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Sekouba Konaté emboîte le pas à Dadis Camara2010-02-19 09:14:08 Vingt quatre heures après la publication de la liste des membres du gouvernement, celui qui faisait les lectures des décrets et ordonnances de Dadis, Mandiou Dioubaté, a annoncé la liste des membres du cabinet de Sekouba Konaté. Ce cabinet est largement composé de conseillers aux fonctions réelles non définies et qui d’après le communiqué officiel, seraient précisées ultérieurement dans des lettres de mission. Comme quoi les habitudes ont la vie dure en Guinée, on ne définit pas les priorités, mais on nomme les gens avant de savoir ce qu’ils peuvent faire. Claude Pivi et Moussa Tiegboro Camara ont été cités par les rapports de Human Right Watch et de la Commission internationale d’enquête de l’ONU comme directement impliqués dans les massacres et exactions du 28 septembre 2009. En dehors de leur implication directe dans ces évènements, ces deux ex Ministres de Dadis sont réputés pour leur méconnaissance des règles élémentaires des droits de l’homme. Claude Pivi Coplan, mystificateur, s’est toujours fié à ses muscles pour intimider et terroriser les populations. Il est directement mêlé à la tuerie des policiers en juin 2008 et après la prise du pouvoir par la junte, il a toujours profité de sa fonction officielle pour régler des comptes privés et effectuer des descentes punitives contre des personnes qui avaient des démêlés avec des membres de sa famille ou ses proches Par conséquent le repêchage de ces sinistres personnes ne s’explique certainement pas par leur compétence mais par d’autres raisons que Sekouba seul connaît. -Sekouba fait fi des recommandations du groupe international de contact Lors de sa 10ème session le 26 janvier 2010, le Groupe international de contact sur la Guinée avait encouragé le Gouvernement de transition à ne pas inclure en son sein des individus suspectés d’être impliqués dans les massacres perpétrés à Conakry le 28 septembre 2009, et les autres crimes qui ont suivi. Il est alors très surprenant que Sekouba, dans un décret différent, ajoute ces deux ministres. Ce qui donne froid dans le dos, ce sont les propos mêmes de Sekouba qui dit qu’il faut parfois préférer la paix à la justice. Une sorte de chantage car en dehors des éléments de l’armée, personne ne menace la paix en Guinée et on ne saurait éternellement perpétuer une culture de l’impunité où les victimes doivent panser leurs plaies et ruminer leur peine en silence et les bourreaux régner au nom d’une paix de la terreur. -Une dichotomie au sein de l’exécutif guinéen Depuis la désignation des deux têtes de l’exécutif de la transition par Ouagadougou et par les forces vives, c’est sur Jean Marie Doré que se sont focalisées les critiques en raison d’une part du fait qu’il n’a pas clairement dit qu’il ne sera pas candidat aux prochaines élections, ce que les autres leaders et lui avaient reproché à Dadis et qui les a conduits à organiser la manifestation du 28 septembre et d’autre part, par le temps qu’il a pris pour former le gouvernement. Jusqu’ici certains présentaient Sekouba, qui était Ministre de la Défense de Dadis, comme le sauveur. Pourtant c’est lui qui dispose de l’essentiel du pouvoir en Guinée. Il peut bloquer les actions de Jean Marie Doré par un simple refus de signer un décret. D’ailleurs on peut se poser des questions sur ce qui a été mis sur le compte de certains faux pas de Jean Marie Doré. En effet, le samedi 13 février, celui-ci était sur le point de présenter les membres de son gouvernement : « Le gouvernement que je forme aujourd’hui et dont la liste des membres va vous être communiquée... », avant que ne soit interrompue, sans raison donnée, la diffusion. Deux jours plus tard, le 15 février, ce n’est pas JMD, mais Sekouba Konaté en personne qui vient faire l’annonce du gouvernement, comme s’il entendait affirmer ses prérogatives. D’ailleurs les fonctions de certains conseillers de Sekouba s’apparentent à celles des Ministres de Doré. Ainsi Mr Boubacar Steph