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Réaction à l’article de M. Sidikiba Keita : « Dadis doit-il partir ? »


2009-10-21 07:51:45

Je cherche en vain dans mes souvenirs, je ne trouve rien qui mérite d’exciter plus de douleur et plus de révolte que ce qui s’est passé chez nous ce 28 septembre 2009. En quelques heures, nous sommes passés d’une simple manifestation pacifique à un déluge de cruauté, de la part de nos forces armées, que nous croyions juste impensable et nous n’en étions que plus estomaqués d’apprendre la réaction à chaud de celui qui semble avoir ordonné cette expédition punitive : « Je suis désolé ». 

Aussi cruelle qu’ait été la répression de ce 28 septembre 2009 et aussi profondes qu’aient nécessairement laissé, dans nos esprits, les séquelles de cette journée, il est hors de doute pour moi qu’une grande révolution s’est opérée chez nous. Tous la voient, mais tous ne la jugent point de la même manière. Les uns la considèrent comme un accident et, la prenant pour tel, ils espèrent pouvoir encore l’arrêter ; tandis que d’autres la jugent irrésistible, parce qu’elle leur semble le fait spontané d’un peuple qui a subitement pris conscience qu’il était, s’il ne faisait rien pour l’empêcher, à l’aube de la plus sombre dictature que l’Afrique ait connu. Je suis de la seconde catégorie et je crois sincèrement que M. Sidikiba Keita en est aussi. La seule différence entre M. Keita et moi, ce sont les conséquences que nous en tirons et cette différence tient dans ce passage de son article :

« Toutefois, nous nous opposeront mordicus à toute intervention ou présence d’une quelconque force d’interposition ou d’occupation du sol guinéen. Car, nos illustres ancêtres, combattants intrépides de la lutte anticoloniale, opposants opiniâtres de toute domination étrangère comme leurs incarnations patriotiques d’aujourd’hui se sentiraient souillés. Et nous-en voudront.»

Il n’aura pas échappé aux lecteurs que M. Keita fait ici, volontairement ou involontairement, un amalgame certain entre les notions de force d’interposition et force d’occupation. Je voudrais, à toutes fins utiles, risquer une petite définition : une force d’interposition est, à mon sens, une force qui intervient, à des fins d’apaisement par la dissuasion, dans un conflit qui oppose deux ou plusieurs entités d’un même pays, tandis qu’une force d’occupation est une force étrangère qui, entrant en conflit avec un pays, occupe son territoire plus ou moins durablement. Il va de soi que la Guinée n’est, aujourd’hui, en conflit avec aucun pays étranger et donc l’intervention éventuelle d’une force étrangère ne saurait être interprétée comme le fait d’une force d’occupation.

Cette précision faite, il importe de souligner tout de suite que l’intervention étrangère, sur mandat de l’ONU, que les forces vives de Guinée appellent de leurs vœux ne saurait s’apparenter à aucune des notions précitées. Il est ici question d’une troisième catégorie d’intervention : une mission de protection des civils. Et ce ne serait guère une première du genre en Afrique, car, en effet, les populations du Darfour bénéficient précisément de ce type d’intervention sous le commandement de l’Union Africaine. Il faut également préciser que la force de protection civile aurait aussi pour mission d’assurer la sécurité des futures institutions pour parer a toute velléité de coup d’Etat en attendant des reformes au sein de nos forces de sécurité.

Le lecteur notera que je ne discute pas ici de l’opportunité d’une intervention étrangère dans notre pays. A vrai dire, c’est moins l’opposition catégorique de M. Keita à l’idée de toute intervention extérieure chez nous que les arguments qu’il invoque à l’appui de sa position qui me font réagir. En effet, le nationalisme simpliste qui fait le corpus de son argumentaire est, à mes yeux, tout simplement inacceptable et à la limite de ce qu’on peut attendre d’un intellectuel de son calibre. En invoquant la mémoire de nos « illustres ancêtres », il oublie volontairement qu’ils ne se sont précisément pas battus pour que nous, leurs descendants, vivions dans l’angoisse d’être froidement abattus par notre propre armée s’il nous venait l’idée de manifester notre opposition à la marche de notre pays. Ils ont, au contraire, donner leur vie tout comme nos compatriotes tombés le 28 septembre 2009, pour que nous vivions dans un pays qui nous garantit le droit de choisir librement nos dirigeants et celui de pouvoir manifester notre mécontentement, sans craindre pour notre sécurité, si ce droit était menacé.

