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Guinée : est-ce l'annonce de la rédemption de la république ?2010-02-08 01:31:41 Les Guinéens voudraient le croire et j'espère que le plus grand nombre le souhaite pour aller vers un ordre constitutionnel que nous n'avons jamais connu. A la sortie de l'ère coloniale en 1958, les dirigeants guinéens ont choisi pour la Guinée, le statut de régime républicain, c'est-à-dire, le régime politique dans lequel le pouvoir est partagé et où la fonction de Chef de l'Etat n'est pas héréditaire. Tout pouvoir procède de la volonté populaire. Or en Guinée, le régime républicain proclamé et inscrit au fronton des édifices publics et en frontispice des textes fondamentaux, a été dans les faits, 51 années durant, soit un régime quasi monarchique , soit un régime de dictature militaire. Le cynisme et la tromperie ont consisté de la part des Présidents à toujours user, selon les époques des termes de république populaire ou de république tout court. Dans la réalité, la République de Guinée (la Res publica guineensa, la chose publique guinéenne) n'a été depuis 1958 que la chose privée de Sékou Touré puis de Lansana Conté et, ensuite, de Moussa Dadis Camara.Tous les trois ont usé et abusé de la chose publique selon leur bon plaisir, en puisant dans les ressources économiques et financières du pays, en mettant sous écrous n'importe quel citoyen ou en libérant de prison selon leurs caprices. Même des Chefs de monarchies constitutionnelles n'ont pas toujours cette étendue de pouvoirs. C'est ce type de conception du pouvoir, reposant sur l'arbitraire,la force et la violence, soutenu par des Guinéens même dits « éclairés » qui est la cause première de l'enlisement de la Guinée dans le sous-dévéloppement total. Ce sous-développement est total car il enserre toutes les structures guinéennes: étatiques, humaines (psychologiques et mentales), économiques et sociales etc. Loin d'être au service du peuple guinéen, le régime républicain de Guinée n'a jamais attiré l'adhésion massive et sincère de nos concitoyens. Un grand nombre d'entre eux ont toujours senti sans pouvoir le dire ouvertement un régime fondé sur la violence d'Etat, l'imposture , la magouille et le vol de toute nature.Cet état de fait n'a jamais contribué à rassembler positivement un peuple pour construire un pays. Un pays ne se construit pas quand ses serviteurs vivent dans la peur. Un exemple vient de nous être donné par le Président de la Commission d'enquête nationale sur les massacres du 28 septembre 2009. Le Président de cette Commission, le Procureur Siriman Kouyaté, n'a reconnu comme responsables de l'ignominie du 28 septembre dernier que le Lieutenant Toumba Diakité et une équipe de bérets rouges.Dadis, Président du CNDD et ordonnateur incontournable de tout ce qui pouvait se décider au Camp Alpha Yaya jusqu'au 3 décembre 2009, n'est pas reconnu par le Procureur Kouyaté comme responsable du monstrueux crime contre l'humanité qui a été condamné par l'ensemble des Nations. C'est Toumba, l'absent qui n'a fait qu'obéir aux ordres de son Chef qu'on exhibe comme le responsable suprême de ce qui a été décidé au sommet du CNDD. On devine alors que s'il avait été pris le 3 septembre, on l'aurait immédiatent tué pour l'empêcher de parler, comme il l'a, d'ailleurs dit dans son interview. Dans un tel contexte d'Etat de non droit, on peut , même si l'on ne partage pas, comprendre les curieuses conclusions du Rapport de Siriman Kouyaté qui connaît parfaitement bien la chanson que le pouvoir qui l'a désigné, attendait de lui.C'est pour l'élimination de ce type d'Etat sauvage que naît chez les Guinéens l'espoir d'un aggiornamento dans leur pays à chaque tournant de son histoire. Encore une fois, ce type de survol me semble nécessaire avant d’en venir à l'objet direct de cette note.C'est de dire que l'accord sur la crise guinéenne, signé le 15 janvier, à Ouagadougou, même s'il a comporté des critiques justes , peut et doit constituer une base de départ nouveau . En somme une recherche de