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2010-03-08 07:27:11
Depuis la reconnaissance par lui de sa maladie, Lansana Conté avait pris une habitude, il n’assistait plus au Conseil des Ministres. C’est désormais le Premier Ministre qui présidait ce conseil. Cependant Lansana Conté demeurait le chef de l’exécutif. Son absence au conseil des Ministres, pouvait se comprendre, même si elle ne se justifiait pas, car il était toujours le président et n’a pas voulu démissionner pour se consacrer à ses soins.
Après les émeutes de janvier 2007, Lansana Conté signe l’accord du 27 janvier lui demandant de nommer un Premier Ministre, chef de gouvernement. Il prend un décret le 31 janvier 2007 où il rend le PM entièrement responsable du fonctionnement du gouvernement devant le Président de la République. Le même décret précise surtout que le PM assure la présidence du Conseil des Ministres par délégation et pour un ordre du jour déterminé. Par conséquent, ce n’est que lorsque le Président le décide que le PM doit présider le Conseil des Ministres. Ce qui signifie que Lansana Conté reste le véritable chef de l’exécutif. Dans la réalité, Lansana Conté a poursuivi ses habitudes d’aller à son travail de Président que lorsqu’il le décide, préférant le confort de ses plantations de Gbantama et les ballades en gyrophares entre ses champs et le camp Samory Touré. Lansana Kouyaté, nommé premier Ministre a continué à présider le Conseil des Ministres. Ahmed Tidiane Souaré en fera de même.
L’indifférence de Conté vis-à-vis du Conseil des Ministres où doivent normalement se prendre les décisions sur la gestion de l’Etat va se transformer en « institution » après sa mort. C’est ainsi que Dadis Camara autoproclamé Président n’assistait pas au Conseil des Ministres, laissant cela au Premier Ministre Kabinet Komara. Selon l’ordonnance de Dadis « le nouveau Premier ministre est chargé de contrôler, coordonner et diriger l’action gouvernementale. Il est responsable de la bonne marche du gouvernement devant le président de la République ». Cette disposition rappelle celle du décret du 31 janvier 2007.
Ainsi, en Guinée, le Président qui est le véritable chef du pouvoir exécutif ne préside plus le Conseil des Ministres, cette tâche, est désormais réservée au Premier Ministre, qui pourtant n’est pas le véritable chef du gouvernement.
Cette « nouvelle tradition » est entérinée par les accords de Ouagadougou après la mise hors jeu de Dadis Camara, remplacé désormais à la tête de l’Etat par son Ministre de la Défense Sékouba Konaté.
Que dit l’Accord de Ouagadougou. Son point 5 prévoit la nomination d’un Premier Ministre, Président du Conseil des Ministres, issu des Forces vives de Guinée.
On aura noté que l’Accord de Ouagadougou ne fait pas du Premier Ministre, le chef du gouvernement. Cependant dans le décret portant sa nomination, il est dit que le Premier Ministre est chef de gouvernement. Mais en fait il ne dispose pas du pouvoir réglementaire (signature des décrets et ordonnances). Alors peut-il réellement être un chef de gouvernement sans un tel pouvoir ? Dans la Constitution suspendue, c’est le président de la République qui dispose du pouvoir règlementaire (article 38) et l’article 39 rajoute qu’il fixe par décret les attributions de chaque ministre. Ainsi tout comme Kouyaté en son temps, malgré le titre de chef de gouvernement, Jean Marie Doré n’en est pas le véritable chef.
Si, le Premier ministre ne dispose pas du pouvoir règlementaire et le chef de l’Etat qui a gardé les vestiges des prérogatives de Conté signe les décrets mais n’assiste pas au Conseil des Ministres, comment seront prises les décisions ?
Il faut souligner que dans le fonctionnement normal de l’Etat, certains décrets sont pris en Conseil des Ministres.
C’est certain qu’avec de tels rafistolages, il y a et il y aura un dysfonctionnement de l’Etat. L’action gouvernementale doit être coordonnée. Comment le sera-t-elle quand le véritable chef du gouvernement n’assiste pas au Conseil des Ministres ? D’autant qu’il a un cabinet parallèle avec trois Ministres dont le tout dernier, Ministre Secrétaire général de la Présidence qui ne dépendent pas du gouvernement du Premier Ministre ?
Voyons comment cela se passe ailleurs.
Le Bénin a un régime présidentiel qui s’apparente au régime instauré par la feue Constitution guinéenne. L’article 54 de la Constitution de l’ancien Dahomey dit que « Le Président de la République est le détenteur du pouvoir exécutif. Il est le chef du Gouvernement, et à ce titre, il détermine et conduit la politique de la Nation. Il exerce le pouvoir réglementaire. Il va de soit qu’il préside le Conseil des Ministres.
