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Le vote des Guinéens a l’étranger : le débat cachant l’autreLes guinéens vont aborder cette année l’élection la plus importante de leur histoire, après celle de l’assemblée territoriale découlant de la loi-cadre Gaston Deferre. Ils devraient approfondir le débat sur le vote des guinéens à l’étranger et le recentrer sur les élections dont le pays a besoin, le temps nécessaire à bien les conduire et l’architecture institutionnelle devant conduire à une véritable démocratie en Guinée. Le « deal de Ouagadougou » privilégiant une hypothétique paix au détriment de la justice et le rejet de l’armée après l’imposture du Capitaine Moussa Dadis CAMARA semblent mener certains à renier même les minces acquis démocratiques. Le Forum des Forces Vives avec tous ses défauts constitue aujourd’hui le fer de lance de la lutte pour la démocratie et l’embryon de celle-ci en Guinée. Par ailleurs l’architecture institutionnelle actuelle établissant un équilibre entre l’armée, le mouvement social et les partis politiques constitue la meilleure garantie de contrepouvoir et de consolidation de cet embryon démocratique. Le vrai débat se situe autour :
*** De la véritable réconciliation nationale et d’une paix durable : le Général Sékouba Konaté devrait savoir l’impossibilité d’asseoir la paix sur un déni de justice. L’hécatombe du 28 septembre 2009 est la conséquence directe de l’impunité des crimes de juin 2006 et de janvier-février 2007. Le Général devrait clarifier sa position vis-à-vis des responsables de cette hécatombe. Le « deal » de Ouagadougou ne pourrait le protéger contre d’éventuelles poursuites au cas où un approfondissement de l’enquête l’indexait. Il devrait anticiper s’il se sentait responsable même tacite en négociant la possibilité d’une immunité contre sa coopération avec la justice. Les guinéens et la communauté internationale n’accepteront plus l’impunité. Un autre soubresaut remettant en cause l’actuel équilibre, déjà fragile, compromettrait la transition et les élections. Du temps nécessaire à des élections inclusives et crédibles : il faut d’abord se féliciter de la mise au pas de la Commission Nationale Electorale Indépendante CENI par le Général Sékouba Konaté et de l’annonce de l’inclusion des guinéens vivant à l’étranger aux prochaines élections. Mais cet incident devrait pousser à l’approfondissement du débat et de la réflexion. Cette CENI est-elle crédible ? La date du 27 juin 2009 est-elle réaliste ? Des élections prioritaires en Guinée : l’éclatement de la classe politique et son affiliation régionaliste, l’accumulation des frustrations ethniques et la criminalisation des forces de défense et de sécurité font à juste titre peur. Il y a en effet tous les ingrédients pour une "somalisation". Mais la peur du chaos ne devrait pas paralyser les forces de la rupture au point de reconduire le 27 juin 2009 le régime présidentiel où un homme devient une institution et écrase par ses pouvoirs excessifs toutes les autres institutions républicaines. Le syndrome somalien actuel est la conséquence directe des massacres en série de juin 2006, janvier-février 2007 et du 28 septembre 2009 et ceux-là découlent de la gouvernance Conte, où le Président était en fait un chef africain traditionnel n’ayant cure des subtilités républicaines. Au lendemain des indépendances, les pays africains ont préconisé la construction d’Etats-Nations avec des Partis-Etats uniques et un homme fort à leur tête. Ils pensaient éviter ainsi la fragilisation des jeunes Etats par des divisions à caractère ethnique et régionaliste. L’expérience a prouvé qu’une telle démarche avait plutôt produit des pouvoirs claniques autour d’une personne ayant, par leur clientélisme, leur politique de répression et de division pour régner, exactement conduit aux résultats que l’on voulait éviter. Le véritable défi de la Guinée aujourd’hui est, en raison des ravages sur le pays du pouvoir personnel des deux régimes successifs depuis l’indépendance, des dérives de la junte au pouvoir depuis décembre 2008, d’aider