réhabilitation de l'Etat guinéen pour, petit à petit, balayer l'absence d'Etat républicain qui n'a fait que beaucoup de mal au pays. Si, en effet le nouveau tournant qui semblait s'amorcer venait à échouer encore , ce que personne de raisonnable sur l'avenir guinéen ne souhaite , la Guinée pourrait sans nul doute se situer dans le sillage du modèle connu par des pays comme la République d'Haïti. Citer le modèle d'évolution d'Haïti , par les temps qui courent, n'est nullement fait, ici, en référence au malheur qui vient de frapper cette République de la Caraïbe, sous la forme d'un terrible séisme le 12 janvier dernier qu'on dit avoir (provisoirement) fait 200 000 morts et 300 000 blessés. Ce type de catastrophe naturelle peut arriver à n'importe quel pays.Ainsi du 22 au 24 décembre 1984, un tremblement de terre , de magnitude 6,3 (selon les spécialistes) sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9) a secoué à plusieurs reprises des zones de la Moyenne-Guinée, faisant de nombreuses victimes mais personne n'a jamais fait allusion à cette catastrophe dans le calamiteux bilan de la Première République de Guinée (1).Personne ne peut donc en faire, sur ce point, aux Haïtiens à propos des malheurs séculaires qui les frappent. La référence à Haïti concerne le type de gouvernance pratiquée depuis plus de deux siècles. Pour la Guinée, après 50 années d'errement il faut que les gouvernements prennent conscience des réels enjeux de la construction du pays. Cela ne consiste pas seulement à la course au pouvoir et des avantages qui en découlent pour quelques uns.C'est ce que n'ont pas sembler comprendre les dirigeants haïtens depuis leur héroïque conquête d'indépendance par des esclaves qui sortaient de la nuit des temps au début du XIXe siècle. Cette conquête était infiniment plus difficile que celle qu'ont connue les Africains au milieu du XXe siècle.Mais avec le temps, Haïti aurait pu connaître, à présent, une situation moins catastrophique que ce qu'elle connaît avant le séisme: Elle présente le niveau de développement le plus faible du continent américain (2).Si les Guinéens ne se ressaisissent pas c'est cette trajectoire qu'ils prendront en Afrique et un certain nombrilisme hérité du Non du 28 septembre 1958 qui pèse encore sur certains Guinéens peut les y conduire. C'est pourquoi j'attire l'attention sur l'évolution d'Haïti. De quoi s'agit-il exactement? Sans entrer dans l'histoire tumultueuse de l'île, disons qu'après la révolte des esclaves africains menés par Toussaint Louverture en 1791, celui-ci est fait prisonnier et déporté en France sur ordre de Bonaparte. Mais en 1803, le corps expéditionnaire napoléonien, de 12 000 hommes, dépêché dans l'île pour rétablir l’esclavage, est vaincu près du Cap -Haïtien (auparavant Cap-Français) et l'indépendance est proclamée le 1er janvier 1804 à Gonaïves par le Président Jean-Jacques Dessalines avec d'abord un statut politique incertain: « empire » avec Dessalines, « royaume » avec Henri Christophe, « république » avec Alexandre Pétion, et Jean-Pierre Boyer. Les débuts de cette République sont difficiles: évasions des capitaux, les Haïtiens doivent payer une lourde somme pour indemniser les anciens colons français ce qui va handicaper longtemps la jeune République.La France ne reconnaîtra réellement l'indépendance qu'e 1838 sous Louis-Philippe. D'autres reconnaissances suivront: le Saint-Siège, les Etas-Unis après l'abolition de l'esclavage par Lincoln (1863).Mais le mépris dans lequel est maintenue cette république noire est assez général.Ainsi, Alexandre Pétion (Président d' Haïti, 1807-1818), donne asile à Simon Bolivar pourchassé au Vénézuéla et lui donne des aides (à deux reprises) pour reprendre son combat de libération contre les Espagnols, en lui demandant seulement l'émancipation des esclaves des terres libérées mais quand Bolivar convoque le Congrès de Panama en 1826, sur l'Amérique latine, Haïti n'est pas invitée . Pendant toute la première moitié du XIXe siècle, la crainte du retour des maîtres français entaîne un