Parmi les voisins de la Guinée, au Sénégal, au Mali, et en Côte d’Ivoire c’est le Président qui préside le Conseil des Ministres, il signe les ordonnances et les décrets. Certains de ses actes sont contresignés par le Premier Ministre. Au Mali, le Premier Ministre supplée le Président au Conseil des Ministres dans les conditions fixées par la Constitution.
Au pays qui assure la médiation en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Togo, le Burkina Faso, c’est le Premier Ministre qui est chef du gouvernement, bien que la Constitution ait écrit dans le même article que le Président est détenteur exclusif du pouvoir exécutif (art 41). C’est le président qui préside le Conseil des Ministres, le Premier Ministre le supplée dans les conditions prévues par la Constitution (art 47). Certains actes du Président sont contresignés par le Premier Ministres et, le cas échéant par les Ministres concernés. Sinon c’est le Premier Ministre qui exerce le pouvoir règlementaire (art 63).
Dans l’Etat qui a inspiré les pays francophones dans le choix d’un exécutif dyarchique (Président, PM), la France, le pouvoir règlementaire général est confié au Premier Ministre (art 21), mais le chef de l’Etat signe les décrets que la Constitution réserve à sa compétence et ceux qui ont été délibérés en conseil des ministres. C’est le Président qui préside le Conseil des Ministres (art 9).
En Guinée, « le chef du gouvernement », ayant hérité de la jurisprudence Kouyaté, ne semble pas disposer du pouvoir règlementaire. Pendant ce temps, celui qui dispose de ce pouvoir continue son tour du monde.
Les forces politiques, elles, sont occupées à se partager les « butins » de postes que leur ont rapportées les luttes du peuple qui souhaite un changement qualitatif. Elles sont loin de se soucier du fonctionnement très peu démocratique de l’Etat, et en leur propre sein. Le Conseil National de Transition qui est sensé élaborer la nouvelle Constitution et le nouveau code électoral cherche à y caser toute la Nation, avec 155 membres hétéroclites. Alors on va gager sur la qualité des futurs textes guinéens, seront-ils meilleurs ou médiocres ?
Peu importe les incohérences et incommodités de la Commission électorale nationale indépendante. Les forces vives préfèrent tourner leur regard vers ce qu’elles appellent leur restructuration à défaut de se structurer d’abord. Quelles sont les règles de fonctionnement au sein des forces vives ? Quels sont les mécanismes de prise de décision ? Comment se prennent les décisions, par consensus ou par vote. Si c’est par vote, quels sont les électeurs, les gens présents sans égard à leur appartenance politique, associative ou syndicale ou bien chaque composante des forces vives dispose d’une voix ou encore les votes sont-ils pondérés selon le poids électoral ou démographique de chaque structure ?
En attendant, le spectacle politique continue.
Hassatou BALDE
1) Article 42 de la Constitution sénégalaise, art 39 de la Constitution malienne et 51 de la Constitution ivoirienne.
2) Sénégal, art 43, Mali, art 46
VOS COMMENTAIRES | |
| Bah, Mamadian | 08/03/2010 15:37:08 |
| Une analyse de Qualite. Elle est pleine d'instructions. Merci Hassatou! N.B.Vous devez avoir une chronique denommee "Eclairage". Mamadian | |
| thierno samba | 08/03/2010 17:36:14 |
| Lorsque j'ai commencé à lire cet article,je me suis dis que c'est votre signature Mme BALDE,logique imparable et le même constat,nous n'avons pas des ressources humaines de qualité.Le personnel politique est constitué des anciens JRDA qui n'ont pas la culture de la réflexion et de la prise d'initiative et vous connaissez le produit de la génération Conté.Ces gens sont allergiques à toute analyse venant en dehors de leur territoire,une loi immuable du PDG.C'est le règne de la médiocrité et vous verrez ils vont simplement plagier les textes des pays de la sous-région pour les garder après dans leurs tiroirs et utiliser leur bréviaire PDGISTE qui consiste mâter violemment et tuer toute opposition,à ne rien faire et laisser le pays à l'abandon tout en pillant le peu de ressources disponibles fruit du dur labeur des guinéens.Il n'y a pas de changement,sous l'ancien régime,les entreprises d'état étaient les réservoirs à sous de la nomenclatura,toujours déficitaires,ainsi que les revenus miniers qui n'ont pas permis de construire des routes,des hôpitaux,des écoles.On n'avait pas le lynx pour dénoncer les scandales et on connait l'état du pays en 1984.Les dirigeants guinéens à l'image de Conté ont