URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=5331



Justice : à quoi s'attendre des assises du 29.03.2010 de Conakry ?


dalton.jpg
Les frères Dalton

2010-03-28 22:43:08

Ce lundi 29 mars 2010, la cour d’assises de Conakry ouvre ses portes. Initialement prévue le 15 mars, la session avait été reportée pour cause de grève des avocats. Ceux-ci, qui dénonçaient l’immixtion de l’Exécutif dans le Judiciaire, avaient tout simplement décidé de boycotter la session. Quelques 115 dossiers touchant des cas de vols, d’assassinat, meurtres attendent les juges. Mais les plus attendus sont ceux des présumés narcotrafiquants et  auteurs de détournements de deniers publics.

Les joutes promettent d’être chaudes les jours, semaines et mois à venir à la Cour d’Appel de Conakry. Auparavant, c’est le ministre Moussa Tiegboro Camara, chargé de la Lutte anti-drogue et du Grand Banditisme qui avait été le premier sur le box des accusés. Les avocats de la défense n’ont pas apprécié la manière cavalière avec laquelle il a géré ce dossier. Les intéressés ont été interpellés dans des conditions plus ou moins rocambolesques et soumis à des interrogatoires en direct devant les cameras de la RTG. 
A travers « le Dadishow », ces personnes ont été présentées comme étant des coupables. Sans aucune autre forme de procès. Le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte, voulant à l’époque redorer son blason, s’était constitué en Procureur Général de la République. C’est ainsi que la plupart des présumés auteurs de narcotrafic et de vols de deniers publics ont été emprisonnés. Ce sont des atteintes graves à la présomption d’innocence que les avocats pourraient brandir devant les juges.

Comme si cela ne suffisait pas, le Ministre Moussa Tiegboro Camara a présenté devant les cameras de la RTG, des immeubles, voitures et autres biens des présumés narcotrafiquants. Il a même prétendu mettre ces biens à la disposition de la justice guinéenne. Ce qui de plus a irrité le barreau de Guinée qui ne comprenait que dalle dans cette affaire. Pire, le ministre de justice, Siba Lohalamou, s’est opposé à la libération provisoire des certains accusés sous contrôle judiciaire. Ce qui n’avait pas, non plus, manqué de susciter un tollé dans le milieu des avocats. Ceux-ci, en plus de n’avoir pas eu accès à temps aux dossiers, assistent au jour le jour à la prise en otage de la justice guinéenne par un groupe d’individus armés qui ne comprennent rien en matière de droit. D’où le boycott de la session qui avait été programmée pour le 15 mars par les avocats.

« Dadis, Tiegboro, Siba et Pivi se comportaient finalement en Guinée comme les frères Dalton »

S’indigne un magistrat qui veut garder l’anonymat.

Pour ce 29 mars, reste à savoir si tout a été mis en œuvre afin qu’avocats de la Défense et Ministère Public s’affrontent à armes égales. A propos, nous avons recueilli, au téléphone, les impressions de Me Mohamed Sampil, bâtonnier du Conseil National des Ordres des Avocats de Guinée. Il n’y a aucun doute pour ce qui est de la participation des avocats.

« Nous allons participer à l’ouverture de la cour d’assise. L’enjeu est de faire triompher l’état de droit et la justice. Il y a eu, comme vous le savez, des arrestations musclées, la suppression de la présomption d’innocence que nous avions dénoncée. Le simple fait de présenter une partie des débats sans présenter ceux de la défense, avait fini par faire admettre que les personnes étaient coupables des faits à elles reprochés Aujourd’hui, nous sommes prêts parce que les préalables que nous avions posés ont été respectés. Nous avons exigé et obtenu la suspension de l’ingérence des autorités dans les affaires judiciaires. Cette garantie nous a été donnée par le ministre de la justice. Les personnes auxquelles on avait refusé une liberté provisoire ont finalement été libérées sous contrôle judiciaire ».

Pour ce qui est de la couverture médiatique des assises, notamment par la RTG, Me Sampil est catégorique :

« Maintenant si la RTG doit être dans la salle d’audience pour fixer les images des personnes, il faudrait que ça se passe dans la stricte neutralité et surtout que les faits soient présentés dans l’équité ».

Concernant les dossiers à éplucher, Me Mohamed Sampil a parlé de 115. Il a précisé que dans les conditions normales, chaque quatre mois, une session d’assise devrait se tenir. Ce qui donne trois sessions dans l’année. C’est le retard accusé depuis plus d’un an qui a grossi le chiffre.  Il y a eu beaucoup de cas de crimes, de vols, qui n’ont pas été jugé depuis. Et récemment le dossier des présumés narcotrafiquants. Par quel dossier les assises débuteront-elles ?

«  Le choix des dossiers dépendra de l’ordre fait par les juges. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne tardera pas d’aborder les dossiers des accusés de narcotrafiquants, puisqu’ils accrochent. Même dans la presse, vous ne parlez que de ces dossiers, non ? »,

nous a confié Me Sampil. Attendons de voir !


Namory Condé


 

0 commentaire(s) || Écrire un commentaire

Revenir en haut de la page