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Le Général Sékouba Konaté à Paris : « Les générations ont changé, la Guinée aussi ! »


2010-04-05 09:19:51

Sékouba Konaté a prononcé à Paris ce 3 avril 2010 un discours historique. Ce discours- là tranche avec tout ce que l’oreille d’un Guinéen avait entendu tant en France qu’en Guinée.
Je dirais sans risque d’être démenti, oh, sauf par les intraitables pessimistes, que la Guinée a pris un tournant décisif avec ce soldat au regard impassible, inébranlable, stoïque et au ton ferme.

C’est dans la salle archicomble, pleine comme un œuf de l’Hôtel Intercontinental, de la rue Auber du 9è Arrondissement de Paris, que le Président de la République par Intérim a rencontré la communauté guinéenne de France. L’endroit était très facilement repérable par l’importance de la foule qui affluait et l’impressionnant service d’ordre.

C’est aux alentours de 17h que la délégation guinéenne conduite par le Général Konaté est arrivée dans les lieux. La salle de 700 places en contenait le double tant l’affluence était au rendez- vous. Les Guinéens sont venus de toute la France. Toutes les provinces proches et lointaines ont fait le déplacement. Ils étaient d’ailleurs également : de Belgique qui a affrété 2 autocars, mais aussi d’Allemagne, de Suisse, de Hollande etc.

La forte délégation d’une dizaine de membres était composée du Ministre des Guinéens de l’Extérieur Lucien Beindou Guilao; Bakary Fofana, Ministre d’Etat Chargé des Affaires Etrangères ; Mme Zeinab Diallo de la Coopération et Tibou Kamara, Ministre Secrétaire Général de la Présidence. Il y avait également Mme Sidibé Fatoumata Kaba, Conseillère Chargée des Questions Diplomatiques et Aboubacar Yacine Diallo, Conseiller Chargé de la Communication. Des personnalités de la Société civile, de l’Administration et du secteur économique complètent la liste.

Arrivés dans une ambiance d’ovations nourries et interminables de ses compatriote, le Général Konaté et sa suite ont été accueillis par le discours de bienvenue de Mme Makalé Camara, l’Ambassadrice de Guinée en France.

Faut- il souligner que, si le mot de bienvenue prononcé par l’ambassadrice est à la hauteur de l’événement, les Guinéens de l’Hexagone ont montré que leurs relations avec l’intéressée ne sont pas au beau fixe. Bon nombre lui reprocherait d’avoir tenu le même langage du temps de Moussa Dadis. Quoi qu’il en soit, le chahut est regrettable dans de telles circonstances.
C’est sûrement le soi- disant « Représentant des Guinéens de France », un homme sorti de la cuisine, pour ne pas dire des magouilles, de l’Ambassade de Guinée, dit- on, qui a essuyé le plus de sifflets. Il est vrai que cet inconnu n’a jamais été vu nulle part ailleurs parmi les Guinéens. Exception faite de la journée d’hier. Un autre reproche fait à madame l’ambassadrice. Sans fondement peut- être.

Après ces deux intervenants, la parole revient au Président par Intérim. Avant de commencer son discours, le Général Konaté a demandé une minute de silence à la mémoire des martyrs de la nation qui sont tombés sous les balles de la dictature. Le moment le plus fort en émotion est sans aucun doute ces quelques minutes durant lesquelles la salle a entonné d’une seule voix l’hymne national de la République de Guinée. Cela donnait les prémices de l’ambiance qui, du début à la fin, sera électrique.

Les acclamations suivies ou entrecoupées de hourras enflammaient l’assistance à annonce importante. Des slogans comme « Konaté n’est pas Dadis » fusaient de toutes les allées. Des voix s’élevant pour crier « Prési, Prési » étaient reprises d’un bout à l’autre. C’est dans un total enfièvrement que les Guinéens ont écouté le discours, que dis- je le message, de Sékouba Konaté.

C’est dans une parfaite maîtrise que le jeune Général guinéen a fait la lecture de son discours auquel la diction ajoutait de la saveur. C’est sûrement à ce niveau qu’il faut souligner le premier changement en cours dans notre pays. Konaté ne s’est pas livré, à l’image d’autres, à une logorrhée sans queue ni tête. Il a préféré livrer son message à travers un discours parfaitement articulé, synthétique, argumenté et qui aborde l’essentiel de l’actualité politique guinéenne. Avec lui, point d’improvisation.