appris à ne rien entendre,ni lire de nos critiques,ils font ce qu'ils veulent et tant pis pour nous.Il n'y a pas de structure en Guinée,les partis sont des mouvements de soutien électoraux,la société civile,quelques individus réunis qui profitent de l'aide internationale,mais vous verrez qu'ils ne font rien pour remplir leur raison sociale et aujourd'hui,c'est devenu un moyen déguisé de conquête facile du pouvoir.Aucune réflexion de groupe pour analyser et proposer des solutions à nos problèmes.Avez vous vu des propositions détaillées émanant sur la fiscalité,les problèmes énergétiques du pays,sur les problèmes monétaires,les retraites,l'emploi?On se contente de généralités,mais rien de précis.Je ne comprends même pas pourquoi on a des services juridiques tant à la présidence que dans les ministères.On nomme des gens qui ne savent rien de ce qu'il faut faire et comment le faire.Mme Baldé nous a démontré ici par exemple que Ben Sékou ignore totalement la loi qui institue le CNT,mais en bon guinéen,il se contente d'occuper la fonction et se servir et servir ses protecteurs en sachant qu'il ne sera pas demandé sur la destination des milliards engagés,ni sur l'impératif de résultats.Ce pays continue sa descente dans les sombres abysses. | |
| SOW Maoudo | 08/03/2010 20:30:13 |
| Encore du formalisme maniaque. Depuis que le Général Konaté a pris la tête de la transition chez nous, il a multiplié les actes démontrant son désintérêt total pour le pouvoir.Personne ne peux nier aujourd'hui qu'aucun des premiers ministres cités dans ce texte n'a eu la main aussi libre que Jean Marie Doré. Son dernier acte relatif au retour à leurs Ministères d'origine de tous les services préalablement ratachés à la Présidence, montre à suffisance que cet homme tient à sa parole en laissant tout le pouvoir civil à son premier ministre (à part les postes de souveraineté qui sont l'apanage de tous les présidents du monde). En quoi devrions-nous nous plaindre que notre PM signe ou pas les décrets ou ordonnance pour juste 6 mois de transition? | |
| Sékou | 08/03/2010 21:12:39 |
| L'analyse juridique est juste mais inutile. Le pouvoir en Guinée échappe à la Science du Droit. Rien de normé. Rien de respecté. | |
| Sadio Barry | 08/03/2010 23:52:24 |
| << Alors on va gager sur la qualité des futurs textes guinéens, seront-ils meilleurs ou médiocres ? >> Hassatou, sans des juristes comme toi dans le CNT ou dans le cabinet de Rabiyatou, je doute fort si nos textes seront meilleurs. La preuve, aucun juriste guinéen à part toi n'a relevé ces anomalies. Dans le CNT, ils ne seront pas plus compétents que les médecins, personnes âgées ou religieux du groupe. On devrait te faire appeel, dans l'intérêt supérieur de notre Nation. | |
| Sékou | 09/03/2010 15:03:37 |
| Mr Barry, ce que Mme BALDE dénonce saute aux yeux de tous ceux qui ont assimilé leurs leçons de Droit constitutionnel. Mme BALDE a le mérite d'avoir pris sa plume pour brocarder la médiocratie guinéenne. Dans ce système, ils n'ont pas besoin de gens qualifiés comme Mme BALDE, d'autant plus qu'ils ne pourront même pas la comprendre. Une chose que vous avez écrite et qui est juste: la plupart des "juristes" cooptés dans le CNT, à quelques exceptions près - je pense notamment au Pr Maurice Zogbelemou TOGBA - ne valent pas le pet d'un lapin. Ils sont aussi compétents en Droit que les médecins, les personnes âgées et les handicapés. Mais le problème va au-delà de la composition de l'Organe. Il est dans le CNT lui-même. A quoi sert ce machin? On le saura bientôt. Inch'Allah! | |
| sow yaya | 10/03/2010 18:35:38 |
| Mon cher Thierno SAMBA. je salue particilièrement ton commentaire. Notre pays sera vendu par nos propres compatriotes. le moment n'est plus ni dennoncer l'impérialisme, les occidentaux et autres étrangers en quête de zones économiquement rentables , comme la Guinée. mais l'heur est au travail, à la vériutable conceptiondu développement et des ses stratégies appropriées. malheureusement ni sur leplan juridique, ni sur le plan militaire,ni professionnel et ni admnistratif, rien ne semble bien se dessiner pour notre pays. les femmes, les jeunes et la diaspora doivent se lever et s'unir dans un autre parti politique non régionaliste pour sauver le pays par voie démocratique et dans la paix. si non avant votre retour au pays, tout est parti dans le développement des autres nations. merci de nous permettre de comprendre que notre pays est au bord de la dérive sociale et politique. qui viendra nous sauver??? | |