Conseiller chargé de l’Administration du Territoire et des Affaires électorales va certainement suivre de très près le Ministre de JMD Dr Newa Damé chargé de l’Administration du territoire et des affaires politiques. Plus surprenant de la part d’un « président par intérim » qui n’a pas d’ambition politique et qui ne veut pas s’éterniser au pouvoir, c’est d’avoir dans son cabinet un Administrateur général des grands projets en la personne de El Hadj Mamadou Mouctar Diallo qui semble cumuler à la fois les fonctions du Ministre des travaux publics occupé par Yamoudou Touré et celui du Plan et de la Coopération internationale où est maintenue Mme Zénab Saïfon Diallo. Sekouba a aussi gardé son compère de la Commission d’audit Me Alfred Mathos qu’il a nommé Agent judiciaire de l’Etat. Ce dernier va certainement pister le Ministre du Contrôle et des Audits, Kerfalla Camara. Il faut dire que Sekouba et sa commission d’audit avaient complètement rendu invisible le Ministre des audits, de la transparence et de la bonne gouvernance Monsieur Joseph Kandouno du gouvernement de Kabinet Komara. L’adjonction par Sekouba des deux ministres criminels qui ne relèvent pas du gouvernement, mais de Sekouba lui-même, est une tradition instaurée par Dadis Camara. C’est avec Dadis que nous avons vu apparaître cette expression vide de sens « Ministre à la Présidence ». Dadis s’était ainsi éloigné du Ministre d’Etat aux affaires présidentielles du règne de Conté (notamment occupé par Fodé Bangoura). Sur la liste des membres du gouvernement de Kabinet Komara, il y avait des Ministres, des Ministres à la Présidence et des Secrétaires généraux à la présidence etc. Parmi les Ministres et Secrétaires généraux à la Présidence figuraient : -Sekouba Konaté, Ministre à la Présidence chargé de la Défense nationale En dehors de Boubacar Barry, tout ce cercle des Ministres à la présidence de Dadis Camara a été reconduit dans les instances de transition. Le Colonel Keleti Faro qui était devenu chef de délégation du CNDD à Ouagadougou depuis la prise des rênes du pouvoir par Sekouba et le capitaine Mamadou Sandé sont dans le gouvernement de JMD respectivement Ministres de l’agriculture et de l’énergie et l’hydraulique. Celui restant, Tiégboro est désormais sous l’aile de Sekouba. L’autre héritage de Dadis que conserve Sekouba c’est ce Ministre étrange, celui de la Sécurité présidentielle. Une invention de Dadis qui érige en ministre la fonction de garde-corps. Pivi en reste le titulaire. Sekouba a aussi continué cette tradition instaurée par Dadis de nommer une kyrielle de conseillers. Tout comme Dadis, il s’est entouré d’une vingtaine de conseillers. Espoir chimérique ou désespérant rêve de changement démocratique ? Ce qui est surprenant c’est l’effervescence qu’a suscitée le choix de Sekouba auprès des forces vives guinéennes. Pourtant rien n’explique la nomination de Sekouba à la tête de l’Etat après la tentative d’assassinat de Dadis. Sekouba n’était que le numéro trois de la junte. Pourtant, dès que Dadis a été victime d’une tentative d’assassinat, c’est lui que les militaires ont attendu pour le couronner. Ce sentiment a été renforcé par la mise en scène organisée à Ouagadougou par le médiateur de la CEDEAO et les membres du CNDD. En effet, il a suffi qu’ils extirpent de manière soudaine et inattendue l’épouvantail de Dadis du Maroc pour le faire déambuler à Ouagadoudou, pour provoquer la panique chez les forces vives. Leurs cœurs vont d’autant battre la chamade que le scénario a ajouté des membres du CNDD proches de Dadis qui vont se rendre à Ouaga avec un avion spécial pour demander le retour de Dadis aux commandes. Il faut dire que ce script était nettement plus élaboré que les montages habituels de complots ou attentat comme celui d’Enco 5 ou encore les attaques simultanées venues de toutes nos frontières. Cela a produit son effet. Non seulement les forces vives ont confirmé l’onction de Sekouba, mais ont approuvé sans plus de condition l’accord de Ouaga qui les a pourtant éjectés des négociations. Ainsi, les forces