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De la politique d’un pas en avant, deux pas en arrière du caméléon, la Guinée passe directement à la politique du bond du tigre chasseur.
2010-01-14 00:14:28
De la politique d’un pas en avant, deux pas en arrière du caméléon, la Guinée passe directement à la politique du bond du tigre chasseur.
Décidément la Guinée ne finit pas d’étonner ! L’État de Guinée est malade. Une histoire glorieuse, une géographie riche, diversifiée et étendue, et une population endurante pour un pays en crise récurrente mis au banc des accusés de la Communauté internationale, une économie en stagflation, un paupérisme qui dément les avantages de l’histoire et de la géographie et une gestion politico-sociale calamiteuse et corruptrice.
La gestion corruptrice généralisée de l’État a conduit à la prise du pouvoir par une Junte militaire au grand dam des principes constitutionnels de la République. Au bout de neuf mois de gestion par l’armée, les politiques réclament leur droit de diriger le pays malgré les actes constructifs posés par le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Des conflits d’intérêts éclatent et opposent le Pouvoir aux Forces vives (Partis politiques, Syndicats, Société civile, Organisations non gouvernementales, etc.). Le 28 septembre 2009, au Stade du 28 septembre 1958, l’inévitable s’est produit : l’affrontement. Suite aux assassinats de citoyens et aux viols de femmes, les carottes ont été cuites et la crise a été ouverte. Depuis cette date, la Communauté internationale s’est imposée pour résoudre celle-ci ; un médiateur a été nommé et les parties en conflit ont séjourné à Ouagadougou à quatre reprises en vain.
Les évènements du jeudi 3 décembre 2009, l’attentat contre le président de la Junte, le Capitaine Moussa Dadis CAMARA, ont montré à bon escient que la réconciliation nationale doit intervenir le plus tôt possible. Cette réconciliation passe nécessairement par la constitutionnalisation de l’État de Guinée : un président et un gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple ; une Constitution taillée à la mesure du Peuple et de son histoire; des élections transparentes et démocratiques et une Armée républicaine professionnelle qui protège le Peuple et défend l’intégrité du territoire de l’État de Guinée.
Le Capitaine ‘’change couleur’’
Pendant un an, la Junte a pratiqué la politique d’un pas en avant, deux pas en arrière au grand dam du peuple de Guinée et de sa volonté de changement qualitatif. Dans un premier registre, le Chef de la Junte proclamait, entre autres, « Nous ne sommes pas des assoiffés du pouvoir. … Nous ne sommes pas là pour nous éterniser au pouvoir. … Nous ne sommes venus que pour faire une transition. … » Dans un autre registre, ses collaborateurs ont fait déclencher sur toute l’étendue du territoire national une campagne d’intoxication et de désinformation pour préparer les populations à la candidature du chef de la Junte aux élections présidentielles du 31 janvier 2010. « Dadis ou la mort ! … Dadis ne quittera pas ! … Je suis un caméléon. … Mes paroles ne sont pas des montagnes. … » La volonté affichée, mais non déclarée, du président du C.N.D.D. à se porter candidat aux élections présidentielles du 31 janvier 2010 est venue confirmer la thèse qu’il a jeté aux calendes grecques sa position décembre 2008.
Pourtant, les discours (Communiqués) du CNDD qui ont suscité le ralliement des populations à son programme mentionnaient explicitement que la tâche essentielle du Conseil national pour la démocratie et le développement (C.N.D.D.) restait de mener la nation à un État démocratique. Cette tâche passait obligatoirement par l’organisation des élections législative et présidentielle de façon transparente, libre, crédible, impartiale, incontestée et incontestable. Elle passait aussi et avant tout par le toilettage du visage politique de la Guinée. Ce ne serait pas au nom de la démocratie qu’il faudrait laisser les narco-corrompus et les prédateurs de l’économie nationale accéder aux postes de gestion et de décisions pour la nation.
Le Général ‘’multicolore’’
Après l’assassinat manqué du président du CNDD, le 2ème vice-président du CNDD, le Général Sékouba KONATÉ, ministre de la défense nationale, entreprend une tournée dans les casernes pour exprimer toute son indignation quant au comportement irresponsable des hommes en uniforme et sa volonté inébranlable de discipliner les forces armées et de mener le pays aux élections démocratiques. La démarche convainc et rassure.
Le 23 décembre 2009, jour anniversaire de la prise du pouvoir en Guinée par la Junte, le même général que les rumeurs prenaient pour écarter du pouvoir de décisions fait le saut qualitatif et constructif en tendant les mains à tous les fils du pays pour la résolution de la crise du 28 septembre 2009 et pour la gestion judicieuse de la transition. Dans cette veine, il appelle au retour de tous les politiques exilés et demande aux Forces vives de désigner un premier ministre sorti de leur rang. Il envisage des mesures disciplinaires contre les militaires qui enfreindront à leur devoir de protéger les citoyens et leurs biens.
De par son discours le général rassure et montre bien que contre vents et marées, l’État de Guinée reste toujours mue par les valeurs qui ont présidé à sa fondation : la foi dans l’indépendance, la liberté individuelle et la démocratie en politique ; la volonté de donner à chacun, par le travail, une chance de réussite, et de faire partager de façon solidaire le progrès économique par tous. La gestion du pouvoir par le général met le peuple de Guinée sur le chemin du raccourci de son histoire. Déjà, les négociations de Ouagadougou sont dépassées, les acteurs de la gestion judicieuse de la transition s’annoncent à grand pas, le peuple respire l’air frais malgré la flambée des prix, les nuits sont moins perturbées par les coups de feu, etc.
Le Caméléon ‘’change couleur’’ a-t-il réellement changé de couleur de lui-même ou alors c’est l’environnement qui l’a fait changer de couleur ? Le Tigre ‘’multicouleur’’ montrera-t-il une autre couleur ou s’essoufflera-t-il plus vite pour revenir à une autre couleur ? Attendons pour voir ! Le tigre démarre sa course à une vitesse foudroyante, plus de 80 km/h les premières secondes, mais il faut reconnaître qu’il s’essouffle vite.
Toujours est-il que le changement en Guinée est au point de non retour. Le Peuple ne fera plus son deuil de sa volonté de changement qualitatif amorcé le 22 janvier 2007. Quand on a longtemps cherché sans trouver c’est qu’on a trouvé sans chercher. La solution à la crise du 28 septembre 2009 et la stratégie de la gestion de la transition sont tellement à notre portée que nous ne pouvons le croire. La solution et la stratégie sont guinéennes.
Me Alpha Oumar SY SAVANE
Professeur, géographe internationaliste