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2010-01-18 00:50:44
Deuxième Partie :
La Guinée post- Dadis, la fin des faucons ou celle des modérés ?
J’avais annoncé ce titre dans l’article précédent. Mais, l’intérêt que revêt le sujet me conduit à une légère réadaptation. Par conséquent, je consacrerai cette deuxième partie aux faucons du CNDD.
Dans la première partie, j’avais montré la complexité de la situation guinéenne et expliqué certains obstacles au changement. J’avais également relevé le rôle fondamental des Forces Vives afin de valoriser leurs efforts.
J’avais surtout insisté sur le fait que la question qui se pose actuellement à la Guinée, c’est comment déloger la junte sans que le sang ne coule de nouveau.
Cette partie s’efforcera de faire une analyse de la configuration politico- militaire du CNDD. J’essaierai d’établir une classification simplifiée des différents courants qui minent la junte et menacent les forces du changement. Je conclurai en montrant que ces courants érigés en clans militaro- ethniques sont capables d’annihiler tout progrès démocratique. Je n’exclus pas cependant leur reconversion positive.
Ce n’est pas la première fois que les faits historiques qui se succèdent dans notre pays donnent l’impression que tout espoir rêvé par notre peuple engendre les plus grandes désillusion. Depuis 1958, comme s’il s’agissait de démentir toutes les lois de l’évolution des peuples et des nations, l’histoire guinéenne semble toujours se répéter négativement d’une république à l’autre.
Depuis un an, le peuple de Guinée a été le témoin impuissant à la descente inexorable de la nation dans l’enfer du crime, de l’arbitraire, de l’anarchie, du vol et du viol. Bref, en un laps de temps (décembre 2008- septembre 2009) le pays a accumulé toutes les conséquences de la mauvaise gouvernance.
La date du 28 septembre 2009 est justement le paroxysme de la mégalomanie et des contradictions d’un homme : Moussa Dadis Camara dont le pouvoir s’est singularisé par les dérives les plus inhumaines.
L’arrogance du soldat auto- proclamé Président de la République ; les arrestations arbitraires d’officiers et de sous- officiers ; la déliquescence de la vie publique, sociale et économique ; la montée de l’ethnocentrisme et des violences de toutes sortes ; les brimades et les brutalités subies par les leaders politiques, syndicaux et de la société civile ; les massacres de citoyens ; les viols de jeunes filles et de femmes ; la négation des crimes du 28 septembre par certains membres de la junte dont leur chef etc. sont autant d’éléments néfastes qui caractérisent le pouvoir de Dadis. Ces faits justifient en grande partie la situation actuelle de notre pays et tranchent affreusement avec les dictatures antérieures.
La tentative d’assassinat de Dadis par Toumba, le 3 décembre 2009, est justement la conséquence macabre de l’entêtement et de la dérive du système politique guinéen. Pire, elle est un épisode dans le schéma tragique tracé par le CNDD dès lors qu’il s’est éloigné de ses engagements. Enfin, elle traduit éloquemment les factions émaillent la junte.
Je classerai ces factions ou clans au sein du CNDD en deux groupes : les faucons ou les durs et les modérés. Politiquement opposées, ces groupes ont plusieurs ramifications dans les différentes composantes militaires et para- militaires.
J’emprunte la notion de « faucons » objets de cette analyse à la dénomination politique qui prévalait dans les systèmes totalitaires tels que le stalinisme et le nazisme.
Parmi les personnalités de la junte que les Guinéens appellent « les faucons du CNDD » on retrouve les Ministres de l'Environnement et du Développement durable ; de la Communication et conseiller à la Présidence ; de la Justice et Garde des Sceaux ; de l'Administration du territoire et des Affaires politiques ; le Ministre Secrétaire Général à la Présidence de la République ; le MinistreChargé de la Sécurité Présidentielle et le Secrétaire Permanant du CNDD.
Partisans d’une ligne dure, d’une solution de force, « les faucons au sein d’un gouvernement réclament une riposte énergique » et radicale. Ils conçoivent la négociation avec l’adversaire et le partage du pouvoir comme des aveux de faiblesse et des preuves d’irresponsabilité.
Par conséquent, leur philosophie politique est fondée sur l’usage de la force à l’exclusion de tout compromis et de tout dialogue. Ils sont intransigeants et fondent leur action sur la violence politique qu’ils peuvent pousser à l’extrême. Communément appelés « les têtes pensantes du système », ils n’en sont pas moins pour le chef.
Si politiquement les faucons peuvent participer à l’avènement ou la création du système qu’ils servent, sociologiquement, leur légitimité s’acquiert grâce à leur capacité de soumission. Par conséquent, à défaut d’avoir une assise idéologique, les clans au sein de la junte de Conakry peuvent revendiquer des affinités ethniques ou corporatistes.
Cela s’explique aisément parce qu’une armée qui recrute sans tenir compte d’aptitudes et de qualifications individuelles demeure un conglomérat de clans et d’ethnies armées. Un dépotoir de voyous en tenue ou d’hommes en arme sans aucune conscience civique et qui sont capables des pires crimes.
En Guinée, le groupe qu’on appelle « les faucons du CNDD » est composé des proches de Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte. Leurs relations reposent essentiellement sur les liens de parenté auxquels ce sont greffés des intérêts personnels, des avantages groupaux et des agissements sous- terrains. Cela fonde des rapports à caractère mafieux qui permettent aux membres de concentrer le pouvoir entre leurs mains.