surarmement et des dépenses importantes pour la construction de nombreux forts de défense comme la gigantesque citadelle du roi Christophe près du Cap-Haïtien. Cette obsession de défense conduit à occuper la partie Est de l'île qui deviendra après trois guerres meurtières la République dominicaine en 1844. Sur le plan politique s'intallent des dictatures militaires appuyées sur des bases régionales (le Sud contre le Nord). Les Chefs miltaires préoccupés de pouvoir politique plus que de construction du pays, lèvent dans les campagnes des armées de mécontents qui ravagent l'île.Pour financer leur soif de pouvoir, ils ont recours à des emprunts extérieurs avec des conditions léonines. Le non-remboursement des dettes entraîne des interventions des puissances extérieures dans la politique haïtienne.Le principe de la remise de dettes n'existait pas encore. Au XXe siècle, les Etats-Unis, qui pratiquent déjà une plolitique impérialiste dans la région Caraïbe , veulent assainir et policer ce qu'ils considère comme une zone instable. Ils envahissent militairement Haïti, prennent le contrôle des douanes pour assurer le paiement des dettes contractées et établissent un protectorat qui va se maintenir de 1915 à 1934 avec la collaboration d'hommes de paille.Mais la résistance populaire évite à l'île de devenir une quasi-colonie de grandes plantations comme Cuba ou la République dominicaine (3). Certains nationalistes qui apparaîtront plus tard sur la scène politique, comme le Docteur François Duvalier (1957-1971) et son fils Jean-claude Duvalier n'ont pas tardé à se muer en sinistres dictateurs qui ont enfoncé Haïti dans un sous-développement chronique et contribué à renforcer l'émigration des Haïtiens (notamment vers l'Amérique du Nord, la République dominicaine, les Antilles Françaises et la France) de plus de 3 millions d'Haïtiens dont de nombreux cadres et techniciens sur une population totale d'environ 9 millions d'habitants. D'autres dirigeants comme le prêtre Jean-Bertrand Aristide, devenu homme politique au début des années 1990 , avait suscité beaucoup d'espoir avec son slogan de campagne de réconciliation pacifique en créole « Pa pè Fè lapè » (« Ne craignez pas de faire la paix ») a été deux fois renverséetcontraint à l'exil, d'abord aux Etats-Unis en 1991,puis revenu au pouvoir en 1994 , exilé de nouneau en Afrique du Sud.On voit donc que Haïti a subi des coups durs au cours de son existance bicentenaire mais tout n'a pas dépendu des Haïtiens eux-mêmes, comme il vient d'être rappelé .L'insconcience d'une minorité dirigeante égoïste, repliée sur elle-même et assoiffée de pouvoir source de son enrichissement a largement contribué aux malheurs du peuple haïtien: violence politique et misère permanente de la majorité de la population. Pour terminer, il faut se souvenir que la violence appelle la violence et le devoir de dirigeants politiques doit être, entre autres, d'éviter la violence. C'est un thème à développer dans la conscience collective. Voici ce qu'a été la succession de la Présidence de la République d' Haïti depuis 1804 et qui prouve que le pouvoir politique y a été la préoccupation dominante de la classe politique avec toutes les conséquences négatives qu'on constate de nos jours. Présidents ,Mandat et Destin. J'ai retracé cette liste pour donner à réfléchir aux Guinéens sur les tendances qu'ils ont à idolâtrer même des militaires du gabarit politique de Moussa Dadis Camara.Des dirigeants politiques de cette catégorie ne peuvent mener un pays qu'à la ruine. Je l'ai écrit souvent, non pas contre la personne d'un homme mais pour l'avenir d'un pays. Le peuple guinéen dispose lui aussi de grandes qualités.Il ne doit pas se focaliser sur son passé colonial de 60 années ni sur les pièges tendus du début d'indépendance pour expliquer tous ses malheurs, comme certains Guinéens se plaisent à le faire. Des pays coimme le Vietnam ont subi des épreuves plus dures et se sont mieux sortis d'affaires.Les malheurs du peuple guinéen ont été ses hommes politiques et principalement