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2010-02-11 21:54:09
La victoire des modérés et leur rôle dans le retour à l’ordre constitutionnel.
Dans les deux premières parties de cette analyse datant de janvier 2010, j’avais traité de la question de l’équilibre des forces en cette phase de la transition. Je m’étais également efforcé de montrer la configuration politico- militaire du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD).
Ma conclusion mettait en exergue la victoire de l’aile modérée de la junte sur celle qui est qualifiée d’aile dure et dont les membres sont appelés « les faucons. »
J’essaierai à présent de définir ceux qu’on appelle politiquement modérés avant d’indiquer le rôle qu’ils pourraient jouer dans cette phase déterminante de la marche de notre pays vers la démocratie.
Dans un système politique, les modérés sont souvent affiliés aux centristes dont l’approche dans la gestion de la cité est opposée à toute tendance extrémiste. Cette conception qui est mieux adaptée à un pays, comme la France par exemple, est cependant applicable à tout régime politique. Il s’agirait tout simplement de tenir compte de la philosophie politique et de la façon d’agir ou de gérer le bien commun : la nation en l’occurrence.
Ainsi, les modérés, comme l’indique leur appellation se distinguent par leur sens de la mesure, leur éloignement ou leur refus de tout excès. Ils sont pondérés tant dans leur action que dans leur parole. Ils sont tout autant raisonnables dans leur prise de décision et sages dans l’application de celle- ci.
Les modérés du CNDD sont représentés par le Général Sékouba Konaté. Les Guinéens l’avaient pressenti très tôt. Son effacement et son calme auprès du bouillant Capitaine Moussa Dadis Camara parlaient à plus d’un concitoyen.
Parmi les modérés, il ya également le Général Mamadouba Toto Camara et bien d’autres qui sont moins connus. Leur tempérament pondéré et leur exclusion du centre de décision expliqueraient qu’ils soient moins connus de l’opinion. Très certainement, la nouvelle donne politique leur permettra de s’exprimer et de mettre leur capacité au service de l’armée et de la nation toute entière.
Mais les modérés ne sont pas uniquement au sein du CNDD tout comme les durs ne l’étaient. On les trouve parmi les civils également.
Le Premier Ministre sortant, Kabinet Komara serait, de l’avis de plus d’un observateur, de ceux- là. D’où le satisfecit qu’il a eu des organisations internationales africaine et onusienne ces derniers jours. Son calme et son attitude pacifique face à l’ancien chef de la junte auraient, dit- on évité le pire à la Guinée. Bien sûr, cela n’exclut pas des critiques négatives ou des réserves de l’action politique de son gouvernement.
La contribution des modérés au retour à l’ordre constitutionnel est d’autant plus nécessaire que l’équilibre socio- politique est encore très fragile dans notre pays. La question essentielle, c’est comment pourront- ils s’affirmer après des années de brimade ? Des années d’effacement au sein de l’armée et qui sont doublées d’une figuration au sein du CNDD où les plus fougueux d’hier avaient la voix au chapitre.
La nouvelle ère qui se dessine devrait rendre facile et, surtout, faisable cette probabilité. Autrement dit, rien ne semble désormais freiner le plein exercice de capacités individuelles. La restructuration de l’armée qui est l’une des priorités de la transition devrait permettre aux cadres militaires intègres de retrouver le sens civique.
Dorénavant s’ils étaient contre l’orientation prise par le CNDD sous Moussa Dadis, ils ont l’opportunité de se conformer à la volonté populaire. C’est- à- dire, assurer une transition paisible devant aboutir dans les six mois aux élections présidentielles libres et transparentes.
L’armée se caractérisant entre autres par l’amour de la patrie, la rigueur et le combat pour la paix, les modérés à tous les niveaux et dans tous les secteurs socio- professionnels devraient pouvoir jouer un rôle majeur en cette étape de l’évolution du pays.
Je sais que certains ne diront qu’il s’agit- là d’une vision utopique des choses. Certes, l’expérience des dernières années leur donne une part de raison. Néanmoins, on ne peut pas généraliser et dire que toute l’armée guinéenne est coupable de ce qui s’est passé. C’est évidemment en son sein qu’il ya les auteurs des pires exactions commises sur les populations. Cependant, la faute collective ne tient pas face à une analyse objective et impartiale.
Je dis donc, toute la question est liée au comment faire en sorte que l’armée guinéenne devienne non plus un adversaire de la démocratie, mais un acteur efficace, sûr et loyal.
A mon sens, le rôle des organisations internationales entre en compte à ce niveau. Il s’agira non seulement d’aider notre pays à restructurer l’armée, la réformer pour la mettre réellement au service de la République. Bref, en faire une armée républicaine au service du peuple.
Au- delà de cette institution, c’est à l’ensemble des acteurs politiques, syndicaux, de la société civile et à tous les citoyens qu’il revient le devoir d’agir pour le changement.
En ce qui concerne les hommes politiques y compris ceux qui feront partie du futur gouvernement, il faudrait avoir à l’esprit cette assertion d’Émile- Auguste Chartier, alias Alain Propos : « Le (plus) difficile, c'est d'être modéré sans être faible. »
L’affirmation, non de soi, mais de ses idées ou de sa vision politique risque incontestablement de se passer entre les modérés et les durs. Les premiers voudront mener la Guinée vers le progrès alors que les seconds lutteront pour le statu- quo.
Les uns voudront s’allier au peuple et le soutenir dans son combat pour le changement tandis que les autres tenteront de s’accrocher à leurs intérêts personnels.
Sans trop m’étaler là- dessus, je dirais que le temps est du rapprochement des deux visions du monde ; des deux camps dont l’opposition n’est pas forcément antagonique est arrivé. Nous devons le mettre à profit !
Je persiste à dire que la situation politique en cours en Guinée est propice à une auto- critique. Une opportunité de faire un mea- culpa objectif qui prenne en compte les erreurs, voire les fautes personnelles afin de les corriger.
La tendance actuelle est certes la victoire des modérés sur les faucons qui avaient voulu, à tout pris, maintenir le CNDD d’avant le 28 septembre 2009. Cependant, la chasse aux sorcières est à prohiber. L’intérêt supérieur de la Guinée commande que les uns assument leurs actes quelle que soit leur nature. Que les autres se mettent entièrement au service du peuple et qu’ils attirent, dans la mesure du possible, les premiers vers l’idéal commun.
Enfin, les uns et les autres doivent prendre conscience qu’ « aucune Guinée n’est possible sans l’effort conjugué de toutes ses filles et fils » comme le disait l’un de nos éminents compatriotes : Boubacar Telly Diallo ancien Secrétaire Général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)
Lamarana Petty Diallo
lamaranapetty@yahoo.f
VOS COMMENTAIRES | |
| zée | 12/02/2010 16:58:12 |
| Merci pour votre analyse mais je comprend pas pourquoi cette meme analyse ne se fait pas au sein de la classe politique si vous etes vraiment cessaire. Pour le CNND l'aile dure est connue et L'aile moderée aussi donc mer Petit faites la meme pour la classe politique et on sait bien dans toute démocratie progrésiste ce l'aile modérée qui gagne.A la semaine prochaine. | |