L’expérience guinéenne montre à suffisance que les membres qui composent ce groupe mettent en avant le sentiment ethnique au détriment de toute appartenance nationale ou républicaine.
Cependant, il ya une autre composante qui, loin d’être strictement satellitaire au groupe sus- mentionné le complète et le renforce. Cette composante est constituée d’amis ou de copains de bars, de nostalgiques des systèmes défunts et les descendants de certains anciens dignitaires du Parti Démocratique de Guinée (PDG).
Font également partie de ce groupe, les différents Comités de Soutien de Dadis ou des Actions du CNDD dispersés à travers le pays et à l’étranger. Bon nombre d’entre- eux ont découvert la politique à l’avènement au pouvoir de celui qu’ils appellent « notre parent. » Au cas contraire, leur ethnocentrisme exacerbé n’a éclaté au grand jour qu’en décembre 2008. Ayant en commun la quête de postes de responsabilité ou de reconnaissance sociale, ils ont réussi à infiltrer le clan- Dadis et à noyauter le système lui- même.
Les cas d’aly Manet, Président des « Comités de Soutien de Dadis » et le « Mouvement Dadis doit Rester » (MDDR) illustrent à plus d’un titre la dangerosité et l’extrémisme de telles organisations parallèles.
La capitale française regorge des plus extrémistes de l’aile dure pro- CNDD à travers « l’Association de Soutien des Actions du CNDD. » Pour preuve, les membres de ce groupuscule n’ont pas hésité de nier les massacres du 28 septembre 2009 et les viols. Le comble, c’est une femme qui se fait le porte- parole de la dénégation des horreurs commises sur ses consœurs.
Enfin, les leaders politiques qui ont perdu toute crédibilité auprès des Guinéens et dont les partis se sont effrités défendent l’action des faucons et s’érigent en propagandistes du système dans l’espoir de retombées politiques.
L’appel à la nomination d’un premier ministre de transition a dévoilé les limites de leur appartenance à l’opposition. Ils n’ont pas hésité à quitter les Forces Vives dont leur parti politique se réclamait auparavant. Leur précipitation à se porter candidat à la primature à éclairer plus d’un Guinéen.
Si différents dans leur origine et dans leur parcours politique, les faucons du CNDD et leurs alliés ont un dénominateur commun : l’ambition démesurée de se maintenir aussi longtemps que possible au pouvoir ; l’obstination à s’assurer le contrôle de l’Etat et la détermination à paraître comme le plus dévoué au chef. Les uns et les autres, comme je le disais plus haut, mettent en avant le sentiment ethnique au détriment de toute autre appartenance nationale.
Cette prégnance du culte du chef, de l’ethnocentrisme mais aussi la négation des valeurs qui fondent la nation constitue l’une des caractéristiques de tous les systèmes politiques africains et tiers- mondistes en général.. La Guinée se distingue uniquement par la longévité de ces tares (51ans) qui retardent toute démocratisation du pouvoir.
Les faucons du CNDD seraient les instigateurs des événements du 28 septembre 2009. En tout état de cause, c’est dans ce groupe qu’appartiennent tous ceux qui sont sous le coup d’une inculpation de Crime contre l’Humanité.
Les accords de Ouaga du 14 janvier 2010 ouvrent une voie nouvelle qui permettrait aux faucons du CNDD de faire un mea- culpa honnête, patriotique et humain. Si par mésaventure, ils cédaient à la tentation de se radicaliser davantage, les Guinéens risquent de leur faire payer le prix fort. Cela se justifierait car ils constitueraient une menace encore plus sérieuse au fragile espoir qui commence à renaître.
En toute hypothèse, ils doivent comprendre que les modérés ont eu le dernier mot qui n’est rien d’autre que la victoire du dialogue sur le- va- t- en guerre et la divinisation du chef. Ce dernier l’aurait- il compris en « capitulant » librement à Ouaga ? En tout état de cause, l’élan démocratique est en marche et le peuple de Guinée ne reculera plus jamais.
Enfin, en politique comme dans toute activité humaine, une erreur de parcours est envisageable. Mais, de sa dimension dépendent les conséquences à en tirer. Pousser l’avidité du pouvoir et l’attachement à un individu jusqu’à renier à des êtres humains le droit à la vie et leur ôter toute dignité reste un acte ignoble et punissable avec vigueur.
Toute réconciliation entre Guinéens ainsi que toute instauration de la démocratie doivent nécessairement faire la part entre accusés et coupables. L’acquittement des premiers est aussi juste que la sanction des seconds. Ce principe doit être inscrit parmi les priorités futures afin de laver les soupçons et rendre justice aux victimes vivantes ou décédées.
C’est le seul moyen d’éviter les vengeances individuelles et la chasse aux sorcières. C’est un garant de justice, d’équité qui répond aux critères de la démocratie et de la réconciliation nationale à laquelle nous devons tous nous consacrer.
A suivre : Troisième partie : La victoire des modérés et leur rôle dans le retour à l’ordre constitutionnel.
Lamarana Petty Diallo
lamaranapetty@yahoo.fr
VOS COMMENTAIRES | |
| MADIOU | 18/01/2010 10:09:00 |
| Merci Mr Diallo, votre article est vraiment très bien écrit! madiou Orléans | |