vives qui n’ont pas su prendre leur responsabilité le 3 décembre en constatant une vacance du pouvoir et s’entendre pour définir les modalités d’une transition civile et surtout sans le CNDD, ont réussi l’exploit de remettre en selle le CNDD qui a lui seul dispose du tiers des portefeuilles ministériels. Mais comme on dit, aléa Jacta est (les dés sont déjà jetés). Maintenant voyons si Sekoua a vraiment l’étoffe pour incarner le changement ! Un des défis qui l’attend c’est celui de la réforme de l’armée. Sekouba était Ministre de la Défense de Dadis. Un de ses hommes de confiance. L’armée guinéenne a toujours eu un grave problème de discipline. Pourtant, pendant toute l’année qu’il était à la tête de ce ministère qu’il cumule désormais avec ses fonctions de président par intérim, Sekouba n’a jamais engagé de réforme. Au contraire, avec Dadis, il va instaurer le culte de la personnalité dans les garnisons en faisant jurer soldats, gendarmes et policiers fidélité à Dadis et à lui Sekouba (et non à la Nation), ce, oh blasphème ! en les faisant jurer sur le Coran et la Bible à la fois. Sekouba aurait il changé en un an ? Nous attendons de voir. Une des raisons pour lesquelles la communauté internationale qui a certainement noté le manque de directive et l’inconsistance de la classe politique guinéenne, a misé sur Sekouba Konaté, c’est sa non implication directe dans les évènements du 28 septembre 2009. C’est vrai qu’à cette date il était « absent ». D’après une dépêche de l’AFP « Pendant le massacre d'opposants perpétré le 28 septembre à Conakry par les forces de sécurité, Konaté était "en mission à l'intérieur du pays", selon des sources militaires ». Mais la question se pose de savoir s’il était informé comme le laisse supposer le même article « Et apparemment, il n'était pas du tout d'accord avec la façon dont cette répression sanglante s'est passé", glisse le même opposant »(http://www.emarrakech.info/Le-general-Sekouba-Konate,-le-tigre-,-nouvel-homme-fort-de-Guinee_a30708.html). D’après d’autres sources, Sekouba se serait rendu à des funérailles, et comme la nature fait bien les choses, son avion serait tombé en panne à Faranah. De même, le 3 décembre, lorsque Toumba Diakité a tiré sur Dadis Camara, il était absent. Il s’était envolé dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre pour le Liban par un vol de la Royale Air Maroc via Casablanca. Cette fois là, Sekouba aurait été en mission dans le pays du Cèdre. La question se pose de savoir si Sekouba était informé des actes préparés. En lui octroyant le bénéfice du doute qu’il n’était pas informé, cela suppose qu’il ne contrôle pas réellement l’armée qu’il a vocation à réformer. Et s’il était informé, cela signifie qu’il a toujours opté pour la fuite que de s’opposer aux crimes des soldats qui sont sous ses ordres. Aujourd’hui a-t-il plus de pugnacité pour affronter la réalité ? Une dernière observation c’est que Sekouba et Pivi auraient projeté d’arrêter Toumba Diakité au lendemain des massacres et atrocités du 28 septembre. Cette alliance qu’il a avec Pivi n’a jamais été démentie même quand les rapports de HRW et de la Commission internationale de l’ONU ont directement mis en cause la responsabilité pénale de celui qu’il a repêché comme Ministre chargé de sa sécurité. Sekouba Konaté, ancien président de la Commission d’Audit qui octroyait des marchés de l’Etat à son épouse, ses amis et qui a fait nommer des hommes d’affaire qui lui sont très proches comme Consuls honoraires de la République de Guinée au Maroc (Roda Fawaz, (ex !) Trafiquant d’armes) et au Liban Ali Saadi) et qui compte dans son carré d’ami le chef d’état major Oumar Sano, va-t-il se convertir à la démocratie et favoriser des élections libres et transparentes dans un délai désormais restant de cinq mois ?
Hassatou Baldé Extraits choisis du Rapport de la commission internationale d’enquête des Nations Unies Le coup d’Etat de décembre 2008 (p.12 paragraphes 44 et suivants) : Paragraphe 37 et suivants
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