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2010-03-05 12:47:30
L’on se souvient que du vivant du Président Lansana Conté, le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) ne devrait pas perdre une élection. Il fallait remporter et qu’importent les moyens et la méthode. Des présidentielles du 19 décembre 1993 aux communales et communautaires de 2002, le parti s’est tout adjugé. Mais depuis la mort du Général Conté, président d’honneur du parti, le PUP se cherche.
Quartier Kameroun. A l’entrée du siège du PUP, une photo du Général Conté sur laquelle on peut lire « Itan nanbé (c’est toi qui est là) réveille les vieux souvenirs. Malgré l’usure, l’image résiste au temps. Signe d’un des rares souvenirs du Général Président dans ce haut lieu où les militants rivalisaient d’ardeur pour soutenir sa candidature. Aujourd’hui, ils ne sont pas nombreux, les militants aux couleurs ‘’verts et blancs’’, à franchir ce qui reste du portail du siège. Tout de même, certains cadres qui sont restés fidèles au parti continuent à fréquenter les lieux. Triste réalité de l’histoire d’un parti qui avait misé sur les cadres de l’administration publique pour asseoir sa notoriété.
Les tractations pour les présidentielles de 2010
Le PUP ne souhaiterait pas se faire compter les présidentielles de 2010. Ainsi, les tractations vont bon train au sein du parti pour trouver un candidat digne de ce nom. Pour le moment, les membres du Bureau Politique National hésiteraient entre trois noms : Elhadj Aliou Baniré Diallo, M. Sékou Konaté, secrétaire général du PUP, et Elhadj Fodé Bangoura, ancien ministre d’Etat chargé des affaires présidentielles.
Mais tout porte à croire qu’Elhadj Fodé Bangoura serait le grand favori pour être le candidat du PUP. Même si d’aucuns pensent qu’un clan piloté par Elhadj Aboubacar Somparé, l’ancien président de l’Assemblée Nationale, militerait pour Elhadj Aliou Baniré Diallo. Cependant, certains jeunes exigeraient la tenue d’un congrès pour départager les candidats. Ces jeunes seraient manipulés par Elhadj Fodé Soumah alias Aldjanna Fodé, l’ancien parrain national du PUP, qui ne semble pas avoir dit son dernier mot.
Quoiqu’il en soit, la lutte pour la candidature risque d’être rude. En cas de défaite, certains n’excluraient pas de rejoindre d’autres formations politiques de la place. Et, le PUP qui a vu beaucoup de ses cadres migrer vers les partis politiques naissants n’en a vraiment pas besoin.
La fuite des caciques !
Beaucoup de cadres, qui avaient connu des heures de gloire en Guinée à cause de leur militantisme au sein du PUP, ont quitté cette formation. Ils ont soit rejoint d’autres partis ou tout simplement en ont crée les leurs. On peut citer, entre autres, Soriba Sorel Camara, ancien secrétaire national des jeunes, qui est parti à l’Union Démocratique de Guinée (UDG) d’Elhadj Mamadou Sylla. Ou M. Mamadi Diawara, ancien député PUP, qui a crée le Parti Social (PS). Bien avant le décès du Président Conté, d’autres avaient rejoint l’UFR, l’UPR et l’UFDG. Toutes choses qui ont été de nature à déséquilibrer le fonctionnement du PUP.
Les racines du mal…
Tous les malheurs qui se sont abattus sur le PUP et qui continuent, s’expliquent en grande partie par le fait que c’est un parti qui avait misé sur l’administration pour recruter. Du Président de la République, en passant par les ministres, gouverneurs, préfets, sous-préfets, présidents de CRD, jusqu’au chef de quartier et de district, l’administration avait été complètement phagocytée par le parti qui disait soutenir les actions du Président Conté.
Les gouverneurs et préfets s’étaient particulièrement illustrés en « véritable ennemis de la démocratie », faisant et défaisant les scrutins à l’intérieur du pays comme bon leur semblait. Une véritable machine de mascarade électorale qui fonctionnait à merveille moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes tirées des caisses trouées de l’Etat.
A l’époque, il était très difficile pour les médias d’assurer en toute indépendance la couverture des élections. Tout était verrouillé ! De la publication des résultats au niveau des bureaux de votes, en passant par les commissions sous-préfectorales et préfectorales de centralisation, jusqu’à l’acheminement des enveloppes « scellées » au ministère de l’Administration du Territoire. Et vint la mort du Président Conté ! La machine s’est vite écroulée, comme un château de cartes, emportant avec elle ce qui restait du PUP.
Aujourd’hui, le PUP qui bat véritablement de l’aile, ne doit s’en prendre qu’à lui-même. A défaut de connaître le même sort que le PDG-RDA qui n’a pas survécu après Sékou Touré, le PUP devrait réinventer une autre façon de faire la politique. Tâche difficile dans une période de transition où les populations sont devenues très exigeantes.
Aujourd’hui donc, il ne reste qu’un seul atout au parti de Conté (PUP) pour ces élections : la CENI qu’il avait lui-même mise sur pieds. On sait comment un enfant peut être fidèle à sa mère en Guinée.
Namory Condé