les Guinéens à aller de façon consensuelle et graduelle vers un nouveau système de gouvernement. Des chantiers, de la durée et de l’architecture institutionnelle de la transition : le gouvernement de Jean Marie DORE devrait conduire des élections locales et parlementaires sous la supervision du Conseil National de Transition CNT et de la Communauté Internationale. Ces élections permettraient de déterminer les partis ayant une assise nationale. Elles feraient la promotion de véritables leaders, capables de former des coalitions nationales, respectant le double équilibre entre les partis, l’armée, le mouvement social et les composantes ethniques et régionales de la Guinée. Ces élections locales et parlementaires clôtureraient la transition chaotique entamée le 23 décembre 2009. Une deuxième transition commencerait avec l’architecture institutionnelle actuelle. Celle-ci serait modifiée en transférant l’essentiel du pouvoir exécutif à la primature et un gouvernement rationnalisé (voir annexe) tout en gardant l’équilibre entre l’armée, les partis politiques et le mouvement social. On substituerait à la transition dirigée jusqu’ici par la junte, une deuxième sous l’égide d’un Premier Ministre, Chef de l’Exécutif, légitimé par une majorité au parlement. Ce parlement pourrait reconduire le Général Sékouba Konaté comme Chef d’Etat Honoraire en charge de la réforme des forces de défense et de sécurité. Il pourrait aussi dans la pure tradition du « Commonwealth » britannique, désigner l’honorable Hadja Rabiatou Diallo, comme « speaker », responsable de l’indépendance et de l’impartialité du pouvoir législatif. *** Ce parlement constituerait le creuset de ce que d’autres ont appelé les états généraux ou la conférence nationale de la rupture. Il travaillerait à travers différents comités thématiques. Ces comités seraient aidés d’experts et de tous les guinéens de l’intérieur et de la diaspora constitués en forums. On débattrait de la mal gouvernance des cinquante et une (51) dernières années. Après 51 ans de gâchis, quelle Guinée devrions nous bâtir, quel projet de société, quelle vision partagée GUINEE 2040? Le pays a besoin d’une rupture profonde et celle-ci présuppose:
Les capacités de l’architecture institutionnelle et des comités parlementaires ci-dessus pourraient être renforcées par un Emissaire Spécial de l’ONU en charge de la coordination de toutes les initiatives en faveur de la poursuite des responsables de l’hécatombe du 28 septembre 2009 et d’une transition paisible et sécurisée. Cet Emissaire aurait un cabinet et coordonnerait des bureaux de l’ONU et un fonds fiduciaire chargés :
Alpha O BARRY
ANNEXE STRUCTURE GOUVERNEMENT
Les affaires sociales, le genre et l’enfance peuvent être mieux gérés par la société civile. Les affaires religieuses doivent restées religieuses. La décentralisation et le développement local doivent se faire avec des structures locales dont l’interface avec le gouvernement est le ministère de l’intérieur. Le plan devrait être géré par le ministère de l’économie et des finances, la coopération internationale et l’intégration africaine par les affaires étrangères. Les différents ministères d’enseignement peuvent être des directions nationales au sein du ministère de l’éducation nationale. La culture, les arts et les sports sont une partie importante de l’éducation des jeunes et de l’ensemble de la population. Les premiers peuvent aussi relever du Ministère de l’information. Tous peuvent relever de secrétariats d’états rattachés à l’éducation nationale. La géologie et l’hydraulique ne peuvent être dissociées des mines et l’énergie. La pêche, le tourisme et l’hôtellerie sont des industries. Les consulats des ambassades et les associations de guinéens à l’étranger s’occuperont de leurs concitoyens. Le Premier Ministre doit avoir son auditeur interne du gouvernement. Le parlement avec sa commission bipartisane des finances présidée par l’opposition aidée d’experts comptables et fiscalistes pour le contrôle externe. Alpha O. Barry
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