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Son dernier film « London River » est programmé pour le Dimanche 25 avril au Festival de Films Africains de Leuven. J’ai prévu d’y aller parce que j’espérais que je rencontrerai le Grand Africain qui a reçu, entre autre, l’Ours d’argent du meilleur acteur au 59ème Festival de Film de Berlin, en février 2009, pour son rôle dans «London River » de Rachid Bouchareb.
Le jury avait estimé que Sotigui Kouyaté était l’acteur qui avait accompli la meilleure performance parmi les films en compétition à Berlin. Avant lui des grands noms tels que Burt Lancaster (1956), Sydney Potier (1963 et 1963), Gene Hackman (1989), Denzel Washington (1993 et 2000), ou Samuel Lee Jackson (1998) ont reçu ce prix prestigieux.
Nous ne verrons plus jamais Sotigui Kouyaté, car le « Griot aux milles visages » n’est plus. Il est mort à Paris ce 17 avril 2010 à l’âge de 74 ans de suite d’une maladie pulmonaire. « En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt, c’est une Bibliothèque qui brûle » disait Amadou Hampâté Bâ. Cette citation ne correspond à nul autre autant qu’elle correspond à Sotigui Kouyaté : petit-fils et fils de Griot, Griot lui-même, il fût footballeur international, dramaturge, acteur, comédien et Sage.
« Je trouve mon énergie dans les rencontres. Dans la partie de l’Afrique à laquelle j’appartiens, je suis guinéen d’origine, malien de naissance et burkinabé d’adoption, les rencontres ont leur importance, car l’étranger est celui qui nous apporte ce que nous ignorons » disait-il de son origine.
Né en 1936 à Bamako au Mali, Sotigui Kouyaté avait été footballeur professionnel et sélectionné deux fois en équipe nationale burkinabé (Haute Volta à l’époque). Ensuite il a travaillé comme instructeur avant de devenir comédien. Sa première compagnie de théâtre
fût montée en 1966. Mais c’est incontestablement son rôle dans le film « Black mic mac » de Thomas Gilou, avec Isaak de Bankole qui l’a rendue célèbre. Parmi ses rôles de théâtres figurent « Tierno Bokar », dans une mise en scène du roman de Amadou Hampâté Bâ « Vie et Enseignement de Tierno Bokar » par Peter Brook, avec lequel il a longtemps travaillé.
Il a joué dans plus de 60 films, dont plus de 20 ont connu un grand succès international : « Femmes, voitures, villas, argent », « Wendemi », « Black mic mac », « Little Sénégal », « le Mahâbhârata », « London River », « Sya le rêve du python » qui a obtenu 6 distinctions au Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou). Etc. Au théâtre également, qu’il a choisi très tôt, il a laissé une œuvre monumentale, avec un fil conducteur bien tracé tout au long de sa vie : ouverture à l’autre, métissage, fidélité à lui-même, à son héritage et à l’Afrique. Sans aucun complexe, il a été le premier comédien noir à jouer Prospero dans « La Tempête de Shakespeare ».
Frustré de devoir repousser les sollicitations de ses compatriotes qui lui demandaient de les aider à venir en France, au moment où celle-ci renvoyaient les Maliens sans papiers par charters entiers, il décida de créer au Mali le Mandeka Théâtre « pour empêcher les Maliens de fuir leur pays ».
| Interview de Sotigui Kouyaté à Cannes |
Voici ce qu’il en disait en 2001 : « si notre cinéma souffre de quelque chose, c’est d’un manque de moyens de production et de distribution. Il y a quelques années, les films qui bénéficiaient de l’avance sur recette accordée par la France étaient bien plus nombreux, parce que les thèmes, souvent de nature ethnographique, intéressaient les bailleurs de fonds. A partir du moment où les cinéastes africains sont passés à autre chose, quand ils ont cessé le folklore, ils ont bénéficié de moins en moins d’aides. »
Un exemple récent de la nature perverse de ce phénomène est la récente tentative du Ministère belge de la Coopération au Développement de couper les subventions aux festivals de films (africains) en Belgique qui mettraient le film « Lumumba » de Raoul Peck dans leur programmation.
Sotigui Kouyaté est resté modeste toute sa vie : « ce serait une grande prétention que de vouloir parler » au nom de toute l’Afrique. « Je me bats avec la parole car je suis griot. On nous appelle, à tort ou à raison, les maîtres de la parole. Nous avons le devoir d’inviter l’Occident à moins méconnaître l’Afrique. Il y a même des Africains qui ne connaissent pas vraiment leur terre. Or, oublier sa culture, c’est s’oublier soi-même. On dit: le jour où tu ne sais plus où tu vas, souviens-toi d’où tu viens. Notre force est dans notre culture. Toute ma démarche, en tant que griot, est nourrie par cet enracinement et cette ouverture. »
C’est donc avec raison que le cinéaste Gaston Kaboré a parlé d’un « homme extraordinaire, un géant de la comédie » qui « part en emportant beaucoup d'énergie. » avant d’ajouter que la disparition de Sotigui Kouyaté est « un grand séisme dans le monde du cinéma et du théâtre de l'Afrique ». Quant à Idrissa Ouédraogo, un autre Grand du cinéma africain, il parle d’un père et d’un grand homme qui « survivra, parce qu'il est dans beaucoup de films, c'est un exemple et les exemples restent toujours. Un homme qui quitte le Burkina, qui va en France, qui réussit et qui est admiré du monde entier, c'est un exemple de courage, de combativité et tout ça c'est du Sotigui ».
VOS COMMENTAIRES | |
| Lamine | 20/04/2010 12:42:33 |
| C'est une grande perte pour nous tous. Lorsque j'avais vu "Black Mic Mac" j'avais vraiment cru que ce Monsieur est un véritable Homme de Dieu, même dans la vie réelle. De même lorsqu'il a joué Tierno Bokar le rôle paraît naturellement coupé pour lui. Qu'il repose en paix. Et que ce qu'il a semé continue à pousser et à nourrir l'Afrique. | |
| Abdoul Diallo New York | 21/04/2010 01:35:39 |
| C'est une grande figure de la famille du cinéma mondial qui vient de nous quitter,il a marqué l'histoire par ses oeuvres et de sa tenacité dans le monde de l'art.Sotigui qui discutait avec l'un des cineates qui lui reprochait de n'avoir pas une licence de production d'un film,il repondit*je n'ai pas la licence mais je suis un homme de bon sens et c'est les hommes de bon sens qui ont crée la licence, le premier film a été realisé par un homme sans licence* Paix á son ame | |