URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=3552
2009-08-29 13:45:44
La bonne gouvernance dans un État moderne commence par le vote des lois et par le choix de dirigeants intègres, c'est-à-dire par l'élection. C'est souvent par ce geste apparemment simple que tout citoyen participe à la vie politique. Max Weber exprime à plusieurs reprises que la politique est impensable sans la participation des citoyens, et s'organise en vertu de procédures formelles, notamment les élections. En démocratie, l'élection permet de choisir publiquement les élus en les sélectionnant, puis en les légitimant par le vote.
L'élection est l'unique occasion où la population se réunit pour choisir ses dirigeants, ou pour élire des représentants qui exerceront le pouvoir en son nom. Mais la démocratie suppose non seulement un minimum d'éducation et d'information, mais en plus, un minimum de conscience politique, sans lesquelles les procédures de légitimation risquer de dissimuler des formes de despotisme.
Le suffrage universel n'a de véritable sens que dans un système de réelle concurrence électorale, où plusieurs candidats (mais non une multitude avec 85 candidats à l'élection présidentielle), avec des programmes alternatifs, sont proposés aux choix des citoyens. La plupart des pays africains en général, et la Guinée en particulier, vivent des réalités où les citoyens n'ont jamais participé à une élection au suffrage universel (au véritable sens du terme) parce que le système à parti unique, ou encore le multipartisme apparent, ne permet pas l'organisation d'une compétition électorale avec une concurrence des candidats.
L'observation de la société montre que lorsqu'il y a trop de mauvais dirigeants, les décisions sont soit mauvaises, soit irrégulières. La meilleure façon de parer à cela est de recourir aux professionnels qui ont la formation, l'expérience et les compétences requises et qui ont montré leurs capacités. Le changement et le développement d'une nation ne sont possibles que lorsqu'ils sont pensés et mis en œuvre par un groupe de femmes et d'hommes bien éduqués, bien formés, bien expérimentés, qui évoluent dans le secteur de leur formation initiale, car le développement est le résultat de la compétence organisée, l'union de l'intelligence et de la volonté de réussir.
On se fait souvent des illusions sur les hommes politiques, mais les fonctions politiques ne donnent pas l'intelligence à celui qui en est dépourvu, ni l'autorité à celui qui n'y a pas été préparé, ni la compétence à celui qui n'en a pas. Elles peuvent même être la cause d'un retard de développement national (50 ans), lorsque les hautes fonctions sont confiées à un homme jeune et notoirement incompétent. De toute évidence, un ministre sorti d'une faculté de lettres - qui n'a jamais étudié l'économie, le droit et la science politique, - éprouve plus de difficultés à diriger un ministère qu'un politologue, un juriste ou un économiste. L'ignorance d'un tel ministre, qui confond souvent la loi, le décret et l'ordonnance, est ressentie par tous ses collaborateurs, souvent plus compétents que lui.
Personne n'hérite de la compétence comme on hérite d'un fusil, d'une maison ou d'une fortune. On n'a jamais vu un fils ou une fille de médecin devenir médecin par le fait que son père l'était, c'est-à-dire par héritage. La compétence est le fruit d'une longue formation, de la même façon, les postes politiques doivent aussi être le fruit d'un mérite.
La politique doit être le fait de professionnels
En Guinée, le pouvoir, qui est surtout relationnel, fonctionne sur la base de parrainage. Quelles que soient les qualifications et la compétence d'un individu, il faut, pour occuper un poste de commandement, connaître une personnalité assez influente du pouvoir. Par contre, dans la plupart des pays modernes, il est possible de militer dans un parti, dans un syndicat ou dans une plate-forme scientifique et de se faire remarquer en se distinguant des autres membres par la qualité de ses réflexions, par ses productions ou par tout autre moyen honnête. Les décideurs politiques savent qu'au-delà de la confiance et du patriotisme, ils doivent surtout compter sur les compétences et l'expérience professionnelle des candidats à promouvoir (même Obama a engagé Hillary Clinton, avec qui pourtant il avait eu de sérieux « accrochages »).
En Guinée, il arrive souvent que n'importe qui occupe n'importe quel poste politique. Les incompétents, se recrutent parmi ceux qui n'ont aucune formation dans la gestion des affaires de l'État, et c'est d'ailleurs souvent dans cette catégorie de politiciens que l'on dénombre ceux qui dénigrent la nécessité de posséder et de maîtriser les outils politiques sous prétexte que l'espace politique doit être occupé par monsieur tout le monde. Forcément !!!
Questions
Que doit-on faire lorsqu'on sait d'avance que des dirigeants incompétents, et qui plus est, incapables de créer la prospérité nationale, refuseront de démissionner quelle que soit la pression populaire ?
Conclusion
C'est dire, en d'autres termes, que seul un bon maçon est habilité à construire une maison, que seul un médecin est habilité à soigner un malade, que seul un pilote est autorisé à conduire un avion. Cette même obligation ne doit-elle pas être exigée dans la conduite des affaires de l'État ? La politique, qui est une science sociale avec ses propres exigences, ne doit-elle pas être dans les mains des « ingénieurs » sociaux ?
Certains Guinéens, qui ne voient que leurs intérêts immédiats, oublient que c'est par l'exploitation du narcissisme et de l'enrichissement personnel, rapide et illicite, que les grandes puissances assujettissent les peuples du tiers monde et retardent le développement de leurs pays.
Allons-nous laisser faire encore ?
VOS COMMENTAIRES | |
| Lamarana Diallo, Londres | 29/08/2009 16:43:12 |
| Mr Haroun, votre texte est d'une tres bonne facture! Merci pour la reflexion. | |
| Barros Diallo | 30/08/2009 14:11:03 |
| Vous aviez raison d' introduire votre texte par ce tritre. le texte démontre effectivement que "ça suffit". Excellente contribution au débat! | |