Lorsqu’on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands soulèvements populaires qui n’aient tourné, en définitive, au profit des tenants du pouvoir. Si nous ne prenons garde, le massacre du 28 septembre 2009 s’inscrira dans cette logique cruelle de l’histoire de notre pays.

Il est hors de doute pour chacun de nous que le dialogue est la seule voie qui vaille pour une sortie de crise sans nouvel affrontement. La question est de savoir sur quelle base nous fondons ce dialogue. Pour ma part - c’est aussi la position du Forum des Forces Vives de Guinée – il doit être établi de manière indubitable que le Capitaine Dadis Camara, ayant, à tout le moins, la responsabilité morale du massacre du 28 septembre 2009 parce que c’est à lui qu’il incombait, de fait, le devoir de protéger nos compatriotes, est disqualifié pour assurer la gestion du reste de la transition, et que le dialogue ne saurait en aucune manière signifier une absolution pure et simple des coupables du massacre. Il appartient, donc, à la junte de prendre clairement position par rapport à ces préalables.

Au jour d’aujourd’hui, la junte devrait avoir présenté des excuses officielles au peuple de Guinée pour avoir failli à son devoir de protection et engagé des mesures pour se démarquer du carnage. Elle aurait notamment dû, sans qu’on l’eût enjoint, libérer les personnes encore détenues, rendre les corps des victimes aux familles, relever de leurs fonctions tous les officiers ayant été nommément cités par les victimes en attendant la conclusion des enquêtes, interdire à tout militaire le port d’armes et de la tenue en dehors des casernes et rendre à la police et à la gendarmerie leurs fonctions régaliennes quant à la sécurité intérieure. A mon sens, c’est à la rigueur de mesures de ce type que nous pouvons juger de l’opportunité de l’intervention d’une mission civile et de protection sous l’égide de l’Union Africaine ou de la CEDEAO, avec l’appui de l’ONU, de l’Union Européenne et des Etats-Unis. En effet, en adhérant à ces préalables et en s’inscrivant dans une logique de rectification du tort commis, la junte militaire aura prouvé sa bonne foi et la population, rassurée, n’aura pas besoin d’être protégée parce qu’elle n’aura pas à manifester pour peser sur la résolution de la crise.

Je ne sais si j’ai réussi à faire entendre un autre son de cloche sur la problématique d’un éventuel envoi d’une mission de protection civile dans notre pays, mais j’espère de tout mon cœur que les grandes plumes du net guinéen s’empareront de la question et analyseront toutes ses implications pour la résolution de la crise que traverse notre pays.

 

Alhousseny Diallo, depuis Genève.


 