Il a exposé en quelques minutes les jalons du futur de la Guinée en déclinant ses priorités. Non ! Sa priorité : l’organisation d’élections libres et transparentes à date et échéance indiscutables. Pour lui, le 27 juin 2010 est non négociable. Là- dessus, il s’est montré inflexible. Ecoutez plutôt :

J’invite le gouvernement et les partis politiques à tout faire pour la tenue des élections comme prévu. (…) Il y ajoute : « Nous voulons des élections acceptables et acceptées par tous. (...) J'invite le vainqueur à avoir le triomphe modeste, le vaincu à accepter la défaite" (...) car "le véritable enjeu, c'est la cohésion nationale. »

Engagement politique, souci d’équité et de paix sociale se conjuguent et déterminent tout le reste. Pour Konaté, c’est le socle infaillible, solide et efficace sur lequel est fondée sa démarche, car il est quelque peu exagéré de parler ici de politique. De stratégie sûrement. En voici un exemple : « Je réitère mon engagement personnel, irréversible, et celui de tous les acteurs de la transition, de ne pas faire acte de candidature aux élections. »
Cette déclaration rassure davantage l’assistance et déclenche « sa folie. » Ce propos qui, constitue en lui seul un signe des temps et un renouveau longtemps espéré.
Foin de doute ! L’annonce est sincère ! Elle a failli faire éclater les tympans tant les dix doigts ont tambouriné. Acquise à la cause de Sékouba, la salle résonne d’ovations et d’applaudissements assourdissants.

Mais ni les annonces ni les acclamations ne s’arrêtent là. Le paroxysme sera atteint lorsqu’on entendra ce propos : « Les générations ont changé, la Guinée aussi ! »
Cette proclamation, preuve de la prise de conscience de la nécessité du changement a parachevé la symbiose entre l’orateur et la salle.

Je ne saurai reprendre tous les passages clés de l’intervention car ce discours est riche de bout en bout. On retiendra également ces propos : « je suis heureux de constater que les Guinéens sont rassemblés, unis, tous débout come un seul homme pour ne pas manquer ce nouveau rendez- vous avec notre destin. » Une joie partagée par le peuple de Guinée tout entier. La preuve, l’enthousiasme manifeste pour le recensement en France et partout où sont arrivés les équipes d’enrôlement !

Le Général Sékouba adressera un message de remerciement appuyé à l’Etat français et aux ministres qu’il a rencontrés. Il remerciera tout particulièrement le Président Nicolas Sarkozy.
Parlant de la France, il dira en substance : « La France a toujours été aux côtés de la Guinée. Durant les périodes difficiles, elle a toujours été présente. C’est cela le devoir d’un ami. » Bref, il vantera les relations guinéo- françaises.
Une fois l’intervention terminée, Sékouba se lève de son siège, salut la foule et retourne à sa résidence. Point de bain de foule. De mouchoir blanc ou autre ni de minutes dûment calculées pour s’entendre flatter. Qui dit que les temps ne sont pas en train de changer ?

Il m’est impossible d’achever ce compte- rendu sans faire part des sentiments que j’ai personnellement éprouvés au moment de l’Hymne National Guinéen. Ce moment intense m’a conduit à cette réflexion :

« La distance raviverait- elle plus le patriotisme ? Sékouba Konaté saura- t- il satisfaire le besoin de démocratie de toutes « ces âmes errantes » qui comptent sur lui ? Ces âmes loin de la terre natale qui espèrent avec ceux qui comprennent ou non les raisons de leur éloignement ? Ne décevra- t- il pas, comme le furent ses prédécesseurs, « ce mini- peuple de la Guinée » ? Cette diaspora longtemps bannie recouvrera- t- elle sa place dans la maison commune grâce aux jalons posés par ce soldat ? Ce bout de la Guinée réuni dans cette salle parisienne et qui exulte, rêve, applaudit et chante sera- t- il intégré dans l’entité nationale ?

J’avoue que je n’ai pu retenir mes larmes et ne me suis jamais senti autant Guinéen.
Enfin, j’ai revu les événements du stade du 28 septembre et mesuré encore plus la nécessité de nous unir, de lutter ensemble, d’exiger la justice pour les victimes et d’appuyer le rêve de Konaté. Pour moi, il s’agit d’un rêve : celui d’un peuple et de plusieurs générations. Un rêve incarné 50 ans durant par ce nouvel homme calme et dont la timidité agissante frise le mutisme.