ses Présidents qui n'ont été que des imposteurs. Il faut que les Guinéens et parmi eux, les plus éclairés, se débarrassent des méthodes de gouvernement par imposture. C'est pourquoi quand des Guinéens s'élèvent avec véhémence contre le pouvoir militaire, comme dans le Collectif guinéen contre le Pouvoir militaire (CGCPM), ils doivent être entendus et suivis. Devant ce type de collectif, d'autres soulignent cependant, l'incontournabilité de l'Armée dans le règlement de toute crise présente .Au regard de ce constat, faut-il laisser le cours des choses se poursuivre comme pendant les 25 dernières années? Sur ce point, je ne crois pas qu'il faille comprendre que la communauté internationale ou le CGCPM minimisent le poids de l'armée en Guinée. Si tel était le cas pour la communauté internationale, Sékouba Konaté n'aurait pas reçu tant de messages de félicitations et de soutien dans les orietations qu'il a annoncées.Quand au CGCPM, la position qu'il adopte est la plus féconde pour notre pays, face à la communauté internationale: (« aide-toi, le Ciel t'aidera », c'est connu...). Dans les deux positions, le but recherché est d'amener la Guinée vers le type de gouvernance à base de droit non par la force des armes.Les rejets de Quand je parle d'espoir et de rédemption de la République , cela veut signifier que nous devons faire confiance aux acteurs des Forces vives, à commencer par le Premier Ministre de la Transition pour tirer le meilleur des dispositions favorables du Général Sékouba Konaté à un retrait de l'Armée de la direction politique du pays.Faire confiance aux Forces vives ne signifie nullement se transformer en choeur d'applaudissement à tout. La critique est donc nécessaire mais le contexte d'ensemble du pays est difficile, chacun le sait ou le devine. C'est pourquoi il faut aider les Forces vives,le gouvernement de Transition et le Général Sékouba Konaté dans la voie de rédemption de la République de Guinée.Et je le répète,il ne s'agit pas d'un appel à un suivisme aveugle mais un appel à la vigilance active mais pas au renoncement. Des positions d'affrontement ne pourront que reculer les solutions à nos problèmes. Ce pragmatisme ne signifie nullement donc une renonciation à la formation des citoyens guinéens aux objectifs du Collectif guinéen contre le Pouvoir Militaire. Et les leaders politiques doivent s'employer de façon pédagogique à faire comprendre aux responsables militaires que dans une nation, la spécialisation des tâches est une nécessité, celle de l'Armée est la défense du territoire national.Quand chaque catégorie socioprofessionnelle aura compris l'absolue nécessité de la division du travail social selon les spécialisations, les choses marcheront mieux en Guinée.
Ansoumane Doré (Dijon, France) NOTES: (1)Il faut rappeler ici qu'un violent tremblement de terre a secoué à plusieurs reprises le Nord-Ouest de la Guinée, les 22-24 décembre 1983.Les localités de Gaoual et de Koumbia ont été particulièrement détruites.Des dégâts ont été aussi enregistrés à Mamou, Kindia et Labé. Les victimes ont été chiffrées à 275 morts et 1300 blessés. Selon l'Institut Physique du Globe de Srasbourg (France) qui avait aussitôt confirmé les informations de Radio-Conakry, les secousses avaient atteint la magnitude sur l'échelle de Richter (graduée de 1 à 9), ce qui est destructeur. La dictature en place, alors, parlera peu de la victime mais les marabouts et les féticheurs de Guinée se saisirent de l’évènement, qui, il est vrai, est apparu comme surprenant pour tout le monde. En effet aucun séisme important n'avait été enregistré, de mémoire d'homme, jusqu'à cette date en Afrique de l'Ouest, si ce n'est dans les lointaines îles volcaniques du Cap-Vert. Mais puisqu'il s'agissaitd'un fait exceptionnel, marabouts, féticheurs et devins ont laissé entendre qu'il devait avoir un sens caché.Toujours est-il qu'à peine trois mois après ce séisme , Sékou Touré disparaissait le 26 mars 1984. Ce qui a conduit à des commentaires variés.
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