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Dr Ibrahima Fofana, mort du « Lech Wałęsa » guinéenVers 1 heure du matin samedi dernier, c’est mon ami Sidikiba Kéita qui m’informa de la mort à 57 ans de Dr Ibrahima Fofana, secrétaire général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), dans un accident de la route vers Fria (150 km au nord de Conakry). J’eus du mal à retrouver le sommeil et me ressassa des souvenirs, surtout lors de sa visite en mars 2007 au siège du bureau de la Coordination des associations guinéennes de France (CAGF) dont j’étais le secrétaire à la communication et à la presse. L’artisan de cette rencontre était mon ami Oumar Cissé qui l’hébergeait parfois lors de ses nombreux passages à Paris; nous y avons d’ailleurs dîné ensemble. Il s’était toujours illustré dans le combat pour la justice et l’égalité, ne ménageait aucun effort dans l'implacable lutte syndicale qu'il menait pour l'avènement d'une Guinée libre, démocratique et prospère. Ce ne sont pas des propos convenus, de circonstance après la mort de quelqu’un qu’on a connu : c’est la réalité et les attributs mérités par l’illustre disparu. Ils sont morts sur le champ de bataille, d’honneur : ils se rendaient à Fria pour des négociations avec des grévistes de la plus grande industrie minière du pays, l'usine d'alumine exploitée par le groupe russe Rusal. Ibrahima Fofana avait été de tous les grands combats syndicaux avec sa camarade, Rabiatou Serah Diallo, dirigeante de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), actuellement à la tête du Conseil national de la transition (CNT) qui fait office de parlement. Il s'était révélé au grand public en 2006 et 2007 au moment des immenses manifestations hostiles au régime dictatorial de Lansana Conté. Puis, en janvier-février 2007, il fut aux avants-postes des grèves générales très suivies mais réprimées dans le sang (186 morts selon des ONG) qui ont abouti à l’accord tripartite du 27 janvier 2007 et le décret du 1er février 2007 instituant le poste de « Premier ministre de consensus » qui va échoir en mars 2007 à Lansana KOUYATE. Le gouvernement avait cédé et accepté : de prendre des mesures pour réduire le prix du riz et du carburant ; d’augmenter les salaires ; d'interdire l'exportation de produits alimentaires, de la pêche, forestiers et pétroliers ; de mener à son terme les poursuites judiciaires entamées contre les auteurs de délits économiques notamment. Il a mené ainsi une lutte par procuration des partis politiques persécutés, affaiblis par leur division, inaudibles et invisibles à l’époque. Il avait ensuite été un membre actif et influent au sein du Forum des forces vives qui est une coalition tripartite de partis, de syndicats et d'organisations de la société civile contestant le régime militaire mis en place après la mort de Conté et dirigé par le capitaine Moussa Dadis Camara jusqu’à l’attentat de Koundara par Ibrahima Touma Diakité son aide camp. Sa contribution à la récente et victorieuse grève du secteur bancaire, dont il était un représentant respecté et écouté, avait prouvé qu’il était un personnage incontournable de la vie socio-politique de notre pays ; et peut-être un danger, gênant, un rival pour certains. Il eut droit à des obsèques nationales lors de la journée du lundi 19 avril dernier, chômé et férié. C’est un signe de reconnaissance du peuple de Guinée à l’égard de son œuvre qui restera gravée dans du marbre de notre histoire, notre mémoire et le subconscient collectif. C’est le syndicalisme qui avait mené Ahmed Sékou Touré à la notoriété et à la magistrature suprême comme le polonais Lech Wałęsa. Pour rappel, Lech Wałęsa l’éminent syndicaliste avait fondé le syndicat pacifique et non violent Solidarnosc dans les chantiers navals de Gdańsk ; le 31 août 1980, il signa les Accords de Gdańsk qui comprenaient 21 revendications dont des augmentations salariales, la semaine de travail de 5 jours, le droit de grève, l'autorisation de création de syndicats indépendants et la reconnaissance du syndicat Solidarność. Le Dr Fofana était l'un des principaux interlocuteurs de Lansana Conté et du CNDD, un syndicaliste rebelle et pacifique comme Walesa, d’une dimension nationale face à un général et un pouvoir autocratique qu’ils ont vaincus tous les deux. Sa mort subite ne lui permettra pas malheureusement d’atteindre la magistrature suprême dont il avait l’envergure comme Walesa qui fut récompensé par le Prix Nobel de la paix en 1983 puis président de la République de 1990 à 1995. Sa disparition arrangerait-elle certains ? Serait-elle naturelle ou provoquée ? Mais l’œuvre de Dr Ibrahima Fofana sera parachevée et sa mémoire honorée Inch Allah ! Tels sont les engagements à prendre et respecter, à savoir le serment, la promesse de « finir son travail, de parachever son œuvre pour que la démocratie soit une réalité vivante après l’élection présidentielle du 27 juin 2010 ». Que Dieu préserve la Guinée ! Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
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