Je suis reparti de Paris, comme beaucoup d’autres, avec l’espoir que Konaté sera à la hauteur ? Une conviction en tout cas : sa franchise a su redonner de l’espoir. Ainsi, la crainte que j’évoquai dans mon précédent article est levée.

Je formule juste le vœu, au nom de celles et ceux que j’ai entendus au sortir de la rencontre, qu’il n’y ait plus de promesses ratées, de retour en arrière et d’imprévus qui retarderait ou détourneraient la Guinée dans sa marche vers la démocratie.

Lamarana Petty Diallo
lamaranapetty@ahoo.fr


 

6 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Observateur05/04/2010 07:57:01
Pauvre Lama petit! L'année passée à la même période, vous écriviez pareil pour Dadis. On connait la suite. On vous dit professeur. Je voudrais savoir s'il ne s'agit là qu'un surnom ou cette appelation accordée abusivement aux enseignants de secondaire. Parce qu'un intellectuel d'un certain rang ne confond pas Discours et Actions.
Sékouba parle bien et promet les élections en juin mais refuse jusqu'à présent de mettre les moyens à la disposition du CNT. On parle des détournements de 516 milliards et l'ordre qu'il vient de donner de virer 200 milliards à son pote d'affaires KPC. Il a tout fait d'ailleurs pour que ce dernier l'accompagne dans cette tournée malgré que son nom figure sur la liste de sanction. L'union Européenne a refusé. C'est comme si Conté se faisait officiellement accompgner par Mamadou Sylla en tant que chef d'Etat. Vous qui faites la RTG de Cellou si c'est votre stratégie de conquête du pouvoir je ne vous vois pas arriver. Une opposition dénonce les actes que Sékouba est entrain de poser au lieu d'apprecier ses discours. Comment pouvez-vous écrire pareille chose au moment où on apprend que le CNT n'a toujours pas obtenu son budget de fonctionnement? Said Bokoum, Sidou Barry, Jacques Kourouma, Oumar Cissé, El-hadj Soumah etc. Pauvres intello. de Paris! Espérons que pour les 3 mois qui lui restent Sékouba vous donne au moins un poste de conseiller dans son gouvernement bis.
Lycéen05/04/2010 09:32:35
bien répondu à ce monsieur qui nous tenait le meme discours au sujet de dadis il y a un an. Sékouba aurait-il mieux parlé que dadis? C'est vraiment ridicul ces flateries imncensées. ce sont ces soi-disant profs qui trompent les guinéens, même pas les militaires. toujours prêts à chanter et danser pour celui qui vient d'arriver. on dirait des enfants, ces vieux fatigués de france.
Djogo05/04/2010 11:23:56
Ce type me fait pitié!
Moussa05/04/2010 16:34:53
Le griotisme de ce type est ordre donné par Cellou Dalein Diallo. Il lui a demandé de lancer des fleurs aux nouvelles autorités pour qu'elles n'ouvrent pas des audits contre lui. Cela prouve une fois encore que Cellou a perd pour sa tête. Ce Lamarana Petit est le seul militant d'un parti politique dirigé par un criminel economique qui passe tout son temps a flatter les militaires. Mais il oublie que les criminels seront tot ou tard ratraper par l'histoire.
Bangoura05/04/2010 22:56:39
Mais monsieur Petty,qu´est-ce qui vous dit que Konate est different de Dadis?
Savez-vous que le vainqueurs des presidentielles est deja connu? savez trois personnalites a savoir Konate,Toto et Ben sekou sont tous favorables a un meme parti politique,qui connais certes des desertion ces derniers temps(certains cadre vienne de rendre leur demission) mais dont le leadeur est deja elu avant les election? Je peut parier que vous monsieur Petty vous serez le premier a rejetez les resultats des presidentielles,mais ca sera trop tard!!
T.SOW07/04/2010 20:52:53
De grace, laisser mr LAMARANA tranquille,il na fait que relater ce quil recent et vous laccuser a tort, car il na jamais encenser Dadis Camara.
Les millittants de Cellou Dalein ne sont pas des lecheurs de bottes a la jacque KOUROUMA;Tant pis pour les aigris, ce qui est sure, vous serez etoner detre ebahi le lendemain du 27 juin.