ; persistance de violation de droits de l’homme et d’actes de violence contre des civils et des opérateurs économiques par des hommes en uniforme ; difficultés rencontrées par les partis politiques dans l’exercice de leurs activités".
Une deuxième couche, pour ceux qui n'auraient pas ou ne veulent pas encore comprendre l'esprit de relations saines. Dadis est et restera Président du CNDD et rien d'autre.
Toutefois, un avertissement diplomatique:
" Le groupe de contact, qui va se réunir dans quelques jours à Conakry, espère recevoir des assurances sur ces points."
Monsieur l'ambassadeur rappelle ensuite fort à propos la charge que constitue notre pays pour la France, plus d'un demi siècle après le tonitruant "nous préférons la pauvreté dans la liberté, à la richesse dans l'esclavage". Notez que c'est par la suite que Sékou a changé "richesse" par "l'opulence", pour faire joli et quelque peu martial. Une longue histoire d'un verbiage creux.
Pour les français, sachant que les guinéens écoutent.
" L’ambassade continue à être attentive à vos conditions de vie quotidiennes dans tous les domaines.
Les 3.000 Français de Guinée sont donc bien pris en compte au niveau de la représentation nationale"
Quelle gouvernement, quelle représentation diplomatique guinéenne dans le monde en fait autant pour les guinéens à l'étranger, privés même du simple droit citoyen de vote? A l'intérieur, c'est pareil: il n'y a pas 80 idéologies possibles, mais trois au plus. La droite, la gauche et le centre. Donc forcément la multitude de nos partis ne représentent rien d'autre que les ambitions de leurs "leaders", tous unis pour la mise à l'écart de la composante externe de la nation.
Evidemment, la "RTG Koloma" et ses semblables n'ont encore soit rien saisi, soit ont décidé d'ignorer ce texte remarquable qui met les points sur les i de nos relations avec le monde démocratique. Aucun intérêt en somme, notre astre national, Moïse le Sauveur selon l'ineffable Biro Diallo, n'étant ni cité, ni porté aux nues.
Conclusion
Remercions le peuple de France pour le symbole de la prise de la Bastille de 1789, son ambassadeur de nous rappeler son importance, et tous ceux qui osent dire la vérité dans la correction à ce CNDD qui nous mène tout droit à la catastrophe. Plus généralement l'UE qui, à travers ses représentants, refuse d'avaliser nos "mensonges officiels". Nos ambassadeurs devraient en tirer des leçons au lieu d'en prendre de la graine. J'en doute, car, comme le dit le dicton mandingue de chez nous " sii ban tolo tiyé". Sous d'autres cieux, pour les gladiateurs romain, c'était: Ave Caesar, morituri te salutant (salut ô César, ceux qui vont mourir te saluent).
Thierno A DIALLO

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