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VOS COMMENTAIRES

Djetou21/10/2009 11:43:39
Cette autre réaction suscite en moi une vision singulière du problème guinéen.Je suis Malien et je me demande si l'armée guinéenne pourra retrouver son crédit devant la population civile qu'elle a traumatisé et qu'elle est sensée protéger. Je doute fort bien de cela. Les forces vives ont un peu glissé dans le laxisme face à la junte. Malgré les blessures de leaders de l'opposition, le témoin du relai de la lutte devrait être immédiatement transmis à d'autres militants démocrates. Car j'ai comme l'impression que cette affaire semble être le problème des seuls leaders blessés. Un gouvernement devrait être formé aussitôt (dès le 29 septembre) et il serait soutenu par la communauté internationale.
Woulé khono21/10/2009 12:21:15
Mr Diallo, notre réaction est la bienvenue, car par ces temps qui courent, certains ont choisi la stratégie qui consiste à noyer le poisson, à défendre indéfendable, à expliquer l'inexplicable et à légitimer l'illégitime pour des desseins ethnocentristes, régionalistes ou égoistes.
Nous réclamons cette force de protection, car l'inconscience, l'irresponsabilité, le sadisme, l'incompétence du CNDD ont fini par faire de la Guinée, un pays en lambeaux, une nation divisée, un peuple aux abois. Peut être que nous le méritons, c'est pourquoi, un sursaut consciencieux national doit nous unir autour de l'essentiel pour nous permettre de nous débarasser des mauvais éléments et nous consacrer au développement de cette Guinée.
Donc Mr Keïta, nous comprenons que vous n'êtes pas étranger à l'echec de ce pays, car de tout temps vous avez excellé dans la sordide stratégie qui consiste à obliger la victime à pardonner, à se taire, à prendre son mal en patience, à pleurer ses morts, tout en encourageant les coupables à perséverer, à se préparer à d'autres carnages, à d'autres réglements de compte, à d'autres juin 2006, à d'autres janvier - février 2007, à d'aures mai 207 et 2008, à d'autres 28 septembre 2009, car tout doit être fait pour ne pas que la justice triomphe et pour ne pas que les victimes (la population sans défense) puissent être protégés, le "mauvais peuple" doit être massacré le 28 septembre à Conakry, tandis que le "bon peuple" qui dit Vive le CNDD, Vive Dadis doit faire "koutou koutou" des 300 millions à Macenta?
C'est que vous voulez Mr Keïta?
Moi en tout cas, je veux chosir mes dirigeants afin qu'ils soient obligés de me protéger et de me rendre heureux, donc ce sera tout sauf l'impunité, tout sauf Dadis, tout sauf le CNDD.
BARRY Neteré21/10/2009 12:52:30
M.DIALLO n'a rien compris du sens d'une force d'interposition. S'il te plait, je te recommande de suivre un peu à travers le monde les sequelles dommageables des forces d'interposition. La guinée n'est pas en conflit ou envahie par un groupe armé. Il est regrettable qu'on soit en arrivé là avec ce nombre de morts mais n'adhère pas au plan de la conspiration internationale formée contre la Guinée. Les observateurs non avertis pensent que c'est un problème de Dadis mais non. Il est plus grand et serieux que Dadis. Dadis s'en ira mais si la conspiration réussisse le peuple en fera les frais encore 50 ans. Alors dialoguons en guinéens et entre guinéens. Avec le dialogue, rien d'impossible.
Lamarana Diallo, Londres21/10/2009 14:41:38
Bonjour Alhousseny et merci infiniment pour cette reaction pertinente et accessible.

Depuis l'independance de notre pays, on nous a tjrs servi ce nationalisme primaire pour opprimer les guineens et abimer le pays. Je crois que comme tu l'as dit, nos devanciers ne se sont pas sacrifies pour nous leguer un pays ou des citoyennes sont violees en plein jour pour etre sorties s'exprimer.

Pour ces nationalistes, je voudrais les informer que la Guinee fait parti de la communaute des nations et que les etres civilises sont soumis a l'obligation non seulement de punir les auteurs de crimes mais aussi et surtout de proteger les populations qui en sont victimes. D'ou la pertinence de ton explication sur les differentes voies d'intervention de cette communaute des nations. Et je suis absolument d'accord avec toi qu'il revenait a la junte de demontrer sa capacite a nous proteger et sa bonne foi, au lieu de menacer ceux qui en ont la determination.

Ce texte contribuera, a n'en pas douter, a aider a couper l'herbe sous les pieds de ces faux nationalistes qui estimen qu'il est normal d'assassiner et de violer leurs propres nationaux mais qu'il est inacceptable qu'on vienne en aide aux victimes.

Une fois encore, merci pour le texte.
bien a toi.
Mamadou Bah21/10/2009 16:25:40
Mr diallo
Tu as tord d'avoir raisonner de la sorte, un soi-disant intellectuel qui raisonne de cette façons,nous fais comprendre ton dégré d'analyse face à une situation.
Comment toi à partir de ta définition donnée par rapport à une force d'intervention , est-ce-que la guinée est aujourd'hui dans pareille situation pour parler d'une force exterieur?
Je ne te comprend pas Mr diallo.Quand Mr keita demande un dialogue entre guinéen tu reagit de façon negative et pourtant c'est la meilleur solution.
Et sur tout quand tu dis la base du dialogue pour tant le fondement que tu as déja LE DEPART DE DADIS CAMARA ET SON CNDD n'ai pas mauvais mais la manière de reclamer.
Mr diallo dois comprend une chose; quelque soit le probleme sur tout politique on finira toujours sur la table de négociation que tu veux ou pas .
hamady dicko21/10/2009 21:59:13
J’ai tellement de questions qui se bousculent dans ma tête depuis ce 28 septembre.
Mes questions s’adressent au Fouta.
Je voudrais savoir si une liste des victimes a été faite et quel est le pourcentage de morts des autres ethnies.
Je voudrais savoir si un recensement des blessés a été fait et quelle a été la répartition raciale.
Je voudrais savoir s’il existe une liste des grands absents du stade et de la guinée ce 28 septembre et qui savaient que l’opposition devait se réunir dans le stade.
On m’a dit que les soussous ont une armée dirigée par un général soussou.
On m’a dit que les malinkés ont une armée dirigée par un général malinké.
Les forestiers ont leur capitaine assis sur la guinée.
Je voudrais savoir si les peulhs ont une armée et si elle existe, qui la dirige et où se font les enrôlements.
Si l’armée des peulhs n’existe pas, je voudrais alors savoir pourquoi depuis le temps qu’ils nous tuent, pourquoi n’avons-nous pas d’armée ? je voudrais aussi savoir, pourquoi sachant que nos militants ne sont pas armés, nous les envoyons sans cesse, les mains nues devant une armée d’assassins.
Je voudrais savoir, sachant que les autres n’aiment que nos biens, nos terres et nos femmes, pourquoi ne protégeons nous pas notre famille.
Si être raciste, c’est protéger son enfant, son épouse, sa terre, ses parents, et sa culture, alors je suis raciste. Mais jamais je n’irai ôter la vie à celui qui n’est pas de mon ethnie. Alors pourquoi me tue -t -on ? et, pourquoi je ne me défends pas ?
Avant d’être guinéen, je suis peulh et j’avais un état que le blanc a détruit, mais j’ai conservé mes coutumes et ma terre. Ma patrie est le FOUTA où je me retrouve et non la GUINEE où on me tue, me viole et me vole.
L’égalité, ce n’est pas dire que nous sommes tous égaux, mais c’est mettre profondément dans tes entrailles que je te ferai exactement ce que tu me feras. Dent pour dent et œil pour œil.
Ces questions sont adressées à mes frères et sœurs du Fouta. Un étranger qui se mêlerait à ce débat inter famille, ne serait pas le bien venu. Nous allons entamer une discussions entre nous les peulhs, vous en ferez de même de votre côté et, quand nous aurons tous finis, nous nous retrouverons autour d’une table pour causer.
Mais, comme vous avez vos armées, vos milices et vos généraux, comme la France, la chine, le burkina et la cedeao sont à vos pieds, attendez que nous aussi nous ayons notre armée, nos miliciens et Obama qui est peulh, derrière nous pour venir à cette table. Si mon cousin du Rwanda était à côté, il serait venu me défendre. Mais son exemple reste vif dans mon esprit et j’ai compris que je dois m’armer au plus vite avant que le génocide guinéen ne porte que sur les diallo, les ba, les barry, les sow, les tall, les sy, les wiimi quoi.
Hamady dicko
ama22/10/2009 12:21:52
Mr Diallo,

L'auteur du texte serait il le même Sidikiba Keita qui avait été emprisonné à Conakry sous l'ère Conté?

Si votre réponse est OUI je pense que tous ceux qui avaient contribué à sa libération auront compris que ce Mr ne pense qu'à sa petite personne et qu'il ne méritait pas la solidarité dont il a bénéficié à tort. En effet comment peut il parler sur ce ton apeès la boucherie du 28 Septembre. Eh allah nous serons toujours surpris par la méchanceté de certains guinéens et leur manque de patriotisme Helas.
Lamarana Diallo, Londres22/10/2009 23:43:22
@ama,

Ce n'est pas la meme personne. Il y a eu erreur de la part de certains journaux. En affichant sa photo sur l'article d'un autre du meme nom.

Bien a toi.
Alhousseny Diallo23/10/2009 02:12:01
@ama
Non, il ne s'agit pas du même Sidikiba Keita. Le monsieur dont vous parlez a apporté la précision et s'est exprimé sur le même sujet. Il est plutôt aux antipodes du Sidikiba Keita qui a écrit l'article auquel je réagis. Alors, vous pouvez conservez toute la confiance à l'authentique M. Sidikiba Keita que moi j'apprécie beaucoup.